Sommaire de l’article

À retenir

  • Engorgement : les deux seins, lourds et tendus. Canal bouché : une boule localisée, sans fièvre.
  • Mastite : rougeur, chaleur, douleur, avec fièvre, frissons ou courbatures, comme une grippe.
  • Depuis 2022 : du froid plutôt que de la chaleur, un massage effleuré, pas de tire-lait pour « vider ».
  • On continue d’allaiter, y compris du côté douloureux : le lait reste bon pour bébé.
  • Pas de mieux après 12 à 24 heures, fièvre qui dure ou malaise : on consulte.

Le troisième jour, vos seins ont doublé de volume, ils sont durs comme de la pierre et bébé n’arrive plus à les prendre. Ou bien, six semaines plus tard, une zone rouge et brûlante apparaît sur un sein, et le soir vous grelottez. Engorgement, canal bouché, mastite : ces trois soucis de l’allaitement se ressemblent, s’enchaînent parfois, et se soignent aujourd’hui mieux qu’avant.

Ils se règlent presque toujours sans arrêter d’allaiter. Mais les recommandations ont changé en 2022, et certains réflexes transmis de mère en fille, comme la chaleur ou le massage appuyé, peuvent aggraver la situation. Bien les distinguer permet de choisir les bons gestes, et de savoir quand voir un médecin.

Engorgement, canal bouché ou mastite : comment les distinguer ?

L’engorgement touche les deux seins. Le canal bouché et la mastite concernent le plus souvent une seule zone d’un sein, et la fièvre oriente vers la mastite.

Engorgement Canal bouché Mastite
Où ? Les deux seins, en entier Une zone d’un sein Une zone d’un sein, parfois en forme de coin
Quand ? Souvent du 3e au 5e jour, ou après des tétées sautées À tout moment À tout moment, souvent en quelques heures
Ce que l’on sent Seins lourds, durs, tendus, parfois brillants ; le lait coule mal Une boule sensible, parfois un peu rouge Zone gonflée, chaude, rouge et douloureuse, sensation de brûlure
État général Bon ; parfois un peu de fièvre, moins de 24 heures Bon, sans fièvre Fièvre, frissons, courbatures, grande fatigue

Sur une peau mate ou foncée, la rougeur se voit moins bien, prévient le NHS britannique : fiez-vous aussi à la chaleur et à la douleur. Un écoulement du mamelon, blanc ou strié de sang, est possible en cas de mastite.

Ces situations sont liées : un excès de lait ou un engorgement qui dure peut conduire à une mastite, rappelle Naître et grandir. L’Academy of Breastfeeding Medicine (ABM), société médicale consacrée à l’allaitement, parle depuis 2022 d’un « spectre de la mastite », du simple rétrécissement de canaux enflammés jusqu’à l’infection puis, rarement, l’abcès.

Pourquoi ces problèmes arrivent-ils ?

Presque toujours parce que le lait s’accumule, ou parce que le sein produit plus que ce que bébé boit. Les situations à risque :

  • des tétées espacées, écourtées ou sautées : une longue nuit, une journée de visites, un retour au travail sans tirer son lait ;
  • une prise du sein peu efficace ;
  • une surproduction de lait, parfois entretenue par des séances de tire-lait trop nombreuses ;
  • un soutien-gorge ou un vêtement qui comprime le sein ;
  • une crevasse, qui peut laisser entrer des bactéries ;
  • un arrêt brutal de l’allaitement.

Quand les problèmes se répètent, le NHS conseille de revoir d’abord la prise du sein : voyez nos positions pour bien allaiter et nos conseils pour soigner les crevasses du mamelon avant qu’elles ne s’infectent.

Ce qui a changé en 2022 : du froid, de la douceur, pas de « vidange »

On a longtemps conseillé de réchauffer le sein, de masser fort la boule et de le vider à fond. Certaines fiches grand public, y compris de l’UNICEF, le disent encore. Le protocole de l’ABM, révisé en 2022, explique que la douleur vient surtout d’une inflammation et d’un œdème, le gonflement des tissus autour des canaux. Il n’y a pas de « bouchon » de lait à faire sauter.

