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À retenir
- Déjà traitée pour la thyroïde ? Appelez votre médecin dès le test positif, sans attendre la consultation.
- Le dosage de la TSH est conseillé aux femmes à risque : antécédents, maladie auto-immune, symptômes.
- Ne modifiez jamais seule votre traitement : la dose est ajustée par le médecin selon les prises de sang.
- Au Maroc, le sel alimentaire doit être iodé depuis un décret de 1995 : utilisez-le, sans excès.
- Fatigue, palpitations ou déprime dans l’année qui suit la naissance : pensez à la thyroïdite du post-partum.
Vous prenez un comprimé pour la thyroïde chaque matin depuis des années, et le test de grossesse vient d’être positif. Ou bien on vous a prescrit un dosage de TSH dans votre premier bilan, sans vraiment vous expliquer pourquoi. Thyroïde et grossesse sont étroitement liées : cette petite glande du cou fabrique des hormones dont le bébé a besoin très tôt, avant même que sa propre thyroïde ne fonctionne.
La plupart des problèmes thyroïdiens se gèrent très bien pendant la grossesse, à condition d’être repérés et suivis. Voici ce qu’il faut savoir, avec ou sans traitement en cours.
Pourquoi la thyroïde compte-t-elle autant pendant la grossesse ?
Parce que le bébé emprunte d’abord les hormones de sa mère. Un document du CHU de Grenoble rappelle que la thyroïde du fœtus commence à se former vers 10 à 12 semaines, et qu’au premier trimestre il dépend des hormones thyroïdiennes maternelles. Pendant toute la grossesse, il dépend aussi de l’iode apporté par l’alimentation de sa mère. Ces hormones sont indispensables au développement de son cerveau et de son système nerveux.
La grossesse augmente aussi les besoins de la mère. C’est pourquoi une thyroïde qui suffisait avant peut devenir insuffisante une fois enceinte, et pourquoi un traitement doit souvent être adapté.

Hypothyroïdie pendant la grossesse : quels risques ?
L’hypothyroïdie, c’est une thyroïde qui ne produit pas assez d’hormones. Sa cause la plus fréquente est la thyroïdite de Hashimoto, une maladie auto-immune où l’organisme attaque sa propre thyroïde. Elle touche surtout les femmes, souvent entre 30 et 50 ans, selon le NHS britannique. Un manque d’iode dans l’alimentation peut aussi en être la cause.
Non traitée, elle augmente, selon le NHS, les risques de :
- fausse couche ;
- prééclampsie, c’est-à-dire d’hypertension de la grossesse (voir notre article sur la prééclampsie) ;
- naissance prématurée ;
- malformations.
Le NHS souligne que le traitement permet en général de prévenir ces complications. C’est tout l’enjeu du suivi.
Les symptômes sont souvent discrets, et ressemblent à ceux de la grossesse : grande fatigue, frilosité, prise de poids, constipation, peau et cheveux secs, difficultés de concentration, humeur triste. Une fatigue intense peut aussi venir d’une anémie pendant la grossesse : seule la prise de sang fait la différence.
Qui doit faire contrôler sa thyroïde ?
Faut-il doser la TSH chez toutes les femmes enceintes ? Les spécialistes en débattent. Une revue Cochrane de 2015, portant sur plus de 26 000 femmes, montre que le dépistage systématique permet de traiter davantage de femmes, mais sans bénéfice clairement démontré sur la prééclampsie, la prématurité ou le développement des enfants à trois ans. Beaucoup d’équipes pratiquent donc un dépistage ciblé.
Le document du CHU de Grenoble cite notamment comme situations justifiant un dosage :
- des antécédents personnels ou familiaux de maladie de la thyroïde ;
- une maladie auto-immune, comme un diabète de type 1 ;
- une infertilité ou des fausses couches à répétition ;
- des symptômes évocateurs : grande fatigue, peau sèche, chute de cheveux, goitre (cou gonflé), œdèmes, prise de poids excessive.
L’examen est une simple prise de sang qui mesure la TSH, l’hormone qui commande la thyroïde, parfois complétée par la T4 libre et la recherche d’anticorps. Au Maroc, il est prescrit par votre gynécologue ou votre médecin et se fait dans n’importe quel laboratoire. L’idéal est même de le faire avant de concevoir : c’est l’un des points de la consultation préconceptionnelle.
Déjà traitée pour la thyroïde : que faire quand on est enceinte ?
Prévenez votre médecin dès le test positif, sans attendre la première échographie. Le NHS indique que la dose du traitement de l’hypothyroïdie devra probablement changer pendant la grossesse, et le document de Grenoble précise que l’ajustement se fait dès le diagnostic, car les besoins augmentent tôt.
En pratique :
- Ne modifiez rien seule. Ni hausse « par précaution », ni arrêt. La dose est fixée par le médecin d’après vos résultats.
- Faites les prises de sang demandées. La TSH est contrôlée régulièrement pendant la grossesse, souvent chaque mois au début, puis selon l’équilibre obtenu. Les valeurs cibles sont propres à la grossesse : c’est le médecin qui les interprète.
- Signalez tous vos compléments. Fer, calcium, vitamines prénatales : dites au médecin ou au pharmacien ce que vous prenez, il vous indiquera comment organiser les prises avec votre traitement.
- Après l’accouchement, la dose est en général ramenée à celle d’avant la grossesse, toujours sur avis médical, avec un contrôle quelques semaines plus tard.
Et l’hyperthyroïdie enceinte ?
