Sommaire de l’article

À retenir

  • Elle touche environ 2 à 5 % des femmes enceintes, selon les sources européennes.
  • Tension et bandelette urinaire à chaque consultation : c’est ainsi qu’on la repère tôt.
  • Maux de tête, mouches devant les yeux, douleur en barre sous les côtes : urgence.
  • Pour les femmes à risque, le médecin peut prescrire de l’aspirine dès le premier trimestre.
  • Elle peut aussi apparaître après la naissance : les mêmes signes restent valables.

Un mal de tête qui ne cède pas, des bagues qui ne passent plus, une brûlure sous les côtes qu’on prend pour une indigestion. Pris isolément, ces signes semblent banals en fin de grossesse. Ensemble, ils peuvent révéler une prééclampsie, une maladie de la grossesse qui fait monter la tension et peut devenir grave en quelques heures.

L’objectif n’est pas de vous faire peur. La grande majorité des cas sont modérés, et la maladie se repère tôt grâce à deux gestes simples du suivi : la prise de tension et l’analyse d’urine. Mais c’est une maladie où chaque heure compte quand les signes apparaissent. Les connaître, c’est pouvoir réagir vite.

Qu’est-ce que la prééclampsie ?

C’est une maladie propre à la grossesse qui associe une tension artérielle élevée et la présence de protéines dans les urines, signe que les reins sont touchés. On l’appelait autrefois toxémie gravidique. Son origine reste inconnue, mais les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) expliquent qu’elle part du placenta : en début de grossesse, ses vaisseaux se développent mal, et il libère des substances qui abîment l’organisme de la mère.

Elle apparaît le plus souvent après 20 semaines de grossesse, et peut aussi se déclarer dans les quatre semaines qui suivent l’accouchement. Plus elle commence tôt, plus elle est souvent sévère, souligne le NHS britannique. Sa fréquence varie selon les sources européennes : environ 2 % des grossesses pour la fondation EFCNI, autour de 5 % pour les HUG.

L’OMS range l’hypertension de la grossesse, prééclampsie et éclampsie, parmi les cinq grandes complications responsables d’environ 75 % des décès maternels dans le monde. D’où l’insistance des soignants à mesurer votre tension à chaque visite.

Qui risque une prééclampsie ?

Toutes les femmes enceintes peuvent en faire une, mais certains facteurs augmentent le risque. Le NHS les classe en deux groupes :

Risque élevé Risque modéré
Prééclampsie lors d’une grossesse précédente Première grossesse
Hypertension, diabète ou maladie rénale avant la grossesse 40 ans ou plus
Maladie auto-immune (lupus, syndrome des antiphospholipides) Grossesse gémellaire
Mère ou sœur ayant eu une prééclampsie
Plus de 10 ans depuis la dernière grossesse
IMC de 35 ou plus avant la grossesse

Les HUG ajoutent un âge inférieur à 18 ans et un nouveau partenaire ; l’EFCNI cite aussi la procréation médicalement assistée. Si vous êtes concernée, dites-le dès la première consultation. Notre article sur la grossesse après 40 ans détaille le suivi renforcé qui peut être proposé.

Quels sont les signes de la prééclampsie ?

Au début, souvent aucun. C’est le piège. Les premiers signes, une tension élevée et des protéines dans les urines, ne se sentent pas : seule la surveillance les repère.

Quand la maladie progresse, le NHS, les HUG et l’EFCNI décrivent :

  • des maux de tête intenses, inhabituels, qui ne passent pas avec un antalgique simple ;
  • des troubles de la vision : vision floue, mouches devant les yeux, éclairs lumineux ;
  • une douleur en haut du ventre, juste sous les côtes, surtout à droite, parfois vers l’épaule ;
  • un gonflement brutal du visage, des mains, des pieds ou des chevilles, souvent avec une prise de poids rapide ;
  • des nausées ou vomissements soudains en fin de grossesse, une brûlure d’estomac qui persiste, une sensation de grand malaise ;
  • un essoufflement.

La douleur sous les côtes est souvent confondue avec un reflux. Nous l’expliquons dans notre article sur les brûlures d’estomac pendant la grossesse. Et un gonflement qui fait grimper la balance en quelques jours n’a rien à voir avec une prise de poids normale pendant la grossesse.

Comment la prééclampsie est-elle surveillée ?

À chaque consultation prénatale, on vous prend la tension et on contrôle vos urines, souvent avec une bandelette. Si la tension dépasse 140/90 ou si des protéines apparaissent, des examens complémentaires sont faits : prise de sang pour vérifier les reins, le foie et les plaquettes, et échographie pour suivre la croissance du bébé, selon le NHS.

Ne sautez pas les rendez-vous, même quand tout va bien : c’est précisément quand on ne sent rien que le dépistage est utile. Entre deux visites, une pharmacie ou le centre de santé peut prendre votre tension si vous avez un doute. Un tensiomètre à la maison ne se justifie que si votre médecin vous le demande, avec une méthode de mesure qu’il vous explique.

Peut-on prévenir la prééclampsie ?

