Sommaire de l’article
À retenir
- Une FIV s’étale sur plusieurs semaines : stimulation, ponction, fécondation, transfert, puis test.
- L’ICSI injecte un spermatozoïde dans l’ovocyte, surtout en cas d’infertilité masculine.
- Au Royaume-Uni, 38 % de naissances par embryon transféré avant 35 ans, 8 % à 43-44 ans.
- La loi 47-14 interdit don de gamètes, gestation pour autrui et recherche sur l’embryon.
- Les embryons surnuméraires se conservent 5 ans, renouvelables une seule fois.
Le mot est souvent lâché au détour d’une consultation : « Il faudrait envisager une FIV. » Pour beaucoup de couples, c’est à la fois un espoir et une montagne. Combien de piqûres, combien de temps, quelles chances, et que dit la loi marocaine ? On l’appelle aussi fécondation in vitro, ou atfal al-anabib (أطفال الأنابيب, « bébés-éprouvette ») en arabe.
Au Maroc, la Société marocaine de médecine de la reproduction estimait en 2021 que le pays réalisait environ 2 800 FIV par an, d’après EcoActu. Depuis 2019, la pratique est encadrée par une loi précise, la loi 47-14. Voici les étapes, les chances réelles et les questions à poser avant de vous engager.
Dans quels cas propose-t-on une FIV ?
La FIV arrive en général après un bilan d’infertilité complet du couple. Elle est proposée notamment quand :
- les trompes sont bouchées ou abîmées ;
- le sperme présente des anomalies importantes ;
- une endométriose sévère gêne la conception ;
- plusieurs inséminations ont échoué, ou l’infertilité reste inexpliquée après un délai d’essai ;
- l’âge de la femme invite à ne pas perdre de temps.
La loi marocaine fixe le cadre médical : l’assistance médicale à la procréation sert à remédier à une infertilité reconnue, ou à éviter la transmission d’une maladie grave à l’enfant ou à l’un des conjoints (article 1). Le praticien doit vérifier cette justification et prescrire les examens nécessaires (article 16).

Comment se déroule une FIV, étape par étape ?
Le protocole varie selon les centres et les patientes, mais suit toujours la même trame. Le NHS britannique la décrit ainsi :
| Étape | Ce qui se passe | Durée indicative |
|---|---|---|
| 1. Mise au repos des ovaires (selon le protocole) | Injections ou spray pour bloquer le cycle naturel | 2 à 3 semaines |
| 2. Stimulation ovarienne | Injections quotidiennes d’hormones pour faire mûrir plusieurs ovocytes, avec échographies et prises de sang de surveillance | Environ 2 semaines |
| 3. Ponction des ovocytes | Prélèvement par une aiguille passée par le vagin, sous sédation | Environ 20 minutes |
| 4. Recueil du sperme et fécondation | Le sperme du mari est préparé, puis mis en contact avec les ovocytes au laboratoire | Le lendemain, le centre annonce le nombre d’embryons |
| 5. Transfert d’embryon | Un embryon est déposé dans l’utérus par un fin cathéter | Quelques jours après la ponction |
| 6. Test de grossesse | Le centre vous indique quand le faire | Selon le calendrier du centre |
Les embryons de bonne qualité qui ne sont pas transférés peuvent être congelés pour une tentative ultérieure. Les doses d’hormones sont toujours fixées par le médecin et ajustées selon la réponse des ovaires.
FIV ou ICSI : quelle différence ?
Dans la FIV dite classique, on laisse les spermatozoïdes féconder seuls les ovocytes dans une boîte de culture. Dans l’ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïde), le biologiste injecte un seul spermatozoïde directement dans chaque ovocyte. On la propose surtout quand le sperme contient peu de spermatozoïdes, peu mobiles ou mal formés. Le NHS la cite comme une solution en cas de faible nombre de spermatozoïdes.
Le bilan masculin conditionne donc le choix de la technique : notre article sur les résultats du spermogramme explique comment les lire.
Quelles sont les chances de réussite d’une FIV ?
Elles dépendent avant tout de l’âge de la femme, parce que la qualité des ovocytes diminue avec les années. Le Maroc ne publie pas de statistiques nationales détaillées par centre. Les chiffres britanniques de l’autorité de régulation HFEA, publiés en juin 2026, donnent un ordre de grandeur :
| Âge de la femme (ses propres ovocytes) | Naissances par embryon transféré (2024, données provisoires) |
|---|---|
| 18 à 34 ans | 38 % |
| 43 à 44 ans | 8 % |
| Moyenne tous âges | 30 % |
Ces chiffres s’entendent par embryon transféré, pas par couple : plusieurs transferts augmentent les chances cumulées. En 2023, toujours selon la HFEA, les transferts d’embryons congelés donnaient même de meilleurs résultats (33 % de naissances par embryon) que les transferts frais (25 %). Pour comprendre l’effet de l’âge, lisez notre article sur la fertilité à 30, 35 et 40 ans.
Que dit la loi 47-14 sur la FIV au Maroc ?
La loi n° 47-14 relative à l’assistance médicale à la procréation a été promulguée par le dahir n° 1-19-50 du 11 mars 2019 et publiée au Bulletin officiel n° 6766 du 4 avril 2019. Ses grandes règles, d’après le texte publié sur le portail adala du ministère de la Justice :
Qui peut y avoir accès ?
- Uniquement une femme et un homme mariés, tous deux vivants, avec leurs propres gamètes (article 12).
- Sur demande écrite et signée des deux époux, avec une copie de l’acte de mariage.
- Avec le consentement libre et éclairé des deux conjoints, donné par écrit sur un formulaire officiel (article 13).