L’hyperthyroïdie, c’est l’inverse : trop d’hormones. Elle se manifeste par de la nervosité, des palpitations, des tremblements, une sensibilité à la chaleur, des troubles du sommeil et une perte de poids. Environ 4 cas sur 5 sont dus à la maladie de Basedow, une maladie auto-immune, selon le NHS. Mal contrôlée, elle expose elle aussi à la prééclampsie, à la prématurité et à la fausse couche.
Elle demande un suivi spécialisé, parce que certains traitements ne conviennent pas à la grossesse et que les anticorps de la mère peuvent agir sur la thyroïde du bébé. Si vous êtes suivie pour une hyperthyroïdie et souhaitez un enfant, parlez-en avant la conception.
Un cas particulier est fréquent au premier trimestre : chez des femmes qui vomissent beaucoup, l’hormone de grossesse hCG peut stimuler la thyroïde et provoquer une hyperthyroïdie passagère, qui s’améliore spontanément vers 16 à 20 semaines d’aménorrhée. Si vos nausées de grossesse sont très fortes, le médecin pourra la rechercher.
L’iode : le sel iodé, un geste simple
La thyroïde fabrique ses hormones avec de l’iode, et les besoins augmentent pendant la grossesse et l’allaitement. Le Maroc a connu une carence importante : une enquête nationale de 1993 relevait un goitre chez 22 % des enfants de 6 à 12 ans. Pour y répondre, un décret publié au Bulletin officiel en décembre 1995 a rendu obligatoire l’iodation du sel destiné à l’alimentation.
Ce qui en découle pour vous :
- utilisez du sel iodé pour la cuisine et la table, en vérifiant la mention sur l’emballage ;
- sans en abuser : l’objectif est un sel iodé, pas davantage de sel, surtout si votre tension est à surveiller ;
- ne prenez pas de complément d’iode ou d’algues de votre propre initiative : si un complément est utile, votre médecin le prescrit et en fixe la dose.
Après la naissance : la thyroïdite du post-partum
Dans l’année qui suit l’accouchement, la thyroïde peut s’enflammer de façon passagère. Selon l’American Thyroid Association, cette thyroïdite du post-partum touche environ 5 à 10 % des femmes aux États-Unis. Elle évolue souvent en deux temps :
- une phase d’hyperthyroïdie, 1 à 4 mois après l’accouchement : anxiété, insomnie, palpitations, irritabilité, perte de poids ;
- puis une phase d’hypothyroïdie, en général 4 à 8 mois après : fatigue, prise de poids, constipation, peau sèche, humeur dépressive.
Ces signes sont facilement mis sur le compte du manque de sommeil ou d’une dépression post-partum. La plupart des femmes retrouvent une thyroïde normale en 12 à 18 mois, mais environ 20 % de celles qui passent par la phase d’hypothyroïdie le restent, et la thyroïdite récidive chez environ 20 % des femmes à la grossesse suivante. Le risque est plus élevé en cas d’anticorps antithyroïdiens, de diabète de type 1 ou d’antécédents thyroïdiens.
Questions fréquentes
Peut-on allaiter quand on prend un traitement pour la thyroïde ?
Le plus souvent, oui. Le traitement de l’hypothyroïdie remplace une hormone que le corps produit normalement : on ne l’arrête pas pour allaiter, et la dose est souvent réajustée après la naissance. Pour une hyperthyroïdie, le choix du médicament et sa dose se décident avec le médecin. Dans tous les cas, signalez que vous allaitez à chaque prescription et ne changez rien seule.
Une hypothyroïdie empêche-t-elle de tomber enceinte ?
Elle peut rendre les règles irrégulières, selon le NHS, et le dépistage est souvent proposé en cas d’infertilité ou de fausses couches répétées. Une fois bien équilibrée par le traitement, une hypothyroïdie n’empêche pas d’avoir une grossesse normale. Si vous avez un projet de bébé, faites contrôler votre TSH avant de concevoir, lors de la consultation préconceptionnelle.
Le bébé aura-t-il un problème de thyroïde si j’en ai un ?
Le plus souvent, non. Mais certaines maladies de la mère, comme la maladie de Basedow, s’accompagnent d’anticorps qui peuvent traverser le placenta et agir sur la thyroïde du bébé : votre équipe le surveillera dans ce cas. Par ailleurs, une prise de sang au talon réalisée après la naissance permet, là où elle est proposée, de dépister une hypothyroïdie congénitale.
Les nausées de grossesse peuvent-elles dérégler la thyroïde ?
Parfois, de façon passagère. L’hormone de grossesse hCG stimule la thyroïde, et chez des femmes qui vomissent beaucoup, elle peut provoquer une hyperthyroïdie transitoire. Selon un document du CHU de Grenoble, elle s’améliore spontanément vers 16 à 20 semaines d’aménorrhée. Le médecin la distingue d’une vraie maladie de la thyroïde grâce à la prise de sang et à l’examen.
Sources
- Underactive thyroid (hypothyroidism)NHS · Royaume-Uni
- Overactive thyroid (hyperthyroidism)NHS · Royaume-Uni
- Pathologies thyroïdiennes et grossesse : prise en charge maternelle (Dr L. Villaret, 2011)CHU Grenoble Alpes, centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal · France
- Dépistage et prise en charge des dysfonctionnements thyroïdiens avant et pendant la grossesse (revue, 2015)Cochrane · International
- Postpartum thyroiditisAmerican Thyroid Association · États-Unis
- Stabilité et acceptabilité du sel alimentaire enrichi en fer + iode, en zone d’endémie goitreuse (Brikcha, Maroc)Actes de l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II (2002) · Maroc
