Sommaire de l’article

À retenir

  • Il n’existe pas d’âge idéal pour sevrer : la décision vous appartient.
  • Une tétée à la fois, d’abord celles de la journée ; celles du matin et du soir en dernier.
  • Attendre que les seins s’assouplissent, 2 à 4 jours, avant de supprimer la tétée suivante.
  • Un sevrage brutal expose à l’engorgement et à la mastite, et se vit souvent mal.
  • Produit amer sur le mamelon, séparation brusque : des méthodes qui blessent plus qu’elles n’aident.

« Il a un an, tu vas l’allaiter jusqu’à quand ? » Ou, à l’inverse : « Déjà ? Tu arrêtes à trois mois ? » Quelle que soit votre décision, quelqu’un aura un avis. Le sevrage de l’allaitement, al-fitam (الفطام) en arabe, est pourtant d’abord une affaire entre vous et votre enfant.

Que vous arrêtiez pour reprendre le travail, parce que vous êtes fatiguée, enceinte, ou simplement parce que c’est le moment, l’essentiel est d’y aller progressivement : pour vos seins, qui doivent ralentir leur production, et pour votre enfant, qui doit trouver d’autres réconforts. Les méthodes de nos grand-mères, elles, méritent un tri.

Quand sevrer ? Une décision qui vous appartient

L’OMS et l’UNICEF recommandent un allaitement exclusif pendant les six premiers mois, puis poursuivi jusqu’à 2 ans ou plus, avec une alimentation adaptée à partir de 6 mois. Ces repères disent ce qui protège le mieux la santé des enfants et des mères. Ils ne font pas de chaque arrêt plus précoce un échec.

« Il n’existe pas d’âge idéal pour sevrer un bébé », résume Naître et grandir. Au Maroc, beaucoup de familles connaissent aussi le verset du Coran qui évoque deux années complètes d’allaitement pour la mère qui veut le mener à son terme (sourate Al-Baqara, verset 233). Le même verset prévoit que, si le père et la mère décident d’un commun accord de sevrer l’enfant avant deux ans, ils ne commettent aucune faute.

Si vous hésitez, Naître et grandir propose de vous demander ce qui vous pèse : un ajustement suffit parfois, comme garder seulement quelques tétées. À la reprise du travail par exemple, l’allaitement peut continuer sous une autre forme : voyez notre article sur l’allaitement après la reprise du travail.

Sevrage naturel ou sevrage dirigé ?

Il existe deux façons de sevrer, qui se combinent souvent :

  • le sevrage naturel, mené par l’enfant : il tète de moins en moins, jusqu’à arrêter. Laissé à son rythme, un enfant cesse généralement de téter entre 2 et 4 ans, selon Naître et grandir ;
  • le sevrage dirigé, décidé par la mère, avant que l’enfant ne montre qu’il est prêt. La Leche League France le juge plus satisfaisant pour tous quand il est planifié et progressif.

Attention à un piège fréquent : un bébé qui refuse brusquement le sein ne se sèvre pas forcément. Il fait plus souvent une « grève de la tétée », passagère, dont nous parlons dans la FAQ.

Sevrer progressivement, tétée par tétée

Les recommandations concordent : on supprime une tétée à la fois, et on laisse au corps le temps de s’adapter.

  1. Commencez par une tétée de la journée. Les pédiatres de mpedia suggèrent celle du milieu de journée. Les tétées du matin et du soir, souvent les plus précieuses pour l’enfant, partent en dernier.
  2. Attendez que vos seins s’assouplissent avant de supprimer la suivante : 2 à 3 jours selon mpedia, 3 à 4 jours selon Naître et grandir.
  3. Ne supprimez jamais deux tétées qui se suivent, insistent Naître et grandir et l’INSPQ.
  4. Comptez environ quatre semaines pour un sevrage complet. Plus vite, c’est souvent difficile pour vous comme pour bébé.
  5. Évitez de sevrer pendant une maladie de l’enfant : il a alors besoin du réconfort du sein.

