Sommaire de l’article
À retenir
- Démangeaisons des paumes et des plantes, pires la nuit, sans bouton : à signaler dans les 24 heures.
- Le diagnostic repose sur une prise de sang : bilan du foie et acides biliaires.
- Le risque pour le bébé dépend surtout du taux d’acides biliaires.
- Un bébé qui bouge moins se fait vérifier immédiatement.
- Les démangeaisons disparaissent en quelques jours après la naissance.
Il est deux heures du matin et vous vous grattez la plante des pieds contre le drap. Les paumes vous démangent aussi, sans le moindre bouton. Les démangeaisons de grossesse sont fréquentes, et le plus souvent sans gravité. Mais quand elles se concentrent sur les mains et les pieds et redoublent la nuit, il faut penser à une maladie du foie propre à la grossesse : la cholestase gravidique.
Elle est rare, mais elle mérite d’être connue, car elle se dépiste facilement par une prise de sang et change la façon dont la fin de grossesse est suivie. Voici comment faire la différence, et ce qui se passe si le diagnostic est posé.
Démangeaisons de grossesse : quand sont-elles banales ?
La plupart du temps. Selon le Collège royal britannique des obstétriciens et gynécologues (RCOG), environ 25 % des femmes enceintes ont des démangeaisons, et la grande majorité n’ont pas de cholestase. Le NHS les explique par les changements hormonaux et par la peau qui s’étire.
Les démangeaisons banales ont souvent ces caractéristiques :
- elles touchent surtout le ventre qui s’arrondit, les seins, les cuisses, parfois avec une peau sèche ;
- elles varient avec la chaleur, la transpiration, les vêtements synthétiques ou un produit parfumé ;
- elles se calment avec une bonne hydratation de la peau.
Un eczéma qui s’aggrave, ou une éruption avec des boutons ou des plaques, relève d’un autre problème de peau et mérite aussi un avis médical, rappelle le NHS.

Quels sont les signes de la cholestase gravidique ?
La cholestase intrahépatique de la grossesse se reconnaît à un tableau assez typique, décrit par le RCOG et par Tommy’s, l’association britannique spécialisée :
| Démangeaisons banales | Évocateur de cholestase |
|---|---|
| Ventre, seins, zones qui s’étirent | Paumes des mains et plantes des pieds, parfois tout le corps |
| Souvent avec peau sèche ou petits boutons | Aucun bouton : seulement des traces de grattage |
| Variables dans la journée | Nettement pires la nuit, au point d’empêcher de dormir |
| À tout moment | Le plus souvent après 28 semaines, parfois plus tôt |
Plus rarement apparaissent des urines foncées, des selles pâles ou une jaunisse. Au Royaume-Uni, la cholestase touche environ 7 grossesses sur 1 000, et jusqu’à 15 sur 1 000 chez les femmes d’origine indienne ou pakistanaise, selon le RCOG. Elle revient aussi plus souvent chez les femmes qui en ont déjà eu une. Les causes ne sont pas entièrement connues : hormones de grossesse, terrain génétique et facteurs d’environnement sont évoqués.
Comment se fait le diagnostic ?
Par une prise de sang. Le médecin examine d’abord la peau pour écarter un eczéma ou une autre cause. Il prescrit ensuite un bilan hépatique (les enzymes du foie, appelées transaminases) et un dosage des acides biliaires, ces composants de la bile qui passent dans le sang quand elle s’écoule mal.
Deux précisions utiles, données par le RCOG et Tommy’s :
- les acides biliaires peuvent être élevés alors que le bilan du foie est normal, d’où l’intérêt de doser les deux ;
- au début, les analyses peuvent être normales : si les démangeaisons persistent sans autre explication, elles sont refaites, souvent toutes les une à deux semaines.
Si les symptômes sont inhabituels ou très précoces, le médecin peut demander une échographie du foie ou l’avis d’un spécialiste.
Quels sont les risques pour le bébé ?
Pour la mère, la cholestase est surtout très inconfortable. Pour le bébé, le risque dépend principalement du taux d’acides biliaires, exprimé en micromoles par litre. Le RCOG le résume ainsi, pour une grossesse simple sans autre complication :
| Taux d’acides biliaires | Ce que dit le RCOG |
|---|---|
| 19 à 39 (forme légère) | Risque de mort fœtale comparable à celui d’une grossesse sans cholestase |
| 40 à 99 (forme modérée) | Risque comparable jusqu’à 38-39 semaines |
| 100 et plus (forme sévère) | Risque plus élevé : environ 3 femmes sur 100 après 36 semaines |
Quel que soit le taux, la cholestase augmente le risque de naissance prématurée, spontanée ou programmée, et de méconium dans le liquide amniotique, les premières selles du bébé, qui peuvent le gêner s’il les inhale. Le passage en néonatologie est un peu plus fréquent. Le RCOG précise qu’aucun risque à long terme pour la santé de l’enfant n’est connu.
