Sommaire de l’article
À retenir
- La baisse de fertilité est progressive : 35 ans n’est pas une date de péremption.
- Sur un an d’essais, les chances restent élevées jusqu’à la fin de la trentaine.
- L’AMH reflète le stock d’ovules, pas la capacité à tomber enceinte naturellement.
- À partir de 35 ans, on consulte après 6 mois d’essais sans grossesse.
- L’âge et le tabac de l’homme comptent aussi, même si l’effet est plus tardif.
« Et toi, c’est pour quand ? Fais vite, l’horloge tourne. » À 32 ou 36 ans, cette phrase entendue au détour d’un repas de famille peut faire plus de mal qu’on ne le croit. Oui, la fertilité de la femme diminue avec l’âge. Mais la baisse est progressive, et les chiffres réels sont bien moins effrayants que la rumeur.
Voici ce que disent les données, tranche d’âge par tranche d’âge, ce que mesure vraiment l’AMH, et à quel moment il est raisonnable de consulter sans attendre.
Pourquoi la fertilité baisse-t-elle avec l’âge ?
Parce qu’une femme naît avec tout son stock d’ovules, qui ne se renouvelle pas. Ce stock diminue au fil des années, et la qualité des ovules restants baisse aussi. La Mayo Clinic explique que cette perte s’accélère à l’approche de la quarantaine, et que les ovules de cette période ont moins de chances d’aboutir à une grossesse.
C’est tout le sens de l’expression « horloge biologique ». Elle ne s’arrête pas d’un coup à 35 ans. Elle ralentit, doucement d’abord, puis plus franchement à l’approche de la quarantaine. Chez certaines femmes, une insuffisance ovarienne précoce survient avant 40 ans, mais c’est l’exception.

Les chiffres par âge : chances par cycle et sur un an
Deux façons de regarder les choses : la chance à chaque cycle, et la chance cumulée sur plusieurs mois. La première impressionne, la seconde rassure.
Par cycle, avec des rapports pendant la période féconde, le guide québécois Mieux vivre (INSPQ) estime la chance de fécondation à environ une sur quatre à 20 ans, et environ une sur vingt à 40 ans.
Sur un ou deux ans, le tableau publié par l’institut britannique NICE, pour des couples ayant des rapports environ deux fois par semaine, donne ceci :
| Âge de la femme | Grossesse en 1 an | Grossesse en 2 ans |
|---|---|---|
| 19 à 26 ans | 92 % | 98 % |
| 27 à 29 ans | 87 % | 95 % |
| 30 à 34 ans | 86 % | 94 % |
| 35 à 39 ans | 82 % | 90 % |
Autrement dit, entre 30 et 39 ans, plus de huit femmes sur dix conçoivent en un an. La différence se joue surtout sur le délai, qui s’allonge. Ces chiffres sont des moyennes : ils ne disent rien de votre situation personnelle, qui dépend aussi de vos cycles, de votre santé et de celle de votre conjoint. Pour savoir ce qui est normal mois après mois, lisez notre article sur le temps qu’il faut pour tomber enceinte.
À 30, 35, 40 ans : ce qui change concrètement
Autour de 30 ans
La fertilité reste élevée. Il n’y a, à cet âge, aucune raison médicale de se presser si le projet n’est pas mûr. C’est en revanche un bon moment pour une consultation avant la grossesse, qui fait le point sur les vaccins, les traitements et l’hygiène de vie : tout est détaillé dans notre guide pour préparer une grossesse.
À partir de 35 ans
La baisse devient perceptible : les grossesses arrivent un peu moins vite, en moyenne. Le changement le plus utile à retenir est pratique. Les sociétés savantes américaines (ASRM, ACOG) recommandent de consulter après 6 mois d’essais sans grossesse, au lieu de 12. Le NHS britannique place ce seuil à 36 ans. L’idée n’est pas de s’alarmer, mais de ne pas perdre de temps si un examen peut aider.
Vers 40 ans
L’ASRM estime qu’à 40 ans, la fertilité représente environ la moitié de ce qu’elle était à la fin de la vingtaine ou au début de la trentaine. Les grossesses naturelles restent possibles, mais le délai s’allonge. À cet âge, mieux vaut parler de son projet à un gynécologue dès le départ, plutôt qu’après plusieurs mois d’attente. Le suivi d’une grossesse à cet âge est expliqué dans notre article sur la grossesse après 40 ans.
Réserve ovarienne et AMH : ce que dit (et ne dit pas) le dosage
La réserve ovarienne, c’est le nombre d’ovules encore disponibles dans les ovaires. On l’estime de trois façons : le dosage sanguin de l’AMH (hormone anti-müllérienne), celui de la FSH avec l’œstradiol en début de cycle, et le compte des petits follicules à l’échographie.
Ces examens ont une vraie utilité : ils aident le spécialiste à prévoir comment les ovaires répondront à une stimulation, par exemple avant une FIV. Mais, comme le rappelle le Collège américain des gynécologues-obstétriciens (ACOG), ils ne prédisent pas de façon fiable l’échec à concevoir. Une AMH basse ne signifie pas « vous ne pourrez pas avoir d’enfant ». Elle peut signifier que la fenêtre est un peu plus courte que prévu, et qu’il vaut mieux ne pas trop différer.
