Sommaire de l’article

À retenir

  • Une ovulation est possible dès le 21e jour après la naissance, avant le retour des règles.
  • La MAMA ne protège que si bébé tète exclusivement, jour et nuit, avant 6 mois et sans règles.
  • En allaitant : préservatif, pilule progestative, implant ou stérilet ; pas de pilule combinée avant 6 mois.
  • Le stérilet se pose dans les 48 heures après la naissance, sinon à partir de 4 semaines.
  • Parlez-en avant la sortie de la maternité, puis à la consultation postnatale.

Bébé a trois semaines, la maison est encore pleine de visites, et la question semble lointaine. Pourtant, la contraception après l’accouchement se prépare tôt : l’ovulation peut revenir dès le 21e jour, avant même les premières règles, et l’allaitement ne protège que dans des conditions très précises.

Au Maroc, beaucoup de couples attendent la fin de la nfissa, les quarante jours qui suivent la naissance, pour reprendre les rapports. Mieux vaut avoir réglé la question d’ici là, car la fertilité, elle, n’attend pas toujours la fin des quarante jours.

Dès quand peut-on retomber enceinte après un accouchement ?

Dès le 21e jour après la naissance. La Haute Autorité de santé (HAS) rappelle qu’il n’y a pas d’ovulation avant le 21e jour après la naissance : une contraception n’est donc pas utile avant cette date, mais elle le devient ensuite. Le NHS britannique le formule autrement : une grossesse est possible dès trois semaines après l’accouchement, même si vous allaitez et même si vos règles ne sont pas revenues.

Le piège, c’est que la première ovulation précède les premières règles. Attendre le retour de couches pour s’organiser, c’est donc prendre un risque. Le guide de planification familiale de l’OMS conseille de commencer une méthode dès qu’elle est possible, sans attendre les saignements.

Pour la reprise des rapports, aucune date n’est imposée : chaque couple avance à son rythme, comme l’explique notre article sur la sexualité après l’accouchement.

L’allaitement protège-t-il d’une grossesse ?

Oui, mais seulement si toutes les conditions de la MAMA sont réunies. La MAMA, ou méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée, repose sur un mécanisme simple : des tétées fréquentes, jour et nuit, bloquent l’ovulation. Selon la HAS, elle peut servir de contraception jusqu’aux 6 mois de bébé, à condition que :

  • bébé soit exclusivement allaité, sans autre lait, sans eau et sans aliment ;
  • il tète jour et nuit, de 6 à 10 fois par 24 heures ;
  • il ne s’écoule pas plus de 4 heures entre deux tétées le jour, ni plus de 6 heures la nuit ;
  • vos règles ne soient pas revenues, pas même quelques pertes de sang.

Dans ces conditions, le risque de grossesse reste inférieur à 2 % à six mois. Mais il suffit qu’une condition tombe pour que la protection disparaisse : bébé dort de longues plages la nuit, un complément est introduit, vous reprenez le travail, la diversification commence.

Le NHS ajoute deux précisions utiles. Tirer son lait pourrait rendre la méthode moins fiable, sans qu’on sache dans quelle mesure. Et la tétine fait partie de ce qui « n’est pas du lait maternel ». Si vous tirez votre lait régulièrement, prévoyez une autre méthode.

Vous allaitez : quelles méthodes, et à partir de quand ?

Pendant l’allaitement, on choisit une méthode sans œstrogènes. Voici les repères de l’OMS, de la HAS et du NHS :

Méthode Quand la commencer Bon à savoir
Préservatif Dès la reprise des rapports Seule méthode qui protège aussi des infections sexuellement transmissibles. Si besoin, un lubrifiant à base d’eau.
Pilule progestative, dite « pilule d’allaitement » Dès la naissance au Royaume-Uni, à partir du 21e jour en France Un comprimé par jour à heure fixe, sans arrêt entre les plaquettes. Le retard toléré est de 3 ou de 12 heures selon la molécule : lisez la notice.
Implant Dès la naissance au Royaume-Uni, à partir du 21e jour en France Petit bâtonnet posé sous la peau du bras, efficace 3 à 5 ans selon le modèle. Saignements irréguliers ou absence de règles possibles.
Stérilet (DIU) au cuivre ou hormonal Dans les 48 heures après la naissance, sinon à partir de 4 semaines L’OMS déconseille la pose entre ces deux dates. Efficace plusieurs années selon le modèle.
Injection tous les 3 mois Selon l’avis médical La fertilité peut mettre jusqu’à 12 mois à revenir après l’arrêt. En France, on la réserve aux cas où aucune autre méthode ne convient.

