Sommaire de l’article

À retenir

  • L’islam dispense du jeûne la femme enceinte ou allaitante qui craint pour sa santé ou celle de son bébé.
  • Les études ne montrent pas d’effet net sur le poids de naissance, mais les données restent incomplètes.
  • Diabète, hypertension, jumeaux ou grossesse compliquée : le jeûne est en général déconseillé.
  • Bébé de moins de 6 mois nourri uniquement au sein : mieux vaut ne pas jeûner.
  • Vertiges, contractions, bébé qui bouge moins : on rompt le jeûne et on consulte.

Chaque année, avec le croissant de lune, la même question revient dans les familles : faut-il jeûner quand on attend un bébé, ou quand on allaite ? Sur les forums marocains, les inquiétudes se ressemblent : la peur de « perdre son lait », celle d’être en faute si l’on ne jeûne pas, l’envie aussi de partager le mois sacré avec les siens. Le Ramadan pendant la grossesse et l’allaitement mérite une réponse posée, qui tienne compte à la fois de la règle religieuse et de la médecine.

Bonne nouvelle : les deux vont dans le même sens. La religion prévoit une dispense, et les médecins demandent surtout une chose, que la décision soit prise avec eux, et non sous la pression.

Ce que dit la règle religieuse : une dispense, pas une faute

La règle générale est connue : l’islam dispense du jeûne les femmes enceintes ou allaitantes qui craignent pour leur santé ou pour celle de leur bébé, rappelait encore Bladi.net en 2024. Johns Hopkins Aramco Healthcare, un établissement de santé saoudien associé à l’université Johns Hopkins, ajoute que rompre le jeûne pour raison de santé n’est pas seulement permis, mais encouragé.

Les jours non jeûnés peuvent être rattrapés plus tard ou compensés, selon des modalités qui relèvent des savants et non du magazine. Pour ces questions, adressez-vous à une personne de confiance compétente en religion. Pour tout ce qui touche à votre corps et à votre bébé, c’est votre médecin ou votre sage-femme qui vous guide.

Jeûner enceinte : que montrent les études ?

Les données sont plutôt rassurantes, mais incomplètes. La synthèse de référence, publiée en 2018 par une équipe de l’université de Manchester, a réuni 22 études et plus de 31 000 grossesses, dont près de 19 000 avec jeûne. Le jeûne n’y modifiait ni le poids de naissance, ni le risque de naissance prématurée, ni celui de petit poids de naissance.

Les mêmes chercheurs soulignent leurs limites : trop peu de données sur la mortinatalité, le diabète gestationnel ou l’hypertension, et aucune sur le développement des enfants après la naissance. Un article de synthèse publié en 2025 par l’université Federation, en Australie, va dans le même sens, tout en citant des travaux qui évoquent de possibles effets à long terme sur l’enfant (surpoids, retard de croissance), sans preuve solide.

L’Association médicale islamique britannique (BIMA) en tire une position simple, rapportée par cet article : une femme dont la grossesse est sans complication, et dont les éventuelles maladies sont bien équilibrées, peut jeûner si elle le souhaite et le supporte. Sinon, elle ne devrait pas jeûner.

Au Maroc, les médecins interrogés par la presse rappellent ce que le jeûne peut provoquer chez la future maman : fatigue, hypoglycémies, déshydratation, variations de la tension. Ils insistent tous sur la consultation préalable.

Qui ne devrait pas jeûner pendant la grossesse ?

Le jeûne est en général déconseillé, ou demande au minimum un avis médical précis, dans les situations suivantes :

  • un diabète, qu’il s’agisse d’un diabète gestationnel ou d’un diabète connu avant la grossesse ;
  • une hypertension apparue pendant la grossesse ;
  • une grossesse gémellaire, ou obtenue par assistance médicale à la procréation ;
  • une grossesse compliquée, ou toute maladie qui demande un traitement ou un régime particulier ;
  • des vomissements, des malaises ou une fatigue intense ;
  • des carences, comme une anémie.

Au premier trimestre, les nausées compliquent souvent les choses : jeûner quand on vomit expose à la déshydratation. Nos conseils contre les nausées de grossesse vous aideront à en parler avec votre médecin.

Si vous jeûnez : organiser le ftour, le shour et vos journées

Si votre médecin donne son accord, quelques règles, tirées des conseils publiés au Maroc, aident à passer le mois sans s’épuiser.

À table, deux ou trois repas légers et équilibrés entre le ftour et le shour plutôt qu’un seul grand repas :

  • au shour, des féculents qui tiennent au corps (pain complet, riz, pâtes), des laitages, des fruits ;
  • au ftour, quelques dattes et de l’eau, puis une harira ou une soupe de légumes, du poisson ou une viande blanche bien cuite, des légumes ;
  • à limiter : les fritures, lourdes à digérer, et les sucres rapides (chebakia, sellou, boissons sucrées), qui provoquent des coups de fatigue et donnent soif. Pour l’envie de sucré, les fruits secs sont un meilleur choix.