L’âge de l’homme compte aussi
On en parle moins, mais la fertilité masculine évolue aussi. Selon l’ASRM, les paramètres du sperme commencent à décliner après 35 ans, même si la fertilité de l’homme n’est pas nettement réduite avant 50 ans environ. Le NICE résume : la fertilité féminine baisse avec l’âge, la masculine aussi, dans une moindre mesure.
Surtout, l’OMS rappelle qu’une infertilité peut venir de l’homme, de la femme, des deux, ou rester inexpliquée. Quand le couple consulte, les examens concernent donc les deux. Le spermogramme, simple à réaliser, est expliqué dans notre article sur la fertilité masculine.
Ce qui pèse autant que l’âge
L’âge n’est pas le seul facteur, et certains autres se corrigent :
- Le tabac : selon la Mayo Clinic, il « vieillit » les ovaires et épuise la réserve plus tôt ; l’ASRM note une ménopause avancée de 1 à 4 ans chez les fumeuses. Chez l’homme, il altère la qualité du sperme.
- Le poids : une maigreur importante comme un surpoids marqué peuvent perturber l’ovulation (NHS, Mayo Clinic).
- L’alcool en quantité, chez la femme comme chez l’homme.
- Les infections sexuellement transmissibles non traitées, qui peuvent abîmer les trompes, selon l’OMS.
Ce que vous mettez dans votre assiette joue un rôle plus modeste : nous faisons le tri entre preuves et idées reçues dans notre dossier alimentation et fertilité.
Quand consulter, selon votre âge ?
La règle générale est la même partout : on parle d’infertilité après 12 mois de rapports réguliers non protégés sans grossesse (OMS). Ce délai se raccourcit avec l’âge et certaines situations.
| Votre situation | Quand en parler à un médecin |
|---|---|
| Moins de 35 ans, rien de particulier | Après 12 mois d’essais |
| 35 ans et plus | Après 6 mois d’essais |
| Autour de 40 ans | Dès le projet de grossesse |
| Cycles très irréguliers ou absents, endométriose, antécédent de chirurgie pelvienne ou de cancer | Sans attendre |
Au Maroc, le premier interlocuteur peut être votre gynécologue, un médecin généraliste ou la sage-femme du centre de santé, qui vous orientera si besoin. Le détail des examens proposés au couple est dans notre article infertilité : quand consulter et quels examens.
Questions fréquentes
Peut-on tomber enceinte naturellement à 40 ans ?
Oui, c’est possible, et beaucoup de femmes y parviennent. Les chances par cycle sont plus faibles qu’à 25 ans : le guide québécois Mieux vivre les estime à environ une sur vingt à 40 ans, contre une sur quatre à 20 ans. Le délai est donc souvent plus long. À cet âge, parlez de votre projet à votre gynécologue dès le départ, sans attendre des mois d’essais.
Quel taux d’AMH faut-il pour tomber enceinte ?
Il n’existe pas de seuil au-dessous duquel une grossesse naturelle serait impossible. L’AMH estime le nombre d’ovules restants et aide surtout à prévoir la réponse des ovaires à un traitement de fertilité. Selon l’ACOG, les tests de réserve ovarienne ne prédisent pas de façon fiable l’échec à concevoir. Un résultat bas se discute avec un gynécologue, qui l’interprète avec votre âge et votre histoire.
À partir de quel âge la fertilité baisse-t-elle chez l’homme ?
Plus tard et plus doucement que chez la femme. La Société américaine de médecine reproductive (ASRM) note que la qualité du sperme commence à décliner après 35 ans, mais que la fertilité masculine n’est pas nettement réduite avant 50 ans environ. Le tabac, le surpoids et certains médicaments pèsent souvent davantage que l’âge seul.
Faut-il faire un bilan de fertilité avant d’essayer, à 35 ans ?
Pas systématiquement. Une consultation avant la grossesse est utile à tout âge pour faire le point sur la santé, les vaccins et les traitements. Les examens de fertilité, eux, sont proposés après 12 mois d’essais, ou après 6 mois à partir de 35 ans, ou plus tôt si vous avez des cycles très irréguliers, une endométriose connue ou un antécédent médical particulier.
Sources
- Avant la grossesseMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
- Fertility problems: initial advice to people concerned about delays in conception (NG257)National Institute for Health and Care Excellence (NICE) · Royaume-Uni
- InfertilityNHS · Royaume-Uni
- Optimizing natural fertility: a committee opinion (2022)American Society for Reproductive Medicine (ASRM) · États-Unis
- Poor ovarian reserve doesn’t equal infertility (avis de l’ACOG, 2014)MDedge ObGyn · États-Unis
- Female fertility: Why lifestyle choices countMayo Clinic · États-Unis
- Infertility (fact sheet, 28 November 2025)Organisation mondiale de la santé (OMS) · International