La pilule « classique », dite combinée parce qu’elle associe un œstrogène et un progestatif, n’est pas adaptée à l’allaitement. L’OMS la contre-indique avant 6 semaines et la déconseille jusqu’aux 6 mois de bébé : elle peut diminuer la production de lait, et le risque de thrombose (caillot dans une veine) reste élevé pendant les six semaines qui suivent l’accouchement. Les mêmes règles valent pour l’anneau vaginal et le patch.

Même avec une méthode progestative, surveillez votre lactation : un document canadien signale qu’une méthode hormonale peut parfois la faire baisser. Si c’est le cas, parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme.

Reste la stérilisation, c’est-à-dire la ligature des trompes. La HAS rappelle qu’elle doit être présentée comme irréversible et qu’elle se pratique dans les 7 jours qui suivent l’accouchement ou à partir de 6 semaines. C’est une décision à mûrir longuement avec votre gynécologue.

Vous n’allaitez pas : ce qui change

Toutes les méthodes du tableau restent possibles, avec les mêmes délais. La différence porte sur la pilule combinée, l’anneau et le patch. La HAS les autorise à partir de 42 jours, soit 6 semaines, car le risque de thrombose reste élevé jusque-là. L’OMS et le NHS permettent de commencer dès 21 jours si aucun facteur de risque n’est présent, par exemple :

  • une césarienne, une hémorragie après l’accouchement ou une transfusion ;
  • une prééclampsie pendant la grossesse ;
  • un antécédent de phlébite ou d’embolie, ou un trouble de la coagulation ;
  • une obésité (IMC supérieur à 30), le tabac ou une immobilisation prolongée.

C’est votre médecin ou votre sage-femme qui fait ce tri. Ne reprenez donc pas de vous-même la plaquette d’avant la grossesse, ni celle d’une sœur ou d’une amie : la bonne pilule dépend de votre situation du moment.

Pourquoi les conseils changent-ils d’un pays à l’autre ?

D’un pays à l’autre, les délais varient :

  • au Royaume-Uni, le NHS permet l’implant, l’injection et la pilule progestative dès la naissance, même en allaitant, et certaines maternités les proposent avant la sortie ;
  • en France, la HAS fait commencer les progestatifs au 21e jour, puisqu’aucune ovulation n’a lieu avant ;
  • au Canada, la régie de santé de la Nouvelle-Écosse est plus prudente : progestatifs à partir de 6 semaines, une fois l’allaitement bien installé, et stérilet après 6 semaines ;
  • l’OMS juge que, chez la femme qui allaite, les avantages de la pilule progestative et de l’implant l’emportent sur les risques avant 6 semaines, et ne pose plus de restriction ensuite.

Ces écarts reflètent deux priorités : protéger le démarrage de l’allaitement, et éviter une grossesse rapprochée chez des femmes qui ne reviendront pas toutes consulter. Aucune approche n’est fausse. La décision se prend avec votre soignant, selon votre allaitement, votre santé et vos projets. Si la mise au sein est encore laborieuse, notre guide pour bien démarrer l’allaitement vous accompagne.

Combien de temps attendre avant le prochain bébé ?

Là encore, les repères varient. Le guide de planification familiale de l’OMS estime qu’attendre au moins 2 ans avant de concevoir à nouveau est le mieux pour l’enfant et bon pour la mère. Le NHS parle d’au moins 12 mois, et le document canadien de 18 mois si possible. Une grossesse trop rapprochée augmente certains risques, comme un petit poids de naissance.

Ce délai laisse aussi à votre corps le temps de se remettre : notre article sur le post-partum détaille ces premières semaines.

Où se faire conseiller au Maroc ?

