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À retenir

  • Retarder l’œuf ou l’arachide ne protège pas : cela pourrait même augmenter le risque d’allergie.
  • Un nouvel allergène à la fois, en petite quantité, à un moment où vous pouvez observer bébé.
  • Une fois toléré, l’aliment revient au menu régulièrement, plusieurs fois par semaine.
  • Eczéma sévère ou allergie déjà connue : parlez-en au médecin avant de commencer.
  • Lèvres, langue ou gorge qui gonflent, respiration difficile : appelez immédiatement le 141.

Le pot de beurre de cacahuète est sur la table, l’œuf dur refroidit, et vous hésitez. Une cousine a fait une réaction à l’arachide, la belle-mère dit qu’il faut attendre ses 3 ans, et internet affirme l’inverse. Bonne nouvelle : sur l’allergie alimentaire de bébé, les recommandations des dix dernières années vont dans le même sens, et elles sont plutôt simples à suivre.

Le principe : faire goûter tôt les aliments allergisants, dès le début de la diversification, puis les garder au menu. Voici pourquoi, comment s’y prendre concrètement, et surtout comment reconnaître une réaction et réagir.

Pourquoi on n’attend plus pour les allergènes

Pendant longtemps, on a conseillé de retarder l’œuf, le poisson ou l’arachide, parfois jusqu’à 3 ans. Une synthèse publiée en 2022 dans la revue Nutrients rappelle que ces consignes, abandonnées vers 2008, ont pu contribuer à la hausse des allergies plutôt que de l’empêcher.

Deux grandes études ont changé la donne :

  • LEAP, chez des bébés à haut risque (eczéma sévère ou allergie à l’œuf) : donner de l’arachide dès 4 à 6 mois a réduit l’allergie à l’arachide à 5 ans dans une proportion supérieure à 80 %, par rapport à une introduction après 12 mois.
  • EAT, chez 1 303 bébés : l’analyse globale n’a pas montré de différence significative, mais l’allergie à l’œuf et à l’arachide était nettement moins fréquente chez les bébés qui en mangeaient vraiment chaque semaine.

Les sociétés savantes ont suivi. Le NHS britannique estime que retarder l’arachide et l’œuf au-delà de 6 à 12 mois pourrait augmenter le risque d’allergie à ces aliments. La société d’allergologie d’Australie et de Nouvelle-Zélande (ASCIA) demande que tous les bébés, y compris ceux à haut risque, reçoivent les aliments allergisants pendant leur première année. En France, la Société française de pédiatrie (SFP) les fait entrer dès 4 à 6 mois, et le guide québécois Mieux vivre avec notre enfant (INSPQ), en même temps que les autres aliments.

Quels sont les aliments allergisants ?

Le NHS en liste une douzaine : œufs, arachide et fruits à coque, lait de vache, céréales contenant du gluten (blé, orge, seigle), légumineuses, graines (surtout le sésame), soja, poissons, crustacés et coquillages, céleri, moutarde, et sulfites présents dans certains fruits secs. Voici comment proposer les principaux à un bébé :

Aliment Sous quelle forme ?
Œuf Dur ou en omelette bien cuite, jamais cru ni coulant (SFP, recommandations européennes EAACI)
Arachide Beurre de cacahuète lisse, nature, délayé dans un peu d’eau ou une purée, ou en poudre dans un laitage ; jamais de cacahuètes entières
Amande, noix, noisette En poudre ou en purée lisse ; entières, pas avant 3 ans selon la SFP, 5 ans selon le NHS
Lait de vache Dans un laitage nature ou une préparation dès 6 mois ; comme boisson principale, à partir de 1 an (NHS)
Blé Semoule fine, pain, pâtes, dès le début de la diversification (SFP)
Poisson Bien cuit, sans aucune arête
Sésame Graines finement moulues ou purée de sésame (NHS)

Autre divergence notable : le soja, que le NHS range parmi les aliments à introduire comme les autres, est déconseillé avant 3 ans par la SFP, en raison de ses phyto-œstrogènes.

