Sommaire de l’article
À retenir
- Se reposer, oui ; rester au lit quarante jours, non : marcher un peu protège des phlébites.
- Le hammam festif du 40e jour tombe bien : avant, attendez l’arrêt des saignements.
- Rfissa et sellou réconfortent ; après un diabète gestationnel, allégez les douceurs.
- Fumigations et encens : jamais dans la pièce où dort bébé.
- La visite postnatale reste utile, même quand on se sent bien.
La porte s’ouvre, la belle-mère arrive avec une marmite de rfissa, une tante apporte un bocal de sellou, et l’on vous interdit de toucher au moindre plat sale. Bienvenue dans la nafsa. En darija, le mot désigne à la fois la femme qui vient d’accoucher et les quarante jours qui suivent la naissance, cette période où la jeune maman, la nfissa, est entourée et ménagée.
Beaucoup de ces traditions vont dans le sens de ce que recommandent les soignants. Quelques-unes méritent d’être adaptées, surtout après une césarienne, un diabète de grossesse ou quand bébé dort dans la même pièce. Voici un regard bienveillant, et documenté, sur les 40 jours après l’accouchement au Maroc.
Que recouvre la nafsa ?
Les coutumes varient d’une région et d’une famille à l’autre, mais on retrouve partout le même fil : la jeune maman se repose, on la nourrit et on la protège. Une étude qualitative publiée en 2023, menée auprès de 37 jeunes mères d’Essaouira, de Settat et de Salé, décrit bien ce socle :
- rester à la maison jusqu’au 40e jour, avec un repos strict la première semaine ;
- des repas « qui réchauffent » et qui doivent, dit-on, faire venir le lait ;
- la peur du froid, le bard nfass, auquel on attribue toutes sortes de maux ;
- des massages, un foulard serré sur la tête, parfois des fumigations les sept premiers jours ;
- un rôle central de la mère et de la belle-mère, qui transmettent ces pratiques.
À Salé, rapportait Le Matin, mère et enfant sont l’objet de tous les soins pendant sept jours, puis la nfissa se rend au hammam le 40e jour, en fête, entourée des femmes de la famille. Entre les deux, il y a le sbou3, la fête du septième jour, et un défilé de visites.

Ce que la tradition fait de bien
Sur l’essentiel, la nafsa a tout compris. L’étude marocaine cite elle-même ses bienfaits : soutien de la famille, repos prolongé, attention portée à l’alimentation selon le mode d’accouchement. Naître et grandir, au Québec, ne dit pas autre chose quand il conseille de confier repas, ménage et aînés à l’entourage et de dormir quand bébé dort.
Être nourrie sans avoir à cuisiner, ne pas faire le ménage, avoir quelqu’un qui berce bébé pendant que l’on prend une douche : c’est exactement ce dont le corps a besoin pour récupérer, et ce qui manque à beaucoup de mères ailleurs dans le monde. Si votre famille vit loin, l’esprit de la nafsa peut s’organiser à l’avance : c’est l’objet de notre check-list pour anticiper ses semaines après bébé.
Le repos : se ménager, sans rester au lit
C’est le premier point à ajuster. Dans certaines familles, la jeune maman ne doit pas quitter son lit pendant sept jours. Or l’immobilité est l’un des principaux facteurs de risque de phlébite après l’accouchement, selon les recommandations du CNGOF, qui encouragent au contraire le lever précoce, dès le lendemain d’une césarienne.
Le bon compromis :
- se lever dès les premiers jours et marcher un peu, plusieurs fois par jour, dans la maison ;
- laisser les tâches lourdes aux autres : porter les courses, le linge mouillé, les aînés ;
- s’allonger dans la journée, et faire de la sieste une priorité.
Le NHS britannique propose la marche, les étirements doux et les exercices du périnée dès que l’on s’en sent capable après un accouchement sans complication. Sortir prendre l’air avec bébé n’a rien d’imprudent, même avant le 40e jour.
