Sommaire de l’article

À retenir

  • Le périnée soutient la vessie, l’utérus et le rectum, et permet de retenir urine, gaz et selles.
  • Environ une femme sur trois a des fuites d’urine dans les premiers mois.
  • Sans symptôme, des séances ne sont pas recommandées en France ; les exercices à la maison, si.
  • Fuites persistantes à 3 mois : au moins 3 séances guidées, plus des exercices chez soi.
  • Course, sauts, abdominaux classiques : attendez que le périnée soit prêt.

Un éclat de rire, un éternuement, une course pour rattraper l’aîné dans la rue, et quelques gouttes s’échappent. Ou bien une sensation de pesanteur dans le bas du ventre en fin de journée. Après une naissance, ces signes sont fréquents, et ils ont une explication : le périnée a été étiré, parfois déchiré. La rééducation du périnée sert à lui rendre sa force.

Faut-il des séances pour toutes les femmes ? Quand commencer, et avec qui ? Les recommandations varient d’un pays à l’autre, et comprendre pourquoi aide à décider. Voici l’essentiel, et les exercices à faire chez soi.

Le périnée, à quoi sert-il ?

Le périnée est un ensemble de muscles qui ferme le bas du bassin, comme un hamac. Il est traversé par trois orifices : celui de l’urètre, le vagin et l’anus. Il soutient la vessie, l’utérus et les intestins, et permet de retenir l’urine, les gaz et les selles.

Pendant la grossesse, il porte un poids croissant. À l’accouchement, il s’étire énormément, et il peut se déchirer ou être incisé, comme l’explique notre article sur l’épisiotomie et les déchirures. Après la naissance, il se contracte souvent moins bien. Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) citent les troubles possibles : une sensation de béance du vagin, des sensations diminuées, des fuites d’urine ou de selles, une descente d’organes (prolapsus) ou des douleurs pendant les rapports. Selon l’Assurance Maladie, un périnée affaibli et non pris en charge peut, à long terme, conduire à une incontinence ou à un prolapsus.

Les signes qui doivent vous alerter

  • Des fuites d’urine quand vous toussez, riez, éternuez, portez ou courez. Elles touchent environ une femme sur trois dans les premiers mois, selon le guide québécois Mieux vivre, plus souvent après une déchirure ou la naissance d’un gros bébé.
  • Des fuites de gaz ou de selles, ou du mal à les retenir.
  • Une sensation de pesanteur dans le bas du ventre ou dans le vagin.
  • Des douleurs pendant les rapports, ou des sensations diminuées.

Les premiers jours, ces troubles sont fréquents et le plus souvent passagers. Les HUG conseillent d’en parler à la sage-femme ou au médecin si des fuites d’urine ou de selles persistent 30 jours après l’accouchement. Le reste du rétablissement est décrit dans notre article sur le corps après l’accouchement.

Rééducation pour toutes ? Les pays ne sont pas d’accord

Sur ce point, les recommandations divergent :

  • En France, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) ne recommande pas de séances chez les femmes qui n’ont aucun symptôme à 3 mois, faute d’études montrant un bénéfice. Il les recommande, en revanche, en cas de fuites d’urine persistant à 3 mois, quel que soit leur type : au moins 3 séances guidées par un thérapeute, associées à des exercices à la maison. Une rééducation précoce, dans les deux mois qui suivent la naissance, n’est pas recommandée. L’Assurance Maladie précise qu’elle est prescrite « si nécessaire » à la consultation postnatale, et réalisée par une sage-femme ou un masseur-kinésithérapeute.
  • En Suisse, les HUG la proposent deux à trois mois après l’accouchement, en six à neuf séances de 30 minutes : exercices de contraction et de relâchement, biofeedback, qui permet de visualiser sa contraction, et électrostimulation.
  • Au Royaume-Uni et au Québec, l’accent est mis sur les exercices du plancher pelvien, que chaque femme peut faire chez elle, avec une orientation vers un physiothérapeute ou un kinésithérapeute en cas de difficulté.

Le CNGOF apporte deux précisions utiles. La rééducation améliore les fuites d’urine à court terme, sur un an, mais pas à long terme, au-delà de 6 ans : les exercices doivent donc devenir une habitude. Et face à un prolapsus, des séances guidées ne font pas mieux que de simples conseils de contraction : elles ne sont recommandées ni pour le prévenir ou le traiter, ni pour les douleurs pendant les rapports. Elles le sont en revanche pour traiter une incontinence anale.

Au Maroc, parlez-en à votre gynécologue ou à votre sage-femme lors de la visite postnatale, entre 6 et 8 semaines. S’il le juge utile, il vous orientera vers un kinésithérapeute ou une sage-femme formés à la rééducation périnéale.

Les exercices à faire chez soi

Les exercices de base ne demandent ni matériel ni salle de sport. Encore faut-il contracter les bons muscles. Voici la méthode du NHS britannique :

  1. Repérez les muscles : serrez comme pour retenir un gaz ou une envie d’aller aux toilettes, autour de l’anus puis autour du vagin, en remontant vers l’intérieur.
  2. Les contractions longues : serrez et tenez, sans dépasser 10 secondes, puis relâchez complètement.
  3. Les contractions rapides : serrez et relâchez vite, jusqu’à ce que les muscles fatiguent.
  4. Le rythme : montez progressivement jusqu’à 10 répétitions de chaque exercice, au moins 3 fois par jour.
  5. Respirez normalement, sans bloquer votre souffle et sans rentrer le ventre.

