Sommaire de l’article
À retenir
- Chez jusqu’à la moitié des couples infertiles, un facteur masculin joue au moins en partie.
- Le spermogramme est simple, indolore, et se fait dès le début du bilan du couple.
- Un seul résultat anormal ne suffit pas : on refait l’examen environ trois mois plus tard.
- Tabac, alcool, surpoids, chaleur et anabolisants abîment les spermatozoïdes.
- La varicocèle est la cause masculine la plus fréquente qui se traite.
Après un an d’essais, la gynécologue a demandé un spermogramme. Votre mari a rangé l’ordonnance dans un tiroir. « Le problème ne vient pas de moi », dit-il, ou il ne dit rien. Cette scène est fréquente, au Maroc comme ailleurs. Pourtant, la fertilité masculine est en cause, au moins en partie, chez jusqu’à la moitié des couples qui ont du mal à concevoir, selon la Mayo Clinic.
L’OMS le souligne dans ses premières recommandations mondiales sur l’infertilité, publiées en novembre 2025 : le bilan de l’homme est souvent négligé. Or le spermogramme, tahlil al-sa’il al-manawi (تحليل السائل المنوي) en arabe, est l’un des examens les plus simples de tout le bilan. Voici comment il se passe, comment lire les résultats, et ce qui peut les améliorer.
Pourquoi l’homme doit-il faire un bilan, lui aussi ?
Parce qu’un bébé se fait à deux, et que les causes se répartissent entre les deux partenaires. L’OMS décrit plusieurs causes masculines : des canaux bouchés après une infection ou un traumatisme, un déséquilibre hormonal, des testicules qui produisent mal (par exemple après une chimiothérapie ou en cas de varicocèle), ou des spermatozoïdes peu mobiles ou mal formés.
Dans beaucoup de familles, l’infertilité reste perçue comme une « affaire de femme ». C’est faux, et c’est coûteux : sans spermogramme, une femme peut enchaîner des examens et des traitements inutiles pendant des mois. Les recommandations françaises de juillet 2026 (HAS) font d’ailleurs du spermogramme le premier examen du bilan masculin, et ce bilan concerne les deux partenaires. Le parcours complet du couple est décrit dans notre article quand consulter pour une infertilité.

Comment se passe un spermogramme ?
L’examen se fait sur ordonnance, dans un laboratoire d’analyses qui pratique la biologie de la reproduction. Les étapes sont toujours les mêmes :
- Respecter l’abstinence demandée par le laboratoire, en général quelques jours (3 jours dans les recommandations britanniques reprises par GPnotebook).
- Recueillir le sperme par masturbation dans un flacon stérile, en général au laboratoire, dans une pièce prévue pour cela.
- Faire analyser l’échantillon rapidement, dans les deux heures au plus.
Le laboratoire y associe souvent une spermoculture, qui recherche une infection. Les résultats arrivent en quelques jours.
Comment lire un résultat de spermogramme ?
Les résultats se comparent aux valeurs de référence de l’OMS, mises à jour dans la 6e édition de son manuel de laboratoire (2021). Ce sont des seuils bas, qui correspondent au 5e percentile : 95 % des hommes de la population de référence de l’OMS ont des valeurs au-dessus.
| Paramètre | Seuil de référence OMS 2021 |
|---|---|
| Volume de l’éjaculat | 1,4 ml ou plus |
| Concentration | 16 millions de spermatozoïdes par ml ou plus |
| Nombre total | 39 millions par éjaculat ou plus |
| Mobilité totale | 42 % ou plus |
| Mobilité progressive | 30 % ou plus |
| Vitalité (spermatozoïdes vivants) | 54 % ou plus |
| Formes typiques (morphologie) | 4 % ou plus |
| pH | 7,2 ou plus |
Sur le compte rendu, quelques mots reviennent souvent :
- oligozoospermie (ou oligospermie) : trop peu de spermatozoïdes ;
- asthénozoospermie : mobilité insuffisante ;
- tératozoospermie : trop de formes atypiques ;
- azoospermie : aucun spermatozoïde dans l’éjaculat.
Un résultat sous un seuil n’est pas une condamnation. Ces seuils ne sont fiables que si le laboratoire applique les méthodes de l’OMS et si l’abstinence demandée a été respectée. La qualité du sperme varie aussi d’un prélèvement à l’autre. Si le premier spermogramme est anormal, on le refait environ trois mois plus tard, le temps d’un cycle complet de fabrication des spermatozoïdes. En cas d’azoospermie ou d’anomalie sévère, le contrôle se fait au plus vite.
Qu’est-ce qui abîme les spermatozoïdes ?
Plusieurs facteurs de mode de vie jouent, et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut agir sur la plupart :
- le tabac, y compris le tabagisme passif, selon la Mayo Clinic ;
- l’alcool, le cannabis et la cocaïne ;
- les anabolisants, parfois utilisés en salle de musculation pour « prendre du muscle », que l’OMS cite parmi les causes de spermatozoïdes anormaux ;
- le surpoids ;
- la chaleur : sous-vêtements serrés, saunas, bains très chauds, ordinateur portable sur les genoux et longues heures assis peuvent élever la température des testicules (la Mayo Clinic précise que les preuves restent à consolider) ;
- certains produits professionnels : pesticides, solvants, métaux lourds comme le plomb.