Les repas de la nafsa : rfissa, sellou, harira
La table de la nafsa est généreuse. Dans un reportage de La Croix consacré à une jeune maman marocaine, la rfissa, poulet épicé au ras-el-hanout servi sur des crêpes émiettées, était présentée comme « le repas du lait », servi dès l’après-midi de la naissance et pendant une semaine. Le sfouf ou sellou, mélange de farine grillée, d’amandes et de sucre, arrive souvent à la maternité. À Salé, la harira accompagne le petit-déjeuner du septième jour.
Ces plats sont nourrissants et réconfortants. Pour une maman qui allaite, le NHS britannique ne prescrit d’ailleurs aucun régime particulier : une alimentation équilibrée, assez à boire et du repos. Quelques nuances, toutefois :
- le lait vient surtout des tétées : aucun plat ne remplace des mises au sein fréquentes ;
- le fenugrec (helba) de la rfissa, en cuisine, n’a pas été évalué ; l’ANSES déconseille en revanche les compléments de fenugrec aux femmes qui allaitent, faute de preuve de leur innocuité ;
- le sellou et les douceurs sont riches en sucre et en matières grasses. Si vous avez eu un diabète gestationnel, gardez-les pour les fêtes et demandez à votre médecin quand contrôler votre glycémie ;
- la variété compte : légumes, fruits, laitages, légumineuses, poisson, et une bouteille d’eau à portée de main pendant les tétées.
L’étude marocaine note d’ailleurs qu’après une césarienne ou une épisiotomie, certaines familles évitent les plats très épicés. Pour démêler le vrai du faux sur l’alimentation, lisez notre article sur ce que mange une maman qui allaite.
Hammam après l’accouchement : quand y retourner ?
Le hammam festif du 40e jour tombe plutôt bien : les saignements de l’accouchement, les lochies, s’éclaircissent au fil des semaines et peuvent durer jusqu’à six semaines environ, selon le Manuel MSD. Tant qu’ils ne sont pas terminés, on se contente de la douche. Le NHS recommande, pour la piscine, d’attendre sept jours après l’arrêt des saignements, et la même prudence vaut pour un bain chaud collectif.
Quelques repères pour un premier hammam serein :
- après une césarienne ou une épisiotomie, attendez que la cicatrice soit bien fermée et demandez l’accord de votre médecin ou de votre sage-femme ;
- restez dans la salle tiède plutôt que dans la plus chaude, et pas trop longtemps : la fatigue, les nuits courtes et une éventuelle anémie rendent le malaise plus probable ;
- buvez avant et après, surtout si vous allaitez ;
- pas de gommage ni de massage appuyé sur une cicatrice récente, ni de pression forte sur le ventre.
Bébé, lui, n’a rien à faire dans la chaleur et la vapeur du hammam : il reste à la maison avec un proche. Les règles de chaleur sont détaillées dans notre article sur le hammam pendant la grossesse.
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Les petits soins de la nafsa
Pour traverser les saignements et soigner le périnée pendant les quarante jours, quelques produits d’hygiène simples suffisent ; inutile d’en racheter si vous avez déjà l’équivalent.
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Ceinture, massages, fumigations : les gestes à adapter
La ceinture ou le serrage du ventre peut soulager après une césarienne, mais rien ne montre qu’il fasse rentrer le ventre ou « remette les os en place ». Le point complet est dans notre article sur la gaine et le ventre après bébé. Si vous en portez une, ne serrez pas.
Les massages font du bien quand ils sont doux. Évitez les pressions fortes sur le ventre et le bas-ventre les premières semaines, et tout contact sur une cicatrice qui n’est pas refermée.
Les fumigations d’alun, de harmal ou d’encens, décrites dans l’étude marocaine pendant les sept premiers jours, posent un problème simple : la fumée. Un nouveau-né respire par le nez et ses voies respiratoires sont fragiles. Si la famille y tient, faites-les dans une autre pièce, fenêtre ouverte, loin de bébé, et jamais avec un brasero dans une pièce fermée. Les plantes et produits utilisés se rangent hors de portée des aînés. Le harmal (Peganum harmala) est une plante toxique : selon la monographie du Programme international sur la sécurité chimique (OMS), son ingestion est la principale cause d’intoxication, et ses fumigations peuvent provoquer ivresse, hallucinations et sommeil profond. Il ne doit jamais être avalé, ni brûlé près de bébé.
