Sommaire de l’article
À retenir
- Ce n’est pas votre faute : la cause est souvent inconnue, et beaucoup de pertes relèvent du hasard.
- Le bilan recherche surtout un syndrome des antiphospholipides, un trouble thyroïdien ou une anomalie de l’utérus.
- Dans la majorité des cas, aucune cause n’est trouvée, et c’est plutôt rassurant.
- Plus des deux tiers des femmes concernées ont ensuite une naissance vivante.
- Un suivi attentif et un soutien psychologique font partie du soin.
Une première fausse couche, on vous a dit que c’était fréquent, que cela arrivait à beaucoup de femmes. Puis une deuxième. Peut-être une troisième. Et cette fois, les mots rassurants ne suffisent plus. Si vous lisez ces lignes après plusieurs pertes, sachez d’abord ceci : la fausse couche à répétition n’est pas de votre faute, et elle ne veut pas dire que vous n’aurez jamais d’enfant.
Les fausses couches répétées touchent environ 1 à 2 % des couples, selon la société européenne de reproduction humaine (ESHRE). Elles méritent un bilan, une écoute et un suivi attentif. Voici ce que l’on cherche, ce que l’on peut traiter, et pourquoi l’espoir reste fondé. Pour les signes et la prise en charge d’une fausse couche en elle-même, notre article fausse couche : comprendre et se reconstruire vous accompagne.
À partir de combien de fausses couches parle-t-on de répétition ?
Les sociétés savantes ne sont pas toutes d’accord :
- deux pertes de grossesse ou plus, pour l’ESHRE (pertes avant 24 semaines, hors grossesse extra-utérine et grossesse molaire) ;
- au moins deux fausses couches spontanées chez une femme de moins de 40 ans, pour l’Assurance maladie française, qui estime que cela concerne environ 1,5 % des femmes ;
- trois fausses couches ou plus, pour le NHS britannique.
Cette différence n’est pas qu’une question de chiffres. Abaisser le seuil à deux permet de commencer plus tôt le bilan, et de ne pas laisser un couple traverser une troisième perte sans réponse. Si vous avez vécu deux fausses couches et que vous souhaitez comprendre, votre demande de bilan est légitime.

Pourquoi les fausses couches se répètent-elles ?
Dans la majorité des cas, aucune cause n’est trouvée, rappelle l’ESHRE. Un guide hospitalier britannique (Worcestershire) estime qu’une explication n’est identifiée que chez environ un tiers des couples (36 %). Pour une fausse couche isolée, l’explication la plus probable reste une anomalie chromosomique de l’embryon, survenue au hasard, rappelle l’Assurance maladie.
Quand une cause existe, l’Assurance maladie et l’ESHRE citent surtout :
| Type de cause | Exemples |
|---|---|
| Troubles de la coagulation d’origine auto-immune | Le syndrome des antiphospholipides (SAPL), où des anticorps favorisent de petits caillots dans le placenta |
| Anomalies de l’utérus | Cloison utérine, polypes, fibromes, adhérences dans la cavité |
| Troubles hormonaux | Hypothyroïdie ou hyperthyroïdie, diabète mal équilibré, SOPK |
| Anomalies génétiques | Une anomalie chromosomique chez l’un des parents, ou chez l’embryon |
| Facteurs de mode de vie | Tabac, alcool, excès de café, obésité, drogues |
L’âge compte aussi. Selon l’Assurance maladie, le risque de fausse couche passe d’environ 12 % à 25 ans à environ 50 % à 42 ans. Le NHS cite également un père de 45 ans ou plus.
L’OMS observe que, dans de nombreux pays, l’entourage attribue parfois les pertes répétées à un sort, au mauvais œil ou à une faute de la femme, et que des conseils centrés sur le mode de vie peuvent laisser croire aux femmes qu’elles ont provoqué leur perte. Ces explications blessent plus qu’elles n’aident. Les causes, quand on les trouve, sont médicales, et ne relèvent pas de ce que vous avez fait ou pas fait.
Quel bilan après des fausses couches répétées ?
