Sommaire de l’article

À retenir

  • Le rendez-vous se prend entre 6 et 8 semaines après la naissance, même si tout va bien.
  • L’OMS recommande aussi des contacts à 48-72 heures et entre 7 et 14 jours.
  • L’examen gynécologique n’est pas systématique : il dépend de vos symptômes.
  • Le moral fait partie de l’examen, au même titre que la cicatrice.
  • Notez vos questions au fil des semaines : fuites, douleurs, contraception, sexualité.

Bébé a six semaines, les nuits restent courtes, et ce rendez-vous noté à la sortie de la maternité vous paraît soudain secondaire. Vous vous sentez bien, alors à quoi bon ? La visite postnatale est pourtant le seul moment pensé pour vous, et non pour bébé : on y vérifie que votre corps a bien récupéré, que le moral suit, et on prépare la suite.

Dans une étude marocaine publiée en 2023, plusieurs jeunes mères interrogées à Essaouira, Settat et Salé jugeaient cette consultation inutile tant qu’elles se sentaient bien. C’est une idée répandue, et c’est dommage : certains problèmes, comme une tension qui reste haute, des fuites urinaires ou une dépression qui s’installe, ne se voient pas forcément de l’intérieur.

Quand a lieu la visite postnatale ?

Elle se fait entre 6 et 8 semaines après l’accouchement. C’est le repère des recommandations françaises du CNGOF (2015), du service public d’information en santé et du NHS britannique. Elle concerne toutes les femmes, après une voie basse comme après une césarienne, et même si tout s’est bien passé.

L’Organisation mondiale de la santé va plus loin. Ses recommandations de 2022 prévoient au moins quatre contacts avec un soignant pendant les six premières semaines :

Moment Ce que prévoit l’OMS
Les 24 premières heures Surveillance à la maternité (au moins 24 heures après une naissance par voie basse)
48 à 72 heures Un contact, à domicile si possible
7 à 14 jours Un contact, toujours pour la mère et le bébé
6e semaine La visite postnatale proprement dite

L’OMS rappelle que plus de trois femmes et bébés sur dix dans le monde ne reçoivent aucun soin postnatal dans les premiers jours, alors que c’est la période où surviennent la plupart des décès maternels et néonatals. Entre deux rendez-vous, gardez en tête les signes d’urgence après l’accouchement : ils n’attendent pas la sixième semaine.

Qui consulter au Maroc ?

Après une grossesse et un accouchement sans complication, la visite peut être faite par un gynécologue, un médecin généraliste ou une sage-femme. Après une complication (hémorragie, pré-éclampsie, césarienne en urgence, prématurité), le CNGOF recommande qu’elle soit assurée par un gynécologue-obstétricien.

Concrètement, au Maroc :

  • si vous avez accouché en clinique, le plus simple est de revoir le gynécologue qui vous a suivie ; demandez la date dès la sortie ;
  • si vous avez accouché à l’hôpital public, demandez à la sortie où et quand revenir : à la maternité, chez une sage-femme ou au centre de santé de votre quartier ;
  • dans tous les cas, apportez votre carnet de suivi, le compte rendu d’accouchement et vos dernières analyses.

Nous n’avons pas trouvé de texte officiel marocain qui fixe le contenu ou le calendrier de ce suivi : les modalités varient selon les établissements (situation en octobre 2026, à vérifier auprès de votre maternité ou de votre centre de santé).

Ce que vérifie le médecin

L’examen est guidé par vos symptômes et par le déroulement de la grossesse. D’après les recommandations du CNGOF :

  • Le poids : le médecin vous pèse et vous encourage à retrouver votre poids d’avant la grossesse dans les six mois, sans régime brutal (voir notre article sur perdre du poids après bébé).
  • La tension artérielle, surtout si vous avez eu de la tension ou une pré-éclampsie.
  • La cicatrisation du périnée, d’une épisiotomie ou d’une césarienne.
  • Les seins et l’allaitement : douleurs, crevasses, inquiétudes sur la quantité de lait.
  • Le périnée et la continence : fuites d’urine, de gaz ou de selles, douleurs pendant les rapports.
  • Le moral et le lien avec bébé : le dépistage des troubles de l’humeur est recommandé de façon systématique, par un entretien plutôt que par un questionnaire.
  • La contraception et le délai avant une nouvelle grossesse : le CNGOF demande d’expliquer les risques d’une grossesse rapprochée de moins de six mois.
  • Le tabac, l’alcool ou d’autres consommations, avec une aide pour arrêter.

Ce qui n’est pas systématique : l’examen gynécologique au spéculum (seulement si vos symptômes le justifient), le frottis (seulement si votre dépistage du cancer du col n’est pas à jour ou si le dernier était anormal ; en France, la HAS recommande un frottis tous les 3 ans de 25 à 29 ans, après deux premiers frottis normaux à un an d’intervalle, puis un test HPV tous les 5 ans de 30 à 65 ans), la sérologie de la toxoplasmose, et la numération sanguine, réservée aux femmes qui ont beaucoup saigné ou qui ont des signes d’anémie.