Avec un enfant plus grand, la règle est de ne plus proposer le sein, sans le refuser brutalement quand il le réclame. Ce qui aide : retarder la tétée en proposant un jeu ou une collation, la raccourcir, changer les habitudes, comme le fauteuil ou le lieu. Le papa peut prendre le relais, par exemple en donnant le petit-déjeuner à la place de la tétée du matin, suggère La Leche League.

Par quoi remplacer les tétées ?

Tout dépend de l’âge de votre enfant.

  • Avant 6 mois, le lait reste son seul aliment : votre lait tiré, ou à défaut le lait que le pédiatre vous indiquera. Le choix se fait avec lui.
  • Entre 6 et 12 mois, une collation ou un repas peut remplacer certaines tétées, dans le cadre de la diversification alimentaire. Mais le lait reste l’aliment principal jusqu’à un an, rappelle l’INSPQ : si vous arrêtez complètement, voyez avec le pédiatre quel lait donner.
  • Pour boire, passé 6 mois, les bébés allaités préfèrent souvent le gobelet ou le verre, note Naître et grandir, et l’INSPQ conseille d’en proposer souvent dès cet âge.
  • Le lait de vache ne devient une boisson possible que vers 9 à 12 mois, et seulement si l’enfant mange varié et assez d’aliments riches en fer, précise Naître et grandir. Sinon, on attend 12 mois.

Après un an, l’enfant mange à table : notre article sur les repas des 1-3 ans donne les repères.

La sélection de la boutique

Des tasses pour boire autrement qu’au sein

Après 6 mois, beaucoup de bébés allaités passent directement au verre ou à la tasse. Le choix dépend de son âge et de son habileté : verre ouvert, bec souple ou paille, c’est souvent en essayant que l’on trouve.

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Vos seins pendant et après le sevrage

En supprimant les tétées une à une, vous laissez la production diminuer sans douleur. C’est ce qui limite le risque d’engorgement et de mastite, rappellent Naître et grandir et l’INSPQ, et les Hôpitaux universitaires de Genève recommandent eux aussi un sevrage progressif pour éviter les douleurs des seins.

Si un sein se tend quand même :

  • exprimez un peu de lait, juste assez pour être soulagée, à la main ou au tire-lait ;
  • ou remettez bébé au sein quelques minutes, quelques jours après la dernière tétée si la tension revient ;
  • portez un soutien-gorge confortable, qui soutient sans comprimer ;
  • appliquez du froid, et prenez si besoin un antidouleur conseillé par votre pharmacien.

Après le sevrage complet, quelques gouttes peuvent encore perler, par exemple quand vous pensez à votre enfant ou voyez ses affaires : c’est normal, selon Naître et grandir. Un sein rouge, chaud et douloureux, avec de la fièvre, est en revanche un signal d’alerte : voyez notre article sur l’engorgement et la mastite.

Les émotions du sevrage, pour lui et pour vous

Pour un tout-petit, le sein n’est pas qu’un repas. C’est un refuge, une façon de s’endormir, de se consoler. Naître et grandir le dit simplement : « C’est un sevrage du sein, et non des câlins ! » Multipliez donc les bercements, les massages, les histoires, surtout aux moments où la tétée manque. Entre 13 et 18 mois, l’angoisse de séparation rend souvent l’étape plus délicate, note La Leche League.

De votre côté, toutes les émotions sont possibles. Un sevrage subi peut laisser un sentiment d’échec, rappelle La Leche League, quand un sevrage arrivé à son heure apporte plutôt un sentiment d’accomplissement. Parlez-en autour de vous, sans vous justifier.

Produit amer, séparation, bandage : que valent les méthodes traditionnelles ?

Les conseils de sevrage se transmettent de génération en génération, au Maghreb comme ailleurs. Ils partent d’une bonne intention : aider la mère à « en finir vite ». Mais certains sont inutiles, et d’autres brutaux pour la mère comme pour l’enfant.