Comment les introduire, pas à pas

  1. Démarrez la diversification normalement, vers 6 mois, jamais avant 4 mois (ASCIA), avec les premiers légumes et aliments riches en fer.
  2. Un seul nouvel allergène à la fois, en petite quantité, pour repérer facilement une réaction (NHS).
  3. Choisissez un moment où vous pourrez observer bébé pendant au moins deux heures : la plupart des réactions débutent dans les minutes qui suivent, parfois jusqu’à deux heures après (NHS).
  4. Si tout va bien, augmentez peu à peu jusqu’à une portion normale pour son âge (INSPQ).
  5. Gardez-le ensuite au menu régulièrement : deux fois par semaine pour l’ASCIA, plusieurs fois par semaine pour l’INSPQ et la Société canadienne de pédiatrie. Le NHS insiste : un aliment bien toléré doit faire partie de son alimentation habituelle pour limiter le risque d’allergie.
  6. Passez ensuite à un autre allergène, et ainsi de suite.

Pour l’intégrer facilement dans ses repas, nos recettes pour les 6-8 mois proposent par exemple un zaalouk doux à l’œuf dur. Le cadre général des premiers repas est détaillé dans notre guide de la diversification alimentaire.

Bébé à risque : eczéma, allergie connue ou antécédents

Certains bébés demandent un avis médical avant de commencer : ceux qui ont un eczéma sévère ou une allergie alimentaire déjà connue, selon la SFP et le NHS, et ceux dont la famille compte des allergies alimentaires, de l’eczéma, de l’asthme ou un rhume des foins, ajoute le NHS.

Il ne s’agit pas de retarder, au contraire. Pour ces bébés à haut risque, l’Académie américaine de pédiatrie et l’institut américain NIAID recommandent d’introduire l’arachide tôt, dès 4 à 6 mois, souvent après des tests d’allergie. L’ASCIA rappelle que, chez un bébé atteint d’eczéma sévère ou d’allergie à l’œuf, consommer régulièrement de l’arachide avant 12 mois peut réduire le risque d’y devenir allergique. Si votre bébé a la peau très abîmée, notre article sur l’eczéma du nourrisson vous aidera aussi à la soigner.

Reconnaître une réaction allergique

Réaction légère à modérée Réaction grave (anaphylaxie)
Plaques rouges qui démangent, lèvres ou visage qui gonflent Gonflement de la langue ou de la gorge
Yeux rouges, qui piquent et coulent Respiration difficile, rapide, sifflante ou bruyante
Éternuements, nez qui coule, toux Bébé mou, qui ne réagit plus comme d’habitude
Vomissements, maux de ventre, diarrhée, eczéma qui s’aggrave Malaise, peau froide au toucher

Ces signes sont ceux décrits par le NHS. Ils apparaissent en général dans les minutes qui suivent le repas, parfois jusqu’à deux heures après. Pour l’allergie au lait de vache, certains symptômes peuvent mettre jusqu’à trois jours à se manifester.

Que faire en cas de réaction ?

Réaction légère : arrêtez l’aliment, notez ce qu’il a mangé et en quelle quantité, prenez des photos des plaques, et consultez votre pédiatre. Ne le lui redonnez pas sans avis médical (ASCIA). Ne supprimez pas non plus de vous-même des aliments de base de son menu : le NHS rappelle le risque de carences.

Réaction grave : c’est une urgence vitale. Appelez immédiatement le 141 (SAMU). Si un stylo d’adrénaline lui a été prescrit, utilisez-le sans attendre. Allongez-le, ou gardez-le en position semi-assise s’il respire mal, et ne le mettez pas debout, même s’il semble aller mieux (NHS). Pour savoir où aller et quoi dire, voyez notre guide sur les urgences pédiatriques.