Trois changements en découlent, repris par le NHS, Naître et grandir et l’INSPQ québécois :

  1. Le froid plutôt que la chaleur. La glace réduit l’œdème et l’inflammation. La chaleur dilate les vaisseaux et peut aggraver les symptômes.
  2. Un massage effleuré, jamais appuyé. Le massage profond augmente l’inflammation et peut abîmer les tissus. Le bon geste est une caresse très légère sur la peau, sans appareil vibrant.
  3. Allaiter à la demande, sans chercher à vider. « Vider » le sein à coups de tétées ou de tire-lait stimule encore la production, et l’inflammation avec. On exprime seulement un peu de lait en cas d’inconfort.

Engorgement : les gestes qui soulagent

L’engorgement des premiers jours accompagne souvent la montée laiteuse : les seins se remplissent et les tissus gonflent. Cet inconfort dure en général 24 à 48 heures, selon l’INSPQ.

  1. Proposez le sein souvent, au moins 8 fois par 24 heures, jour et nuit.
  2. Assouplissez l’aréole si elle est trop dure pour que bébé la prenne : appuyez doucement du bout des doigts tout autour du mamelon pendant environ une minute. Cette contre-pression ne doit pas faire mal.
  3. Exprimez à la main quelques gouttes avant la tétée, juste de quoi assouplir le sein.
  4. Appliquez du froid entre les tétées, 10 à 15 minutes toutes les 1 à 2 heures : une poche de glace ou un sachet de petits pois surgelés, enveloppés dans un linge fin.
  5. Prenez un antidouleur si besoin, en demandant au pharmacien lequel convient pendant l’allaitement.

Si bébé tète trop peu, un tire-lait peut soulager, précise Naître et grandir, à condition de s’arrêter dès que le sein est plus souple. Notre article sur la montée de lait détaille cette étape.

Canal bouché : une boule sensible, sans fièvre

Une petite masse douloureuse, parfois un peu rouge, alors qu’on se sent bien par ailleurs. Les gestes sont proches :

  • continuez d’allaiter selon les besoins de bébé, en variant les positions ;
  • appliquez du froid entre les tétées et effleurez la zone pendant la tétée, sans appuyer ;
  • desserrez soutien-gorge et vêtements, de jour comme de nuit ;
  • l’ibuprofène peut réduire rougeur, gonflement et douleur, selon l’INSPQ, si votre pharmacien le juge adapté.

Allaiter à quatre pattes, penchée au-dessus de bébé, n’est pas une technique retenue par l’ABM. Un petit point blanc sur le mamelon ne se perce pas. Et une boule qui persiste plus de quelques jours doit être examinée par un médecin, insiste Naître et grandir, même si elle ne fait plus mal.

Mastite : continuer d’allaiter et surveiller la fièvre

La mastite est une inflammation du sein, qui se complique parfois d’une infection bactérienne. Que faire ?

  • Continuez d’allaiter, au moins 8 fois par jour, y compris du côté atteint si possible : le lait reste bon pour bébé. Si la tétée est trop douloureuse ou que bébé refuse ce sein, exprimez à la main de quoi le nourrir. Si le sein est trop gonflé pour couler, l’ABM propose de donner l’autre sein le temps que l’œdème diminue.
  • Mettez du froid une dizaine de minutes toutes les heures.
  • Soulagez douleur et fièvre avec un médicament compatible avec l’allaitement, choisi avec le pharmacien. Pas d’aspirine, précise le NHS.
  • Reposez-vous. Pendant la nfissa, les quarante jours qui suivent l’accouchement, l’entourage est souvent présent : confiez-lui la maison, les repas et les visites.
  • Portez un soutien-gorge confortable, qui soutient sans serrer, et n’appliquez ni huile, ni crème, ni bain sur le sein.

Beaucoup de mastites guérissent sans antibiotique : l’ABM cite une étude suédoise où la plupart des mastites inflammatoires se sont résolues ainsi. Mais si rien ne s’améliore après 12 à 24 heures de ces gestes, ou si la fièvre dure plus de 24 heures, consultez. Le médecin jugera si un antibiotique est nécessaire et le choisira compatible avec l’allaitement. Sans amélioration 48 heures après le début du traitement, le NHS conseille de reconsulter.

La sélection de la boutique

Pour soulager vos seins sans arrêter d’allaiter

Le premier remède est gratuit : des tétées à la demande et du froid. Un soutien-gorge qui soutient sans serrer, un tire-lait pour les tétées impossibles, de quoi garder ce lait et un coussin pour mieux installer bébé peuvent compléter.

