Sommaire de l’article

À retenir

  • 1er trimestre : fatigue hormonale ; 3e trimestre : ventre, reflux, crampes et réveils.
  • Jambes sans repos : faites vérifier votre fer, elles disparaissent en général après la naissance.
  • Ronflements forts ou pauses respiratoires : parlez-en, ils sont liés à l’hypertension.
  • La thérapie cognitivo-comportementale est le traitement de référence de l’insomnie qui dure.
  • Ni somnifère, ni complément, ni tisane « pour dormir » sans avis médical.

Il est 3 heures du matin. Vous vous êtes levée deux fois pour aller aux toilettes, le bébé fait des galipettes, et maintenant votre tête tourne en boucle sur la liste de naissance et le congé maternité. L’insomnie de grossesse n’a rien d’un caprice : selon un guide de l’agence de santé de l’État de Washington, aux États-Unis, 75 % des femmes enceintes ont des troubles du sommeil, et 38 % une insomnie au sens médical.

Ces nuits hachées ont des causes différentes selon le moment de la grossesse, et certaines se soignent bien. Voici ce qui se passe trimestre par trimestre, deux troubles souvent méconnus, les jambes sans repos et l’apnée du sommeil, et ce qui aide vraiment à mieux dormir enceinte.

Pourquoi dort-on si mal pendant la grossesse ?

Parce que plusieurs gênes s’additionnent. Le guide québécois Mieux vivre avec notre enfant cite les changements hormonaux, les réveils pour uriner, le mal de dos, les brûlures d’estomac, les crampes, la difficulté à trouver une position confortable et l’anxiété. Un manque de fer et une hydratation insuffisante ajoutent à la fatigue.

Les troubles du sommeil sont plus fréquents au troisième trimestre, quand le ventre pèse le plus. Mais beaucoup de futures mamans sont aussi épuisées dès les premières semaines, alors même que leur ventre ne se voit pas encore.

Trimestre par trimestre : ce qui change

Période Ce qui perturbe le sommeil Ce qui aide
1er trimestre Grande fatigue hormonale, fréquente pendant les 12 premières semaines selon le NHS ; nausées ; envies d’uriner Se coucher plus tôt, accepter de l’aide, petites collations contre les nausées
2e trimestre Souvent une accalmie : selon le guide québécois, la fatigue du début dure en général jusqu’à la fin du 1er trimestre En profiter pour installer une routine du soir et l’habitude de dormir sur le côté
3e trimestre Ventre lourd, mal de dos, reflux, crampes (plus d’une grossesse sur deux), mouvements du bébé, envies d’uriner, rêves intenses, inquiétude avant l’accouchement Coussin, repas du soir plus légers, détente, organisation pour la nuit

Les petits maux qui réveillent, du reflux aux jambes lourdes, sont détaillés dans notre article sur les petits maux de la grossesse, et les solutions contre l’acidité nocturne dans celui sur les brûlures d’estomac enceinte.

Jambes sans repos : ce n’est pas dans la tête

Le syndrome des jambes sans repos donne, le soir et la nuit, un besoin irrésistible de bouger les jambes, avec des sensations désagréables (fourmillements, picotements, tiraillements). Il s’aggrave au repos et se calme quand on bouge. Selon les recommandations de l’État de Washington, il touche environ 20 % des femmes enceintes qui ont des troubles du sommeil.

Le NHS britannique le relie notamment au fer : une carence peut le favoriser, et la corriger peut l’améliorer. Bonne nouvelle, les symptômes disparaissent en général après la naissance. En attendant :

  • faites vérifier votre taux de fer et vos folates, et prenez un complément seulement s’il vous est prescrit (voir notre article sur l’anémie pendant la grossesse) ;
  • bougez dans la journée, mais évitez l’effort intense le soir ;
  • essayez un bain tiède ou un massage des jambes avant le coucher ;
  • évitez la caféine après midi, thé à la menthe compris ;
  • quand la gêne arrive, marchez, étirez-vous, ou occupez votre esprit avec une lecture.

Parlez-en à votre médecin si les symptômes vous empêchent de dormir ou vous minent le moral. Aucun médicament sans son avis.

Ronflements et apnée du sommeil : quand s’en préoccuper ?

Beaucoup de femmes se mettent à ronfler pendant la grossesse, et ce n’est pas forcément inquiétant. Mais un ronflement fréquent est aussi le signe le plus courant de l’apnée du sommeil, ces pauses respiratoires qui hachent les nuits sans qu’on s’en rende compte.

Selon les recommandations de l’État de Washington, l’apnée touche environ 15 % des femmes enceintes qui ont des troubles du sommeil. Elle est plus fréquente en cas de surpoids, et associée à l’hypertension de la grossesse et au diabète gestationnel. Signalez à votre médecin un ronflement bruyant presque toutes les nuits, des pauses respiratoires remarquées par votre conjoint, ou une somnolence dans la journée au point de vous endormir assise. Il pourra vous orienter vers un examen du sommeil. Les signes de la prééclampsie, à connaître en fin de grossesse, sont réunis dans notre article sur l’hypertension et la prééclampsie.

