Sommaire de l’article

À retenir

  • Infertilité : pas de grossesse après 12 mois d’essais réguliers, selon l’OMS.
  • Au-delà de 35 ans pour la femme, la HAS conseille de consulter dès 6 mois.
  • L’homme et la femme font leur bilan en parallèle, dès la première consultation.
  • Une cause est retrouvée chez la femme, chez l’homme, chez les deux, ou parfois aucune.
  • Au Maroc, la PMA se pratique uniquement dans des centres agréés (loi 47-14).

Un an d’essais, puis quinze mois, puis dix-huit. Chaque fin de cycle apporte sa déception, et l’entourage commence à poser des questions. Si vous vous demandez s’il s’agit d’infertilité, sachez d’abord que vous êtes loin d’être seuls : selon l’Organisation mondiale de la santé, environ une personne sur six en âge d’avoir des enfants y est confrontée au cours de sa vie.

Au Maroc, une enquête de la Société marocaine de médecine de la reproduction (SMMR), relayée par EcoActu en janvier 2021, estimait que 11,8 % des couples avaient des difficultés à concevoir. Le sujet reste pourtant peu abordé en famille. Voici les repères pour savoir quand consulter, et ce que le bilan va concrètement chercher, chez vous comme chez votre mari.

Infertilité : de quoi parle-t-on exactement ?

L’OMS définit l’infertilité comme l’absence de grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers et non protégés. Elle est dite primaire quand il n’y a jamais eu de grossesse, secondaire quand il y en a déjà eu au moins une, y compris si un premier enfant est né sans difficulté.

La loi marocaine 47-14 sur l’assistance médicale à la procréation reprend la même idée : elle parle d’« absence de grossesse après 12 mois de tentatives régulières de conception de manière naturelle ».

Infertilité ne veut pas dire stérilité. La plupart des couples concernés ont une fertilité diminuée, pas nulle. Le NHS rappelle que plus de 8 couples sur 10, quand la femme a moins de 40 ans, conçoivent dans l’année s’ils ont des rapports tous les 2 ou 3 jours. Pour mieux viser la bonne période, notre guide pour repérer ses jours fertiles peut aider pendant les premiers mois.

Au bout de combien de temps consulter ?

En juillet 2026, la Haute Autorité de santé française (HAS) a précisé les délais. Ils rejoignent ceux de la plupart des sociétés savantes.

Votre situation Quand consulter
Femme de moins de 35 ans, homme de moins de 45 ans, aucun antécédent Après 12 mois d’essais
Femme au-delà de 35 ans ou homme au-delà de 45 ans Dès 6 mois
Facteur de risque connu (maladie, traitement, chirurgie, antécédent) Sans attendre, quel que soit l’âge

Parmi les situations qui justifient de consulter tout de suite :

  • des cycles très irréguliers ou une absence de règles ;
  • des règles très douloureuses, qui font penser à une endométriose ;
  • une infection génitale ou une chirurgie du pelvis dans le passé ;
  • chez l’homme, une opération des testicules, un traumatisme testiculaire ou un traitement lourd comme une chimiothérapie.

L’âge pèse surtout du côté féminin, parce que le nombre et la qualité des ovocytes baissent avec les années. Notre article sur la fertilité selon l’âge détaille ce qui change à 30, 35 et 40 ans.

Quelles sont les causes les plus fréquentes ?

Une cause peut venir de la femme, de l’homme, des deux à la fois, ou rester introuvable. Le NHS estime qu’aucune cause n’est identifiée dans environ un quart des cas.

Du côté féminin, l’OMS cite :

  • les troubles de l’ovulation, dont le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ;
  • les trompes bouchées ou abîmées, souvent après une infection sexuellement transmissible non traitée ou une chirurgie ;
  • les anomalies de l’utérus : fibromes, cloison, endométriose ;
  • les troubles hormonaux d’origine hypophysaire.

Du côté masculin, ce sont surtout des spermatozoïdes trop peu nombreux, peu mobiles ou mal formés, une obstruction des canaux, une varicocèle ou un déséquilibre hormonal. Selon la Mayo Clinic, un facteur masculin intervient, au moins en partie, chez jusqu’à la moitié des couples infertiles.

Le tabac, l’alcool, le surpoids et certains polluants jouent chez les deux partenaires, rappelle l’OMS. Ce qui relève de l’assiette est trié dans notre article sur les aliments et la fertilité.

Quels examens pour la femme ?

Le bilan féminin répond à trois questions : est-ce que j’ovule, quelle est ma réserve d’ovocytes, et la route est-elle libre (utérus et trompes) ?

Examen Ce qu’il cherche En pratique
Prise de sang hormonale (FSH, LH, œstradiol, TSH) Le fonctionnement des ovaires et de la thyroïde Au 3e jour du cycle environ ; prolactine et testostérone si cycles irréguliers ou pilosité excessive
AMH (hormone anti-müllérienne) La réserve ovarienne Prise de sang, à tout moment du cycle
Échographie pelvienne par voie vaginale L’utérus, les ovaires, le compte des petits follicules (2 à 9 mm) En début de cycle de préférence
Hystérosalpingographie La forme de la cavité utérine et la perméabilité des trompes Radiographie avec produit de contraste injecté par le col

L’AMH suscite beaucoup d’inquiétude, à tort. Le document du CHRU de Strasbourg le résume bien : en dehors d’une PMA, elle n’est pas recommandée pour prédire les chances de naissance. Elle renseigne surtout sur la réponse des ovaires à une stimulation.