  • Le produit amer ou piquant sur le mamelon. La Leche League France recense ces pratiques dans le monde : suc amer de l’aloès (sabr, الصبر) en Tunisie, piment en Amérique latine, moutarde en France, charbon pour « maquiller » le sein et effrayer l’enfant. Elle regrette qu’une relation aussi forte se termine « sur une note aussi noire et négative ». Ce qui est appliqué sur le mamelon finit dans la bouche de l’enfant, et peut irriter la peau du sein. C’est inutile si l’on sèvre progressivement.
  • Confier l’enfant quelques jours à la grand-mère pour qu’il « oublie ». La séparation s’ajoute alors à l’arrêt brutal du sein. La Leche League décrit ces méthodes comme éprouvantes pour l’enfant comme pour la relation, et vos seins, eux, n’auront pas été préparés.
  • Bander ou serrer la poitrine. Une compression du sein favorise les canaux bouchés, selon Naître et grandir. Un soutien-gorge confortable suffit.
  • Boire moins pour « couper » le lait. Inutile : boire moins n’arrête pas le lait plus vite, rappelle le Royal Women’s Hospital de Melbourne.

Ce que nos aînées avaient compris, en revanche, c’est l’importance de l’entourage. Une grand-mère qui donne le goûter, un papa qui couche l’enfant, une tante qui l’emmène jouer au moment de la tétée : voilà de vraies aides au sevrage.

Questions fréquentes

Combien de temps dure un sevrage en douceur ?

Environ quatre semaines pour un sevrage complet, selon Naître et grandir et l’INSPQ québécois. Le rythme dépend de l’âge de l’enfant, de son tempérament et de vos sentiments. Entre deux tétées supprimées, laissez 2 à 4 jours aux seins pour s’assouplir. Aller plus vite est possible, mais l’INSPQ prévient que c’est souvent difficile pour vous comme pour bébé.

Peut-on garder une ou deux tétées par jour ?

Oui. Le sevrage peut être partiel : vous supprimez autant de tétées que vous le souhaitez et gardez les autres, souvent celles du matin et du soir. Les pédiatres de mpedia décrivent cette option, utile par exemple à la reprise du travail. La production s’adapte aux tétées conservées, et mpedia note que des week-ends au sein peuvent même relancer la lactation.

Mon bébé refuse soudain le sein : est-il en train de se sevrer ?

Probablement pas. Un refus brutal ressemble plutôt à une « grève de la tétée », expliquent Naître et grandir et La Leche League : rhume, poussée dentaire, otite, changement de savon ou de parfum peuvent la provoquer. Proposez le sein au calme, en peau à peau, au moment de l’endormissement ou du réveil, sans forcer. Si elle dure plus d’un jour ou deux, tirez votre lait régulièrement.

Faut-il un médicament pour arrêter le lait ?

Non, pas pour un sevrage progressif. Les pédiatres de mpedia déconseillent de prendre un médicament, et le Royal Women’s Hospital de Melbourne rappelle que la réduction progressive des tétées fonctionne bien. Un soutien-gorge confortable, du froid et un antidouleur conseillé par votre pharmacien suffisent en cas de tension. Boire moins n’accélère rien.

Sources

  1. Alimentation du nourrisson et du jeune enfantOrganisation mondiale de la santé (OMS) · International
  2. Le sevrage de l’allaitementNaître et grandir · Canada (Québec)
  3. Weaning (Sevrage de l’allaitement)Mieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
  4. Conseils pour un sevrage de bébé réussimpedia.fr, Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) · France
  5. AA 50 : Et le sevrage, comment ça se passe ?La Leche League France · France
  6. Stopping your breastmilkThe Royal Women’s Hospital (Victoria) · Australie
  7. L’allaitementHôpitaux universitaires de Genève (HUG), service d’obstétrique · Suisse
  8. Sourate Al-Baqara, verset 233 (traduction française du sens du Coran, Rachid Maach)Encyclopédie du Noble Coran (quranenc.com) · International