Associez-les à un geste quotidien, par exemple après chaque passage aux toilettes ou pendant une tétée. Les HUG proposent aussi, à partir d’un mois après l’accouchement, des exercices allongée, jambes pliées : contracter le périnée en soufflant tout en rentrant le bas du ventre, ou soulever doucement le bassin en demi-pont, en tenant 5 à 10 secondes.

Une seule méthode à éviter : le « pipi-stop ». Couper volontairement le jet d’urine pour s’entraîner peut déstabiliser la vessie et augmenter le risque d’infection urinaire, préviennent les HUG.

Protéger son périnée au quotidien

Le périnée souffre de tout ce qui pousse vers le bas. Les HUG et l’Assurance Maladie donnent des consignes simples pour les premières semaines :

  • Ne portez pas plus lourd que bébé pendant le premier mois : ni courses, ni bidons d’eau, ni aîné sur la hanche.
  • Ne forcez pas aux toilettes : genoux plus hauts que le bassin, pieds surélevés, buste penché en avant. Mangez des fibres et buvez assez pour éviter la constipation.
  • Allez uriner régulièrement, environ toutes les deux heures les premiers jours, même sans envie.
  • Évitez la poignée au-dessus du lit pour vous redresser à la maternité : chaque traction pousse sur les organes et écarte les abdominaux.
  • Reportez les abdominaux classiques : le NHS conseille d’éviter au début les relevés de buste, la planche et les sports à impact, surtout en cas d’écart des abdominaux, ce que notre article sur le ventre après l’accouchement détaille.

Quand reprendre le sport, et lequel ?

Progressivement, en écoutant votre corps. Les repères varient selon les sources :

Activité Repère
Marche, exercices du périnée Dès que possible, à votre rythme (Mieux vivre)
Activité modérée sans impact : marche rapide, yoga doux Après 2 à 3 semaines selon Naître et grandir ; 4 à 6 semaines après une voie basse et 8 à 10 après une césarienne, sur avis médical, selon l’Assurance Maladie
Natation Après la fin des saignements, soit 4 à 6 semaines (HUG)
Sport plus soutenu Au cours des 12 premières semaines, une fois les cicatrices refermées et si les saignements n’augmentent pas à l’effort (Mieux vivre)
Sports à impact : course, sauts, tennis, trampoline, sports collectifs Quand le périnée est en bon état, après la rééducation si elle a été prescrite (Assurance Maladie)

Un repère simple, donné par Naître et grandir : si vous avez des fuites pendant l’effort, le périnée n’est pas encore prêt. Revenez à une activité plus douce et parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin. La reprise des rapports, qui inquiète souvent quand le périnée est sensible, est abordée dans notre article sur la sexualité après la naissance.

Questions fréquentes

Peut-on faire les exercices du périnée juste après l’accouchement ?

Les contractions douces, oui, dès que vous vous en sentez capable : le Manuel MSD les autorise dès que la maman est prête, et le NHS estime qu’elles aident même la cicatrisation après une déchirure. Les HUG proposent des exercices plus complets à partir d’un mois. Les séances guidées par un professionnel, elles, viennent plus tard : le CNGOF déconseille une rééducation précoce, dans les deux mois qui suivent la naissance.

Combien de séances de rééducation du périnée faut-il ?

Cela dépend de vos symptômes et du pays. En France, le CNGOF recommande au moins 3 séances guidées par un thérapeute, associées à des exercices à la maison, en cas de fuites d’urine persistant à 3 mois. Les HUG, en Suisse, prévoient six à neuf séances de 30 minutes, deux à trois mois après la naissance. Sans symptôme, des séances ne sont pas nécessaires, mais les exercices restent utiles.

Les fuites urinaires après l’accouchement disparaissent-elles toutes seules ?

Souvent, elles s’améliorent avec le temps, surtout si vous faites les exercices du périnée. Si elles durent encore un mois après la naissance, signalez-les. Si elles persistent à 3 mois, une rééducation guidée est recommandée. Le CNGOF précise qu’elle améliore les fuites à court terme, sur un an, mais pas à long terme, au-delà de 6 ans : les exercices doivent donc devenir une habitude durable.

Une césarienne protège-t-elle le périnée ?

En partie seulement. Le périnée n’a pas subi la poussée, mais il a porté le poids de la grossesse pendant des mois : l’Assurance Maladie rappelle que la grossesse comme l’accouchement le fragilisent. Le guide québécois Mieux vivre note que des sensations au périnée existent aussi après une césarienne. Les exercices sont donc utiles pour toutes les mamans ; seule la reprise du sport est plus tardive.

Sources

  1. Recommandations pour la pratique clinique : post-partum (2015)Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) · France
  2. Après l’accouchement : le retour à la maisonAssurance Maladie (ameli.fr) · France
  3. Prendre soin de votre périnée : conseils et rééducationHôpitaux universitaires de Genève (HUG) · Suisse
  4. Your post-pregnancy bodyNHS · Royaume-Uni
  5. Le corps après l’accouchementMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
  6. Reprise de l’activité physiqueMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
  7. Récupérer après l’accouchementNaître et grandir · Canada (Québec)
  8. Soins du post-partumManuel MSD, édition professionnelle · États-Unis