Par analogie avec le sauna, de longues séances de hammam très chaudes et répétées exposent elles aussi les testicules à la chaleur. Rien n’oblige à y renoncer, mais en période d’essais bébé, des passages plus courts dans la salle chaude sont une précaution raisonnable.
L’âge compte aussi. La HAS conseille (juillet 2026) de consulter dès 6 mois d’essais quand l’homme a plus de 45 ans, et le NHS cite un père de 45 ans ou plus parmi les facteurs de risque de fausse couche. Pour l’assiette, notre article alimentation et fertilité fait le tri entre ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas.
Varicocèle, infection, hormones : quand voir un urologue ?
Si le spermogramme est anormal, le médecin examine l’homme : volume et consistance des testicules, épididymes, canaux déférents, recherche d’une varicocèle. Il l’oriente ensuite vers un urologue ou un andrologue, comme le recommande le CHRU de Strasbourg.
La varicocèle est une dilatation des veines qui drainent le testicule, un peu comme des varices. Selon la Mayo Clinic, c’est la cause d’infertilité masculine la plus fréquente qui puisse se corriger. Selon la cause suspectée (déséquilibre hormonal, obstruction des canaux, anomalie chromosomique), le spécialiste prescrit ensuite d’autres examens.
Quels traitements, et quelles limites au Maroc ?
Les solutions dépendent de la cause. On peut corriger un facteur de mode de vie, traiter une infection ou une varicocèle, ou recourir à l’assistance médicale à la procréation :
- l’insémination intra-utérine, pour une baisse légère à modérée de la qualité du sperme, même si le NHS la juge peu utile dans ce cas (tout sur l’insémination artificielle) ;
- la FIV avec ICSI, où l’on injecte un spermatozoïde directement dans chaque ovocyte, quand les anomalies sont plus marquées ;
- en cas d’azoospermie, des spermatozoïdes peuvent parfois être prélevés chirurgicalement dans le testicule.
Une limite propre au Maroc : la loi 47-14 réserve la PMA aux couples mariés avec leurs propres gamètes et interdit le don de spermatozoïdes. Le recours à un donneur, proposé dans d’autres pays, n’est donc pas possible. Le parcours et le cadre légal sont détaillés dans notre dossier sur la FIV au Maroc.
Un diagnostic d’infertilité masculine bouscule souvent l’image de soi. Notre article vivre l’infertilité à deux parle aussi des hommes, et de la manière de se soutenir mutuellement.
Questions fréquentes
Combien de jours d’abstinence avant un spermogramme ?
Le laboratoire vous donne la consigne exacte, en général quelques jours : GPnotebook, qui s’appuie sur les recommandations britanniques, cite 3 jours. Une abstinence trop courte ou trop longue fausse les résultats. Le recueil se fait par masturbation dans un flacon stérile, de préférence au laboratoire, car l’échantillon doit être analysé dans l’heure ou les deux heures.
Peut-on avoir un enfant avec une oligospermie ?
Souvent, oui. Une concentration un peu basse réduit les chances à chaque cycle sans les supprimer, et une grossesse naturelle reste possible. Selon la sévérité, le médecin peut proposer de corriger une cause (varicocèle, tabac, surpoids), puis une insémination ou une FIV avec ICSI, où l’on injecte un seul spermatozoïde dans l’ovocyte. Le NHS rappelle que des traitements existent.
Le spermogramme fait-il mal ?
Non. Il s’agit seulement de recueillir du sperme par masturbation dans un flacon, dans une pièce isolée du laboratoire. Aucune piqûre, aucun instrument. La gêne est surtout psychologique, et c’est bien normal. Si le recueil sur place est trop difficile, demandez au laboratoire s’il accepte un recueil à domicile et dans quelles conditions de délai et de température.
La varicocèle doit-elle toujours être opérée ?
Non. La varicocèle, une dilatation des veines du testicule, est fréquente et n’empêche pas toujours d’avoir des enfants. Selon la Mayo Clinic, c’est la cause d’infertilité masculine la plus courante qui puisse se corriger. La décision d’opérer revient à l’urologue, selon la taille de la varicocèle, les résultats du spermogramme et la situation du couple.
Sources
- Analyse du spermeGPnotebook (d’après NICE, mars 2026) · Royaume-Uni
- Lower reference limits for semen characteristics (WHO 2021)Manchester University NHS Foundation Trust, laboratoires d’andrologie · Royaume-Uni
- Male infertility: symptoms and causesMayo Clinic · États-Unis
- Low sperm countNHS · Royaume-Uni
- Infertility (fact sheet)Organisation mondiale de la santé (OMS) · International
- Bilan d’infertilité du coupleCHRU de Strasbourg · France
- Infertilité : la HAS précise le bilan en première intentionVIDAL (recommandations HAS de juillet 2026) · France
- WHO issues unprecedented global guidelines to combat infertilityEyewitness News (EWN) · Afrique du Sud