Le cas particulier de l’allergie au lait de vache

Le lait de vache figure parmi les allergènes du NHS. Ses symptômes, digestifs (vomissements, diarrhée, constipation) ou cutanés (eczéma qui s’aggrave), peuvent mettre jusqu’à trois jours à apparaître, ce qui rend le lien avec l’aliment moins évident. Si vous la soupçonnez, consultez avant de changer quoi que ce soit. Pour un bébé non allaité, c’est le médecin qui prescrit un lait adapté ; ne changez pas de lait de votre propre initiative.

La sélection de la boutique

Pour ses premières bouchées

Pour faire goûter un nouvel aliment, une cuillère souple et un petit bol suffisent. Choisissez de la vaisselle facile à laver, pour ne pas mélanger les aliments d’un repas à l’autre.

Produits vendus par La Maison du Bébé, éditeur de ce magazine. Prix relevés le 12 octobre 2026, à vérifier sur la fiche produit.

Questions fréquentes

Faut-il faire des tests d’allergie avant de donner de l’arachide ?

Pas pour la plupart des bébés. Selon l’Académie américaine de pédiatrie, un bébé sans eczéma ni allergie alimentaire peut recevoir de l’arachide librement, avec ses autres aliments. Pour un bébé à haut risque, qui a un eczéma sévère ou une allergie à l’œuf, elle conseille au contraire une introduction précoce, dès 4 à 6 mois, mais après avis médical et, le plus souvent, des tests d’allergie. Parlez-en à votre pédiatre.

Peut-on donner de l’amlou ou du sellou à bébé ?

Pas avant 1 an. L’amlou contient généralement du miel, interdit avant 1 an à cause du risque de botulisme, et le sellou est sucré ; or on n’ajoute ni sel ni sucre aux repas de bébé. Pour lui faire goûter l’amande, préférez de la poudre d’amande mélangée à une purée ou à un laitage, comme le recommandent les pédiatres français. Les amandes entières, elles, présentent un risque d’étouffement.

Un des parents est allergique : faut-il retarder les allergènes ?

Non, mais parlez-en d’abord au médecin. Le NHS britannique recommande de demander conseil avant de commencer si la famille compte des allergies alimentaires, de l’eczéma, de l’asthme ou un rhume des foins. Les recommandations australiennes de l’ASCIA précisent que tous les bébés, y compris ceux à haut risque, devraient recevoir les aliments allergisants au cours de leur première année, sans les retarder.

Quelle quantité d’œuf ou d’arachide faut-il donner ?

Commencez par une petite quantité, puis augmentez jusqu’à une portion normale pour son âge si tout va bien, conseille le guide québécois Mieux vivre. Ensuite, c’est la régularité qui compte : plusieurs fois par semaine. Dans l’étude EAT, la baisse des allergies à l’œuf et à l’arachide a été observée chez les bébés qui en consommaient au moins 2 g de protéines par semaine, chaque semaine.

Sources

  1. Food allergies in babies and young childrenNHS · Royaume-Uni
  2. AnaphylaxisNHS · Royaume-Uni
  3. What to feed young childrenNHS · Royaume-Uni
  4. Infant Feeding and Allergy Prevention (2020)Australasian Society of Clinical Immunology and Allergy (ASCIA) · Australie
  5. Early Introduction of Allergenic Foods and the Prevention of Food Allergy (Nutrients, 2022)Trogen B., Jacobs S., Nowak-Wegrzyn A., revue de la littérature (NIAID, AAP, EAACI, Société canadienne de pédiatrie) · États-Unis
  6. Les nouvelles recommandations du PNNS sur la diversification alimentaireComité de nutrition de la Société française de pédiatrie, Perfectionnement en Pédiatrie (2022), document diffusé par l’AFPA · France
  7. Comment introduire les aliments ?Mieux vivre avec notre enfant, Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) · Canada (Québec)
  8. Risques d’étouffement – à surveiller jusqu’à 4 ansMieux vivre avec notre enfant, Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) · Canada (Québec)