Pour les trompes, l’hystérosalpingographie reste l’examen de première intention. Une alternative par échographie, la HyFoSy, donne des résultats comparables et fait un peu moins mal, mais échoue plus souvent pour des raisons techniques. Une hystéroscopie ou une cœlioscopie ne viennent qu’ensuite, si l’histoire ou les premiers examens le justifient.

Et pour l’homme : le spermogramme d’abord

Le premier examen masculin est le spermogramme, accompagné en général d’une spermoculture qui recherche une infection. Le recueil se fait au laboratoire, après quelques jours d’abstinence. C’est un examen simple et indolore, qui gagne à être fait dès le début plutôt qu’après des mois d’examens féminins.

Si le résultat est anormal, le médecin examine les testicules et oriente vers un urologue ou un andrologue. Un premier résultat anormal se contrôle sur un second prélèvement, car la qualité du sperme varie. Toutes les valeurs de référence et les pistes d’amélioration sont expliquées dans notre article sur le spermogramme et la fertilité masculine.

Qui consulter au Maroc ?

La porte d’entrée la plus simple reste votre gynécologue, ou votre médecin généraliste, qui peuvent lancer le bilan des deux partenaires. Selon les résultats, vous serez orientés vers :

  • un urologue ou un andrologue pour le bilan masculin approfondi ;
  • un centre de procréation médicalement assistée, privé ou public, si une insémination ou une FIV est envisagée.

Depuis la loi 47-14 (dahir du 11 mars 2019, Bulletin officiel n° 6766), l’assistance médicale à la procréation ne peut se pratiquer que dans des établissements agréés par l’administration, par des praticiens eux-mêmes agréés. Avant de vous engager, demandez à voir cet agrément. La loi réserve la PMA aux couples mariés, tous deux vivants, avec leurs propres gamètes. Les étapes et les questions à poser sont dans notre dossier sur la FIV au Maroc.

Côté remboursement, un arrêté publié au Bulletin officiel du 24 décembre 2020 a ajouté certaines classes de médicaments de l’infertilité à la liste des produits remboursables par l’AMO, selon EcoActu. Les actes de PMA eux-mêmes ont longtemps été peu ou pas couverts. Règles en vigueur en octobre 2026 à vérifier auprès de votre caisse (CNSS, CNOPS ou assurance privée) avant de commencer. Nous ne publions aucun tarif : ils varient selon les centres et doivent vous être annoncés par écrit.

Comment vivre cette période d’attente ?

Le bilan prend souvent quelques semaines, rythmées par les cycles. Pendant ce temps, rien ne vous oblige à répondre aux questions de la famille élargie ou des voisines. Beaucoup de couples choisissent de ne mettre au courant qu’une ou deux personnes de confiance.

L’infertilité touche l’estime de soi, le couple, parfois la foi et la relation avec la belle-famille. Notre article vivre l’infertilité à deux aborde ces émotions et les moyens d’être soutenus, y compris par un psychologue.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il essayer avant de s’inquiéter ?

En général un an. Le NHS britannique rappelle que plus de 8 couples sur 10, quand la femme a moins de 40 ans, conçoivent dans l’année avec des rapports réguliers tous les 2 ou 3 jours. Selon la HAS (2026), le délai tombe à 6 mois si la femme a plus de 35 ans ou l’homme plus de 45 ans, et il n’y a pas de délai du tout si un problème est déjà connu.

Le dosage de l’AMH suffit-il à savoir si je suis fertile ?

Non. L’AMH reflète la réserve d’ovocytes, c’est-à-dire la quantité, pas leur qualité. En dehors d’une PMA, les spécialistes ne la recommandent pas pour prédire les chances d’avoir un bébé. Elle sert surtout à prévoir comment les ovaires répondront à une stimulation, par exemple avant une FIV. Un chiffre bas n’empêche donc pas une grossesse naturelle.

L’hystérosalpingographie est-elle douloureuse ?

Elle peut provoquer des crampes, comparables à des douleurs de règles, pendant quelques minutes. Un produit de contraste est injecté par le col pour vérifier que l’utérus est régulier et que les trompes sont perméables. Demandez au médecin s’il conseille un antalgique avant l’examen. Il existe une alternative par échographie (HyFoSy), un peu moins douloureuse mais qui échoue plus souvent.

Mon mari refuse de faire un spermogramme, que faire ?

Expliquez-lui que l’examen est simple, indolore et indispensable : chez près de la moitié des couples infertiles, un facteur masculin intervient au moins en partie. Sans son bilan, vous risquez des mois d’examens et de traitements inutiles de votre côté. Proposer qu’il en parle seul avec le médecin, ou à un urologue, aide souvent à lever la gêne.

Sources

  1. Infertility (fact sheet)Organisation mondiale de la santé (OMS) · International
  2. Infertilité : la HAS précise le bilan en première intentionVIDAL (recommandations HAS de juillet 2026) · France
  3. Bilan d’infertilité du coupleCHRU de Strasbourg · France
  4. InfertilityNHS · Royaume-Uni
  5. Male infertility: symptoms and causesMayo Clinic · États-Unis
  6. Loi n° 47-14 relative à l’assistance médicale à la procréation (dahir n° 1-19-50, BO n° 6766 du 4 avril 2019)Portail adala, ministère de la Justice · Maroc
  7. Remboursement des médicaments : 1,75 million de couples infertiles remportent une 1ère batailleEcoActu · Maroc