La position et le coussin : un bon point de départ

À partir de 28 semaines, la règle est simple : s’endormir sur le côté, gauche ou droit, la nuit comme pour la sieste, rappelle le NHS, car l’endormissement sur le dos est associé à un risque accru de mort fœtale. Se réveiller sur le dos n’est pas grave : il suffit de se retourner.

Un coussin de grossesse entre les genoux et sous le ventre soulage le dos, les hanches et aide à garder la position. La façon de l’installer, selon sa forme, est détaillée dans notre guide bien dormir enceinte : positions et coussin, et tous les modèles sont dans notre rayon coussins de grossesse et d’allaitement.

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Ce qui aide vraiment à mieux dormir enceinte

Les conseils d’hygiène du sommeil sont utiles, mais les recommandations de l’État de Washington sont franches : seuls, ils ne suffisent pas à traiter une insomnie qui dure. Le traitement de référence est la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I), en général en 6 à 8 séances, avec un psychologue ou un médecin formé. Elle combine plusieurs outils : comprendre son sommeil, apaiser les pensées qui tournent, ne garder le lit que pour dormir, se relaxer. Traiter l’insomnie pendant la grossesse pourrait aussi aider à prévenir la dépression du post-partum.

Au quotidien, ces habitudes posent les bases :

  • des horaires réguliers, au coucher comme au lever, même après une mauvaise nuit ;
  • la caféine limitée, à moins de 200 milligrammes par jour selon le NHS et les recommandations américaines, et plus du tout en fin de journée ;
  • un dîner léger, pas trop tard, et moins de boisson juste avant le coucher, en buvant bien la journée ;
  • une activité physique régulière dans la journée, comme la marche ;
  • une chambre sombre, calme et fraîche, sans écran avant de dormir, avec un simple réveil plutôt que le téléphone ;
  • une sieste courte et pas trop tardive si vous en avez besoin : le NHS conseille d’éviter les siestes de fin de journée qui retardent l’endormissement, quand le guide québécois les propose pour récupérer.

Somnifères, tisanes, compléments : la prudence d’abord

Ne prenez aucun somnifère, aucun complément « pour dormir », ni aucune tisane ou huile essentielle sans l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Le guide québécois rappelle que les produits naturels ne sont pas sans danger pendant la grossesse et doivent être traités comme des médicaments. Les recommandations américaines réservent les médicaments du sommeil aux insomnies sévères, quand les autres méthodes ont échoué et que les bénéfices l’emportent sur les risques.

Enfin, une insomnie qui s’accompagne de tristesse, de désespoir ou d’une perte d’intérêt pour ce que vous aimiez peut révéler une dépression, prévient le NHS. Cela se soigne, pendant comme après la grossesse : notre article sur le baby blues et la dépression post-partum aide à faire la différence.

Questions fréquentes

Mon insomnie peut-elle faire du mal à mon bébé ?

Quelques mauvaises nuits, non : le NHS britannique rappelle que la fatigue de la grossesse ne fait de mal ni à la mère ni au bébé. Une insomnie qui s’installe mérite en revanche d’être prise au sérieux. Les troubles du sommeil sont associés au diabète gestationnel, à l’hypertension et à la prématurité, et ils pèsent sur le moral. Parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin plutôt que de serrer les dents.

Je me réveille à 3 heures du matin et ne me rendors pas : que faire ?

Évitez de regarder l’heure et votre téléphone, dont la lumière réveille. Si le sommeil ne revient pas au bout d’un moment, levez-vous, allez dans une autre pièce peu éclairée et faites une activité calme, puis revenez au lit quand la somnolence arrive. C’est l’un des principes de la thérapie cognitivo-comportementale : le lit doit rester associé au sommeil, pas à l’attente.

Depuis que je suis enceinte, je ronfle : est-ce grave ?

Le ronflement est fréquent pendant la grossesse et souvent sans conséquence. Il devient un signal à prendre au sérieux s’il est fort et quotidien, si votre conjoint remarque des pauses dans votre respiration, ou si vous êtes très somnolente dans la journée. Ces signes peuvent révéler une apnée du sommeil, associée à l’hypertension et au diabète gestationnel : signalez-les à votre médecin.

Puis-je prendre de la mélatonine ou un somnifère enceinte ?

Pas sans avis médical. Les recommandations américaines réservent les médicaments du sommeil aux insomnies sévères, quand les méthodes sans médicament ont échoué. Le guide québécois Mieux vivre demande de traiter les compléments et produits naturels avec la même prudence que les médicaments. Votre médecin ou votre pharmacien vous dira ce qui est possible à votre stade de grossesse.

Sources

  1. Perinatal Maternal Sleep ToolkitWashington State Health Care Authority (HCA) · États-Unis
  2. Tiredness and sleep problems in pregnancyNHS · Royaume-Uni
  3. Restless legs syndromeNHS · Royaume-Uni
  4. Stillbirth: preventing stillbirthNHS · Royaume-Uni
  5. Malaises de grossesseMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
  6. Médicaments et produits de santé naturels pendant la grossesseMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)