Côté boissons, buvez régulièrement de l’eau entre le ftour et le shour, sans tout avaler d’un coup. Les tisanes et les bouillons de légumes comptent aussi. Pour le thé, gardez en tête nos repères sur l’alimentation de la femme enceinte : le thé freine l’absorption du fer.

Au quotidien, gardez assez d’heures de sommeil, faites une sieste si vous le pouvez, et levez le pied sur les efforts, la cuisine et les courses en pleine chaleur. Si le Ramadan tombe en été ou un jour de chergui, la prudence redouble.

Allaiter et jeûner : protéger sa lactation

Le lait maternel est composé d’eau à environ 87 %, rappelle Johns Hopkins Aramco Healthcare. Selon cet établissement, les études récentes trouvent des protéines, des graisses et des glucides du lait plutôt stables pendant le jeûne, mais certains minéraux comme le zinc, le potassium ou le magnésium peuvent baisser. Surtout, la déshydratation et le manque de calories peuvent réduire la quantité de lait.

Le même établissement déconseille le jeûne si :

  • votre bébé a moins de 6 mois et se nourrit uniquement de votre lait ;
  • vous avez un diabète, vous vous remettez d’une césarienne, ou vous avez déjà manqué de lait ;
  • vous êtes trop maigre, ou vous vous sentez faible de façon persistante.

Il conseille aussi un avis médical pour un bébé prématuré ou malade, et pour l’allaitement de jumeaux. Le jeûne devient plus envisageable quand l’enfant a plus d’un an, mange régulièrement et tète surtout pour le réconfort ou l’endormissement.

Si vous jeûnez en allaitant, visez au moins 2 à 3 litres d’eau entre le ftour et le shour, continuez à donner le sein à la demande et surveillez votre bébé : moins de six couches bien mouillées par jour chez un tout-petit, une perte de poids, un bébé mou ou qui réclame sans cesse doivent faire rompre le jeûne. Nos conseils sur l’alimentation de la maman allaitante complètent ces repères, et un coussin d’allaitement rend les tétées de nuit plus confortables.

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Pour boire et se reposer pendant le mois sacré

Une gourde isotherme garde l’eau fraîche près du lit entre le ftour et le shour, et un bon coussin aide à se reposer sur le côté ou à allaiter confortablement la nuit. Le reste n’a rien d’indispensable.

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Questions fréquentes

Le jeûne peut-il faire baisser le lait maternel ?

Il peut le faire, surtout par la déshydratation et le manque de calories, selon Johns Hopkins Aramco Healthcare. Les études récentes citées par cet établissement trouvent en revanche des protéines, des graisses et des glucides du lait plutôt stables, alors que certains minéraux peuvent diminuer. Surveillez les couches mouillées, le poids et l’éveil de bébé : au moindre doute, rompez le jeûne et consultez.

Une femme enceinte diabétique peut-elle jeûner ?

En général, non. Les médecins marocains interrogés par la presse déconseillent le jeûne en cas de diabète, qu’il soit apparu pendant la grossesse ou qu’il existait avant, car l’équilibre de la glycémie devient très difficile sans repas réguliers. Si vous tenez malgré tout à jeûner, la décision se prend uniquement avec le médecin qui suit votre diabète, bien avant le début du mois.

Combien d’eau boire entre le ftour et le shour quand on allaite ?

Johns Hopkins Aramco Healthcare conseille aux mamans allaitantes de viser au moins 2 à 3 litres entre le ftour et le shour, répartis tout au long de la soirée, dont plusieurs verres juste avant l’aube. Gardez une bouteille à portée de main pendant les tétées. Des urines foncées ou rares, des vertiges ou des maux de tête signalent que vous ne buvez pas assez.

Le jeûne est-il dangereux pour le bébé à naître ?

Une grande synthèse de 22 études n’a trouvé d’effet ni sur le poids de naissance, ni sur la prématurité. Mais les données manquent sur d’autres points, et quelques travaux évoquent de possibles effets à long terme sur l’enfant, sans preuve solide. Autrement dit, aucun danger n’est démontré pour une grossesse normale, sans que la sécurité soit prouvée pour autant : la décision se prend au cas par cas, avec votre médecin.

Sources

  1. The effect of Ramadan fasting during pregnancy on perinatal outcomes: a systematic review and meta-analysis (Glazier et al., BMC Pregnancy and Childbirth, 2018)BMC Pregnancy and Childbirth, université de Manchester · Royaume-Uni
  2. Does fasting during Ramadan impact pregnancy and birth outcomes?Federation University Australia (Pr Muhammad Aziz Rahman) · Australie
  3. Can You Fast While Breastfeeding in Ramadan?Johns Hopkins Aramco Healthcare · Arabie saoudite
  4. Jeûne vs grossesse et allaitement : comment s’en sortir ?Le Matin · Maroc
  5. Femmes enceintes : quels risques durant le Ramadan ?Aujourd’hui le Maroc (avec le Pr Redouane Mesbahi, CHU Ibn Sina de Rabat) · Maroc
  6. Ramadan et grossesse : jeûner ou pas, la question se poseBladi.net · Maroc