La peur du froid pousse parfois à couvrir la maman et le bébé à l’excès. En été ou pendant le chergui, c’est plutôt la chaleur qui gêne : une maman qui transpire sous trois couvertures boit moins qu’elle ne devrait, et un bébé trop couvert n’est pas mieux protégé.
Et après les 40 jours ?
Dans l’étude de 2023, plusieurs femmes jugeaient la consultation après l’accouchement inutile si elles se sentaient bien. C’est dommage : le CNGOF recommande une consultation postnatale entre 6 et 8 semaines pour toutes, qui fait le point sur la cicatrisation, le moral, l’allaitement et la contraception. Le hammam du 40e jour est un bon moment pour prendre ce rendez-vous.
Les questions religieuses, comme la reprise de la prière ou du jeûne lorsque les saignements s’arrêtent avant le 40e jour, relèvent d’une autorité religieuse de confiance. Côté médical, retenez simplement que la durée des lochies varie d’une femme à l’autre.
Questions fréquentes
Que signifie le mot nafsa ?
En darija, *nafsa* (ou *nfissa*) désigne la femme qui vient d’accoucher, et par extension la période de quarante jours qui suit la naissance. Pendant ce temps, la tradition veut que la jeune maman reste à la maison, soit nourrie de plats spécifiques et soit soulagée des tâches par sa mère, sa belle-mère ou ses sœurs. La fin de la période est souvent marquée par un hammam en famille.
Peut-on manger de la rfissa quand on allaite ?
Oui. La rfissa, plat de poulet, de lentilles et de crêpes émiettées, est un repas complet et nourrissant. La tradition lui prête le pouvoir de faire venir le lait, ce qui n’est pas démontré : c’est surtout la fréquence des tétées qui règle la production. Le fenugrec qu’elle contient en cuisine n’a pas été évalué par l’ANSES, qui déconseille en revanche les compléments de fenugrec aux femmes qui allaitent.
Après une césarienne, peut-on suivre les traditions de la nafsa ?
Oui pour le repos, l’aide de la famille et les repas variés. Deux points demandent plus de prudence : le hammam, à repousser jusqu’à ce que la cicatrice soit bien fermée et que votre médecin vous donne son accord, et les massages appuyés du ventre, à éviter sur une cicatrice récente. Marcher un peu chaque jour reste recommandé, dès le lendemain de l’opération si l’équipe le permet.
Doit-on vraiment rester enfermée quarante jours ?
Non, rien d’un point de vue médical ne l’impose. Les recommandations encouragent au contraire à se lever tôt et à marcher un peu chaque jour, puis à sortir prendre l’air avec bébé quand vous vous en sentez capable. Ce qui compte, c’est d’être déchargée des tâches lourdes et de pouvoir dormir. Vous pouvez garder l’esprit de la nafsa en limitant les visites plutôt que les sorties.
Sources
- Common Traditions, Practices, and Beliefs Related to Safe Motherhood and Newborn Health in MoroccoHealthcare (MDPI), Moujahid, Turman et Amahdar, 2023 · Maroc
- « Laâkika » célébrée dans le respect des traditions séculairesLe Matin · Maroc
- Leïla, maman douceur, si fière de son petit « Sidi Omar » (reprise d’un reportage de La Croix)Bladi.net · France
- Avis relatif à une demande d’exemption de mise en garde des femmes allaitantes à l’égard d’un complément alimentaire à base de fenugrec (saisine 2025-SA-0064)Anses · France
- Recommandations pour la pratique clinique : post-partum (2015)Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) · France
- Keeping fit and healthy with a babyNHS · Royaume-Uni
- Présentation des soins du post-partumManuel MSD, édition grand public · États-Unis
- Récupérer après l’accouchementNaître et grandir · Canada (Québec)
- Peganum harmala L. (Poisons Information Monograph 402)IPCS INCHEM, Programme international sur la sécurité chimique (OMS) · International