Le meilleur moment pour en parler, c’est avant la sortie de la maternité, puis à la consultation postnatale, que la HAS situe entre 6 et 8 semaines. Gynécologue, sage-femme, médecin du centre de santé ou pharmacien peuvent vous orienter. Précisez toujours si vous allaitez : cela change la méthode proposée.

Au Maroc, selon des chiffres de l’OMS repris par TelQuel en 2023, 71 % des femmes mariées utilisent une contraception et 61 % une méthode moderne, le plus souvent la pilule. L’injection trimestrielle est disponible, et une version que la femme s’injecte elle-même a été testée dans sept villes à partir de 2021, dans le cadre de la stratégie nationale de planification familiale. En 2023, le ministre de la Santé a aussi annoncé l’arrivée de l’implant. Demandez à votre médecin ou à votre centre de santé ce qui est proposé près de chez vous.

Questions fréquentes

Peut-on tomber enceinte pendant la nfissa, avant le retour de couches ?

Oui. Il n’y a pas d’ovulation avant le 21e jour après l’accouchement, mais ensuite une grossesse devient possible, même si vos règles ne sont pas revenues et même si vous allaitez, sauf si toutes les conditions de la MAMA sont remplies. La première ovulation a lieu avant les premières règles : c’est pour cela qu’on conseille de choisir sa contraception avant la reprise des rapports.

La pilule fait-elle baisser le lait ?

La pilule combinée, qui contient un œstrogène, peut réduire la production de lait : l’OMS la déconseille pendant les six premiers mois d’allaitement. La pilule progestative est considérée comme compatible avec l’allaitement. Un document canadien signale toutefois qu’une méthode hormonale peut parfois diminuer la lactation. Si votre lait baisse nettement après le début d’une contraception, parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme.

Combien de temps après l’accouchement peut-on poser un stérilet ?

Le stérilet, au cuivre ou hormonal, peut être posé dans les 48 heures qui suivent la naissance. Passé ce délai, on attend 4 semaines, car l’OMS déconseille la pose entre ces deux dates. Certains documents, comme celui de la régie de santé de la Nouvelle-Écosse au Canada, préfèrent attendre 6 semaines. Votre gynécologue vérifie avant la pose qu’il n’y a pas d’infection.

Je tire mon lait ou bébé a une tétine : la MAMA fonctionne-t-elle encore ?

Elle devient moins sûre. Le NHS britannique indique que tirer son lait pourrait réduire l’efficacité de la méthode, sans qu’on sache exactement de combien, et compte la tétine parmi ce qui n’est pas du lait maternel. Si bébé reçoit autre chose que le sein, si les tétées s’espacent ou si vous tirez régulièrement votre lait, passez à une autre contraception.

Puis-je reprendre la pilule que je prenais avant ma grossesse ?

Pas forcément. Si c’était une pilule combinée et que vous allaitez, elle est déconseillée pendant les six premiers mois. Si vous n’allaitez pas, elle est en général possible à partir de 6 semaines, voire de 3 semaines en l’absence de facteur de risque de thrombose. Dans tous les cas, faites valider ce choix par votre médecin avant de reprendre une plaquette.

Sources

  1. Contraception chez la femme en post-partum (fiche mémo, mise à jour juillet 2019)Haute Autorité de santé (HAS) · France
  2. Critères de recevabilité médicale pour l’adoption et l’utilisation continue de méthodes contraceptives, 5e édition : résumé d’orientationOrganisation mondiale de la santé (OMS) · International
  3. Planning for Family Planning After Delivery (Family Planning: A Global Handbook for Providers)OMS et Johns Hopkins Center for Communication Programs · International
  4. Sex and contraception after birthNHS · Royaume-Uni
  5. Contraception after birthImperial College Healthcare NHS Trust · Royaume-Uni
  6. La contraception après l’accouchementRégie de la santé de la Nouvelle-Écosse (Nova Scotia Health) · Canada
  7. Vers une introduction des contraceptifs injectables auto-administrés au MarocTelQuel · Maroc
  8. Ait Taleb : La puce contraceptive bientôt au MarocHespress FR · Maroc