Ce qui est interdit
- Le don ou la vente d’ovocytes, de spermatozoïdes ou d’embryons, et la gestation pour autrui (article 5).
- Le clonage reproductif et l’eugénisme (article 4).
- Toute recherche sur l’embryon ou le fœtus humain (article 7).
- Le diagnostic préimplantatoire n’est permis que pour éviter certaines maladies graves et incurables figurant sur une liste (article 19) : il ne sert pas à choisir le sexe.
La conservation
- Les embryons non transférés peuvent être congelés cinq ans au plus, renouvelables une seule fois (article 22). Le nombre d’embryons conservés se décide avec le praticien.
- Les gamètes des époux sont en principe utilisés en totalité ; leur conservation n’est permise que dans des cas limités.
- Toute personne qui suit un traitement pouvant nuire à sa fertilité peut faire conserver ses gamètes (article 24).
Les infractions sont lourdement punies : de 10 à 20 ans de réclusion et de 500 000 à un million de dirhams d’amende pour le clonage, l’eugénisme, le don ou la vente de gamètes ou d’embryons, la gestation pour autrui et la recherche sur l’embryon (article 40) ; de 2 à 5 ans de prison et de 50 000 à 100 000 dirhams d’amende, notamment, en cas de non-respect des conditions d’accès ou de diagnostic préimplantatoire contraire à la loi (article 41). Texte en vigueur en octobre 2026 ; pour toute question juridique précise, adressez-vous à votre centre ou à un juriste.
Comment choisir un centre de PMA autorisé ?
L’assistance médicale à la procréation ne peut être pratiquée que dans des établissements agréés par l’administration, publics ou privés, et par des praticiens eux-mêmes agréés pour les actes qu’ils réalisent (articles 8 et 9). Chaque centre tient un registre visé par le tribunal de première instance.
Les questions à poser avant de signer :
- Le centre et le médecin sont-ils agréés au titre de la loi 47-14 ?
- Quels sont vos résultats, par tranche d’âge et par transfert ?
- Combien d’embryons transférez-vous en général, et pourquoi ?
- Que comprend le devis écrit : médicaments, échographies, ponction, laboratoire, congélation, conservation annuelle ?
- Qu’est-ce qui est remboursé par ma caisse, et quels documents fournir ?
- Qui joindre la nuit ou le week-end en cas de douleur ou de malaise pendant la stimulation ?
Nous ne publions aucun prix : ils varient selon les centres et les protocoles. L’OMS rappelle que, dans certains pays, une seule FIV peut coûter le double du revenu annuel moyen d’un ménage. Selon EcoActu, depuis un arrêté publié au Bulletin officiel du 24 décembre 2020, certaines classes de médicaments de l’infertilité sont remboursables par l’AMO ; les actes de PMA restaient en revanche largement à la charge des couples. Vérifiez la situation en vigueur auprès de votre caisse avant de commencer.
Les risques à connaître
La FIV est un traitement courant et bien maîtrisé, mais pas anodin. Le NHS cite :
- le syndrome d’hyperstimulation ovarienne : des ovaires gonflés et douloureux, parfois avec gêne respiratoire ;
- la grossesse multiple, plus risquée pour la mère et les bébés, d’où l’importance de discuter du nombre d’embryons transférés (au Royaume-Uni, le taux de naissances multiples après FIV est passé de 14,4 % en 2014 à 3,2 % en 2024, selon la HFEA) ;
- la grossesse extra-utérine, qui reste possible.
Une FIV, c’est aussi une épreuve pour le couple, entre attente, injections et espoirs. Notre article vivre l’infertilité à deux peut vous accompagner. Et si une solution plus légère est encore possible, lisez notre article sur l’insémination intra-utérine.
Questions fréquentes
Combien de tentatives de FIV faut-il en moyenne ?
Il n’existe pas de nombre type : tout dépend de l’âge de la femme, de la cause de l’infertilité et du nombre d’embryons obtenus. Une seule ponction peut donner plusieurs embryons, transférés un par un sur plusieurs cycles, dont certains congelés. Demandez à votre centre ses résultats par tranche d’âge et parlez ensemble, dès le départ, du nombre de tentatives que vous êtes prêts à envisager.
La FIV est-elle remboursée au Maroc ?
Partiellement, et les règles évoluent. Un arrêté publié au Bulletin officiel du 24 décembre 2020 a ajouté certaines classes de médicaments de l’infertilité à la liste des produits remboursables par l’AMO, selon la presse. Les actes de laboratoire et de clinique restent largement à la charge des couples. Vérifiez auprès de votre caisse (CNSS, CNOPS) ou de votre assurance avant de commencer, et exigez un devis écrit.
Peut-on choisir le sexe du bébé lors d’une FIV au Maroc ?
Non. La loi 47-14 interdit l’eugénisme et n’autorise le diagnostic préimplantatoire, l’analyse de l’embryon avant transfert, que pour éviter la transmission de maladies graves et incurables figurant sur une liste officielle. Le choix du sexe par convenance n’entre pas dans ce cadre, et les manquements sont punis de peines de prison et d’amendes.
Que deviennent les embryons congelés si on ne les utilise pas ?
La loi 47-14 permet de les conserver cinq ans au plus, renouvelables une seule fois. À l’échéance, le centre doit prévenir le couple par lettre recommandée au moins trois mois avant leur destruction, qui se fait en présence d’un représentant du parquet. Ils ne peuvent être ni donnés, ni vendus, ni utilisés pour la recherche.
Sources
- Loi n° 47-14 relative à l’assistance médicale à la procréation (dahir n° 1-19-50 du 11 mars 2019, BO n° 6766 du 4 avril 2019)Portail adala, ministère de la Justice · Maroc
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