Produits vendus par La Maison du Bébé, éditeur de ce magazine. Prix relevés le 12 octobre 2026, à vérifier sur la fiche produit.

Abcès du sein : la complication à ne pas laisser traîner

Rarement, une mastite évolue vers un abcès, une poche de pus dans le sein. On le soupçonne quand une zone durcit et rougit au fil des jours, avec une masse bien délimitée que l’on sent remplie de liquide. La fièvre peut baisser ou persister. L’échographie confirme le diagnostic, et l’abcès se draine à l’aiguille ou par un petit drain. Selon l’ABM, on peut continuer d’allaiter, y compris de ce côté après le drainage.

Chaleur, chou, massages : le tri dans les remèdes de l’entourage

Quand un sein fait mal, chacun a son remède. Le tri :

  • Serviettes brûlantes, bouillotte, hammam très chaud : la chaleur risque d’entretenir l’inflammation. Une douche tiède qui vous détend ne pose pas de problème, mais elle ne soigne pas.
  • « Faire fondre la boule » en massant fort : à éviter. Le massage appuyé aggrave l’œdème et peut, selon l’ABM, mener à l’abcès.
  • Feuilles de chou : pas plus efficaces que la glace (voir la FAQ).
  • Huiles, cataplasmes, bains salés : non recommandés ; l’huile de ricin peut même causer des lésions quand on masse avec.
  • Arrêter d’allaiter « pour reposer le sein » : c’est l’inverse qu’il faut faire, car un arrêt brutal expose à un nouvel engorgement. Si vous souhaitez arrêter, voyez comment réussir un sevrage en douceur.

Le tire-lait garde sa place quand bébé ne peut pas téter : voyez nos conseils pour tirer son lait au bon rythme, sans entretenir une surproduction.

Questions fréquentes

Le lait d’un sein atteint de mastite est-il dangereux pour bébé ?

Non. Selon l’Academy of Breastfeeding Medicine, la mastite bactérienne n’est pas contagieuse et bébé peut boire sans risque le lait du sein atteint. Naître et grandir et l’INSPQ le rappellent aussi : le lait reste bon. Si un antibiotique est prescrit, le NHS précise qu’une infime quantité passe dans le lait, sans danger pour bébé, qui peut seulement être un peu plus agité.

Quel antidouleur prendre pour une mastite quand on allaite ?

Le paracétamol et l’ibuprofène sont cités par le NHS, Naître et grandir et l’INSPQ ; l’ibuprofène agit aussi sur l’inflammation. Le NHS déconseille en revanche l’aspirine. Demandez à votre pharmacien ou à votre médecin la dose adaptée et compatible avec l’allaitement, surtout si vous prenez déjà un autre traitement. Le soir ou le week-end, la pharmacie de garde peut vous conseiller.

Les feuilles de chou soulagent-elles l’engorgement ?

Elles rafraîchissent, mais pas mieux que la glace, selon le protocole 2022 de l’Academy of Breastfeeding Medicine, qui signale aussi un risque de contamination par la listeria. Une poche de glace ou un sachet de petits pois surgelés, enveloppés dans un linge fin, font le même travail plus simplement, 10 à 15 minutes à la fois entre les tétées.

Peut-on avoir une mastite sans allaiter ?

Oui. Le NHS rappelle que la mastite peut toucher des femmes qui n’allaitent pas, et même des hommes. Le tabac, une plaie du mamelon, un piercing, un eczéma, un implant mammaire ou une baisse de l’immunité, par exemple liée au diabète, en font partie des causes. Dans ce cas, le NHS conseille de consulter un médecin plutôt que de se soigner seule.

Sources

  1. ABM Clinical Protocol #36: The Mastitis Spectrum, Revised 2022 (Breastfeeding Medicine, vol. 17, n° 5)Academy of Breastfeeding Medicine (ABM) · International
  2. MastitisNHS · Royaume-Uni
  3. Allaitement : 6 problèmes courantsNaître et grandir · Canada (Québec)
  4. Difficultés courantes de l’allaitementMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
  5. Cinq problèmes fréquemment rencontrés lors de l’allaitementUNICEF Parentalité · International