Les situations qui demandent un suivi particulier

Certaines grossesses laissent des « devoirs » à faire après la naissance :

  • après une pré-éclampsie ou une hypertension, la tension est surveillée ; si elle reste élevée ou si les urines contiennent encore des protéines à 3 mois, un avis spécialisé est demandé ;
  • après un diabète gestationnel, demandez à votre médecin quand faire le contrôle de la glycémie, et notez la date ;
  • après une cholestase de grossesse, on vérifie que le bilan du foie se normalise 8 à 12 semaines après l’accouchement ;
  • après un accouchement prématuré ou des complications, le médecin peut proposer une consultation avant la prochaine grossesse.

Périnée : la rééducation se décide-t-elle à 6 semaines ?

Ici, les pratiques divergent. En France, la visite postnatale est souvent l’occasion de prescrire des séances de rééducation du périnée et des abdominaux. Les recommandations du CNGOF sont plus restrictives : elles réservent la rééducation aux femmes qui ont encore des fuites urinaires ou anales à 3 mois.

Retenez l’essentiel : si vous avez des fuites, une sensation de pesanteur ou des douleurs, dites-le, même si c’est gênant. Les exercices et la rééducation sont expliqués dans notre article sur la rééducation du périnée.

Les questions à préparer

À 3 heures du matin, les questions viennent toutes seules ; dans le cabinet, elles s’envolent. Notez-les au fil des semaines sur votre téléphone. Voici celles que l’on oublie le plus souvent :

  1. Saignements : « Mes saignements ont repris à trois semaines, est-ce normal ? » Notre article sur le retour de couches vous aide à faire la différence.
  2. Contraception : « Laquelle est compatible avec mon allaitement, et à partir de quand ? » Les options sont présentées dans notre guide de la contraception après bébé.
  3. Sexualité : « J’ai mal pendant les rapports, ou je n’en ai pas envie : est-ce que ça va passer ? »
  4. Fuites : « Je perds quelques gouttes quand je tousse ou que je porte bébé. »
  5. Moral : « Je pleure souvent, je dors mal même quand bébé dort, je m’inquiète tout le temps. » Notre article sur le baby blues et la dépression du post-partum peut vous aider à mettre des mots.
  6. Corps : « Mon ventre reste mou au milieu », « je perds mes cheveux », « quand puis-je reprendre le sport ? »
  7. Médicaments : « Ce traitement est-il compatible avec l’allaitement ? »
  8. Prochaine grossesse : « Combien de temps attendre, surtout après une césarienne ? »

Et le suivi de bébé ?

La visite postnatale concerne la maman. Bébé a ses propres rendez-vous chez le pédiatre ou au centre de santé, avec la pesée, l’examen et les vaccins. Pour les vaccins du premier mois et des suivants, référez-vous à notre calendrier des vaccins au Maroc. Coupler les deux rendez-vous le même jour peut simplifier la vie, à condition de ne pas sacrifier le vôtre.

Questions fréquentes

La visite postnatale est-elle obligatoire au Maroc ?

Nous n’avons pas trouvé de texte marocain qui la rende obligatoire. Elle est en revanche recommandée par l’OMS et par les sociétés savantes, et elle est obligatoire dans certains pays comme la France. Au Maroc, demandez à votre sortie de maternité quand revenir, à votre gynécologue, à votre sage-femme ou au centre de santé de votre quartier. Règle à vérifier auprès de l’établissement qui vous suit.

Faut-il attendre la fin des saignements pour la visite postnatale ?

Non. À 6 semaines, la plupart des femmes ne saignent plus ou très peu, mais un petit saignement ou un retour de couches précoce n’empêche pas le rendez-vous. Prévenez simplement le cabinet au moment de prendre rendez-vous : le médecin décidera s’il fait un examen gynécologique, qui n’est pas systématique, ou s’il le reporte.

Peut-on venir avec bébé à la consultation postnatale ?

En général oui, et c’est même l’occasion de montrer une tétée si l’allaitement pose question. Prévoyez quelqu’un pour le tenir pendant l’examen, ou demandez au cabinet si c’est possible. Ce rendez-vous ne remplace pas la visite de bébé chez le pédiatre, qui suit son propre calendrier, avec la pesée et les vaccins.

J’ai eu une césarienne : la visite est-elle différente ?

Le principe est le même, mais le médecin regarde de près la cicatrice, la douleur, et vous parle du délai avant une nouvelle grossesse et du mode d’accouchement possible la prochaine fois. Selon les recommandations françaises, après une complication de la grossesse ou de l’accouchement, c’est plutôt un gynécologue-obstétricien qui assure cette consultation.

Sources

  1. WHO urges quality care for women and newborns in critical first weeks after childbirthOrganisation mondiale de la santé (OMS) · International
  2. The WHO postnatal care modelBMJ Global Health (supplément OMS, 2023) · International
  3. Le suivi médical après l’accouchementSanté.fr, Service public d’information en santé · France
  4. Recommandations pour la pratique clinique : post-partum (2015)Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) · France
  5. Modalités de la consultation postnatale et spécificités en cas de pathologie de la grossesse : recommandations pour la pratique cliniqueJournal de gynécologie obstétrique et biologie de la reproduction (M. Doret, 2015), via EM-Consulte · France
  6. Your post-pregnancy bodyNHS · Royaume-Uni
  7. Common Traditions, Practices, and Beliefs Related to Safe Motherhood and Newborn Health in MoroccoHealthcare (MDPI), Moujahid, Turman et Amahdar, 2023 · Maroc
  8. Dépistage du cancer du col de l’utérus : le test HPV recommandé chez les femmes de plus de 30 ansSanté publique France (recommandation HAS) · France