En partie, chez les femmes à risque. Lorsque le médecin ou la sage-femme estime le risque élevé, il peut prescrire de l’aspirine, à prendre chaque jour à partir du premier trimestre et jusqu’à la fin de la grossesse. Selon l’EFCNI, ce traitement réduit nettement les prééclampsies précoces quand il est commencé avant 16 semaines d’aménorrhée. Le NHS évoque aussi un complément de calcium quand l’alimentation n’en apporte pas assez.

Deux règles absolues : on ne commence ni aspirine ni calcium de soi-même, et c’est le médecin qui fixe la dose, le moment de la prise et la date d’arrêt. Une aspirine prise sans avis pendant la grossesse n’est pas anodine.

Le reste relève de l’hygiène de vie : un poids stable, une alimentation équilibrée, une activité physique régulière. La Haute Autorité de santé française cite la prévention de la prééclampsie parmi les bénéfices de l’activité physique pendant la grossesse. Mais attention : une fois la prééclampsie déclarée, elle devient une contre-indication au sport.

Comment se soigne la prééclampsie ?

Le seul traitement qui guérit, c’est l’accouchement et la sortie du placenta, expliquent les HUG. En attendant, les médecins cherchent le meilleur équilibre entre la santé de la mère et la maturité du bébé :

  • un traitement pour faire baisser la tension, adapté à la grossesse ;
  • dans les formes sévères, un traitement par perfusion pour prévenir les convulsions ; l’OMS rappelle qu’il réduit le risque d’éclampsie ;
  • avant 34 semaines, des corticoïdes pour accélérer la maturation des poumons du bébé ;
  • une surveillance rapprochée, à domicile pour les formes légères ou à l’hôpital pour les formes sévères ;
  • un accouchement programmé, par déclenchement ou césarienne, parfois avant 37 semaines.

Si votre bébé naît plus tôt que prévu, notre article sur le bébé prématuré vous aide à comprendre la néonatologie. Les signes qui imposent de consulter avant terme sont aussi détaillés dans notre article sur la menace d’accouchement prématuré.

Et après l’accouchement ?

La tension se normalise le plus souvent dans les semaines qui suivent, mais certaines femmes gardent un traitement quelque temps. Les HUG recommandent une consultation environ six semaines après la naissance pour faire le point.

Une prééclampsie est aussi un signal pour votre santé future. Selon les HUG, le risque d’hypertension est multiplié par quatre, et ceux d’infarctus, d’AVC et de diabète sont environ doublés. Faites contrôler votre tension chaque année, limitez le sel, bougez régulièrement, et parlez de cet antécédent à chaque nouveau médecin. Pour vos premières semaines de récupération, voyez aussi notre article sur le post-partum.

Questions fréquentes

Quelle tension est trop élevée pendant la grossesse ?

On parle d’hypertension à partir de 140/90 mmHg, seuil retenu notamment par la fondation européenne EFCNI, et l’INSPQ québécois conseille de consulter au-delà. Une tension élevée seule ne signifie pas forcément prééclampsie : c’est l’association avec des protéines dans les urines, ou avec des signes comme des maux de tête, qui oriente le diagnostic. Votre médecin interprète toujours le chiffre dans son contexte.

Les pieds gonflés en fin de grossesse sont-ils un signe de prééclampsie ?

Pas forcément. Des chevilles un peu gonflées le soir, après une journée debout ou par forte chaleur, sont très fréquentes et sans gravité. Ce qui doit alerter, c’est un gonflement brutal, qui touche aussi le visage et les mains, souvent avec une prise de poids rapide. Dans ce cas, faites prendre votre tension le jour même.

Peut-on allaiter après une prééclampsie ?

Oui. Les Hôpitaux universitaires de Genève précisent que l’allaitement n’est pas contre-indiqué après une prééclampsie. Si vous gardez un traitement contre la tension après la naissance, le médecin choisira un médicament compatible avec l’allaitement. Signalez-lui toujours que vous allaitez, et ne changez rien seule à votre traitement.

Aurai-je une prééclampsie à la prochaine grossesse ?

Pas forcément, mais le risque est plus élevé. Selon les HUG, il est de 5 à 7 % après une forme modérée, et d’environ 25 % après une forme sévère ou précoce, les récidives étant souvent moins graves et plus tardives. Parlez-en dès le début de la grossesse suivante, voire avant : un traitement préventif peut vous être proposé très tôt.

Qu’est-ce que le syndrome HELLP ?

C’est une complication grave qui associe une destruction des globules rouges, une atteinte du foie et une baisse des plaquettes. Il se manifeste souvent par une douleur en haut du ventre ou sous les côtes à droite, des nausées et un malaise. Selon les HUG, il survient dans 15 à 20 % des cas sans signe préalable de prééclampsie. C’est une urgence hospitalière.

Sources

  1. Pre-eclampsiaNHS · Royaume-Uni
  2. Symptoms of pre-eclampsiaNHS · Royaume-Uni
  3. La pré-éclampsie : explications et conseils préventifs (2017)Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) · Suisse
  4. Pré-éclampsie (fiche d’information)European Foundation for the Care of Newborn Infants (EFCNI) · Europe
  5. Signaux d’alarme pendant la grossesseMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
  6. Maternal mortality (fact sheet)Organisation mondiale de la santé (OMS) · International
  7. Prescription d’activité physique. Grossesse et post-partum (synthèse, 2022)Haute Autorité de santé (HAS) · France