D’autres situations s’ajoutent au risque : un diabète gestationnel, une prééclampsie ou une grossesse gémellaire. Ces deux maladies sont d’ailleurs un peu plus fréquentes en cas de cholestase et sont donc surveillées.
Comment la cholestase est-elle suivie et traitée ?
Le suivi est confié à un gynécologue-obstétricien, souvent avec des prises de sang hebdomadaires au début. Il n’existe pas de traitement qui fasse baisser directement les acides biliaires. Un médicament, l’acide ursodésoxycholique, est parfois prescrit : selon le RCOG, il soulage un peu les démangeaisons chez certaines femmes et pourrait réduire le risque de naissance prématurée, mais il ne prévient pas la mort fœtale. Comme pour tout traitement pendant la grossesse, la dose est fixée par le médecin.
Le plus important reste entre vos mains : surveiller les mouvements du bébé. Tout changement, un bébé qui bouge moins ou différemment, impose une vérification immédiate à la maternité. Notre article quand sent-on bébé bouger vous aide à connaître son rythme.
L’accouchement est-il avancé ?
Parfois, selon le taux d’acides biliaires et les autres facteurs de risque. Pour une grossesse simple sans autre complication, le RCOG indique :
- 19 à 39 : un accouchement programmé vers 40 semaines peut être envisagé, ou l’on peut attendre le travail spontané ;
- 40 à 99 : une naissance programmée à 38-39 semaines peut être recommandée ;
- 100 et plus : une naissance programmée à 35-36 semaines peut être recommandée.
Il s’agit le plus souvent d’un déclenchement, expliqué dans notre article sur le déclenchement de l’accouchement. La cholestase seule n’impose pas de césarienne, et elle ne limite pas les choix contre la douleur, comme la péridurale. Le rythme cardiaque du bébé est surveillé en continu pendant le travail quand les acides biliaires sont très élevés.
Et après la naissance ?
Les démangeaisons disparaissent en quelques heures ou quelques jours. Les analyses mettent plus longtemps à se normaliser : un contrôle est habituellement proposé vers six semaines après l’accouchement. Si elles restent anormales, un avis spécialisé est demandé.
La cholestase a tendance à revenir lors des grossesses suivantes. Notez-la dans votre carnet de grossesse et signalez-la dès le début de la prochaine. Allo Docteurs rappelle aussi qu’elle reste une cause de prématurité : un suivi dans une maternité habituée aux grossesses à risque est un vrai plus. En attendant, ménagez vos nuits : notre article sur le sommeil pendant la grossesse peut aider.
Questions fréquentes
La cholestase gravidique fait-elle jaunir la peau ?
Parfois, mais c’est rare. Tommy’s, l’association britannique spécialisée dans la grossesse, cite parmi les signes moins fréquents des urines foncées, des selles pâles et une jaunisse, c’est-à-dire une peau et un blanc des yeux jaunâtres. Ces signes, avec ou sans démangeaisons, doivent toujours faire consulter rapidement pendant la grossesse : le médecin vérifiera le fonctionnement du foie.
Peut-on allaiter après une cholestase gravidique ?
Oui. La cholestase disparaît après la naissance et ne concerne pas l’allaitement. Les démangeaisons cessent en général en quelques heures ou quelques jours, et les analyses se normalisent en quelques semaines. Un contrôle sanguin est habituellement proposé vers six semaines après l’accouchement, pour vérifier que le foie a retrouvé un fonctionnement normal.
La cholestase va-t-elle revenir à ma prochaine grossesse ?
Le risque est réel. Le Collège royal britannique des obstétriciens (RCOG) indique qu’elle récidive plus souvent lors des grossesses suivantes. Il conseille de contrôler le bilan du foie et les acides biliaires au début de chaque nouvelle grossesse et de signaler toute démangeaison sans attendre. Prévenez votre gynécologue dès le test positif.
Peut-on prendre la pilule après une cholestase gravidique ?
Oui, en règle générale. Selon le RCOG, un antécédent de cholestase ne limite pas le choix de la contraception une fois les analyses redevenues normales. En revanche, si des démangeaisons apparaissent sous pilule combinée, il faut consulter rapidement. Discutez-en avec votre médecin ou votre sage-femme lors de la visite postnatale.
Sources
- Intrahepatic cholestasis of pregnancy (patient information)Royal College of Obstetricians and Gynaecologists (RCOG) · Royaume-Uni
- Intrahepatic Cholestasis of Pregnancy (ICP)Tommy’s · Royaume-Uni
- Itching and intrahepatic cholestasis of pregnancyNHS · Royaume-Uni
- Cholestase gravidique : des démangeaisons qui menacent la grossesseAllo Docteurs (France Télévisions) · France
- Signaux d’alarme pendant la grossesseMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