Le bilan est réalisé par un gynécologue, en général à distance de la dernière fausse couche. Le guide de l’ESHRE recommande pour tous les couples :
- un entretien détaillé sur les antécédents médicaux et familiaux de chacun ;
- la recherche d’un syndrome des antiphospholipides par prise de sang (anticoagulant lupique, anticorps anticardiolipine, parfois anti-β2GP1). Le guide de Worcestershire précise que ces tests se font plus de six semaines après une fausse couche, et se contrôlent douze semaines plus tard s’ils sont positifs ;
- un bilan thyroïdien ;
- une échographie pelvienne pour vérifier la forme de l’utérus.
Selon les cas, le médecin peut ajouter l’analyse chromosomique des tissus de la grossesse, un caryotype des parents (surtout s’il existe des antécédents familiaux), ou d’autres examens. L’ESHRE liste aussi des tests qu’elle ne recommande pas en routine, comme le dosage des cellules NK ou le typage HLA : s’ils vous sont proposés, demandez à quoi ils serviront.
Quels traitements existent ?
Les traitements dépendent de la cause, et l’ESHRE est claire sur ce qui marche et ce qui ne marche pas.
Ce qui a fait ses preuves, selon la cause :
- en cas de syndrome des antiphospholipides avec trois fausses couches ou plus : de l’aspirine à faible dose associée à une héparine, prescrites et surveillées par le médecin ;
- en cas d’hypothyroïdie avérée : un traitement hormonal thyroïdien ;
- en cas de cloison utérine : une chirurgie peut être proposée, de préférence dans le cadre d’études ;
- en cas de fausses couches inexpliquées (au moins trois) avec saignements lors d’une nouvelle grossesse : la progestérone vaginale peut améliorer les chances ;
- en cas d’anomalie génétique : une consultation de génétique.
Ce que l’ESHRE déconseille ou juge sans preuve : la FIV ou l’insémination dans le seul but d’éviter une fausse couche, les corticoïdes, les perfusions d’immunoglobulines, les traitements à base de plantes chinoises ou l’acide folique à très forte dose sans indication. Méfiez-vous des traitements « miracles » coûteux.
Toutes les doses sont fixées par le médecin. Aucun de ces médicaments ne se prend sur conseil d’une proche ou d’un forum.
Quelles sont les chances d’avoir un bébé ensuite ?
C’est la question la plus importante, et la réponse est encourageante. L’ESHRE souligne que la plupart des couples ont plus de chances d’avoir un bébé que de vivre une nouvelle perte lors de la grossesse suivante. Le guide de Worcestershire indique que plus des deux tiers des femmes concernées ont ensuite une naissance vivante, et rapporte 75 % de réussite à la grossesse suivante chez les couples suivis dans une consultation spécialisée.
Ces chances dépendent de l’âge, du nombre de pertes déjà vécues et de la cause éventuelle. Mais même quand aucune cause n’est trouvée, l’issue la plus probable reste une naissance.
La grossesse suivante : comment être accompagnée ?
Une nouvelle grossesse après des fausses couches est souvent vécue dans l’angoisse : chaque passage aux toilettes, chaque crampe fait peur. Demandez à votre gynécologue un suivi rapproché dès le test positif, avec une première échographie de début de grossesse précoce, et un numéro à appeler en cas de saignement. Notre article sur les saignements pendant la grossesse vous aide à faire la part des choses.
Côté hygiène de vie, l’ESHRE conseille un poids équilibré, l’arrêt du tabac et l’absence d’alcool et de drogues, pour les deux partenaires. Le guide de Worcestershire y ajoute de limiter la caféine.
Prendre soin de soi et du couple
Chaque fausse couche est un deuil, même très précoce. L’OMS rappelle que la perte d’une grossesse reste taboue dans le monde entier, que beaucoup de femmes ressentent honte et culpabilité, et que ce chagrin mérite d’être reconnu et accompagné. Les deux partenaires peuvent réagir très différemment : l’un a besoin d’en parler, l’autre se tait. Aucun des deux n’a tort.
Vous n’êtes pas obligée d’expliquer quoi que ce soit à la famille élargie. Choisissez une ou deux personnes de confiance. Et si la tristesse, l’anxiété ou la culpabilité s’installent, un psychologue peut vous aider, seule ou en couple. Notre article vivre l’infertilité à deux propose d’autres pistes de soutien.
Questions fréquentes
Après combien de fausses couches faut-il faire un bilan ?
Les repères diffèrent selon les pays. L’Assurance maladie française et la société européenne ESHRE parlent de fausses couches à répétition dès deux pertes, et l’Assurance maladie juge alors le bilan indispensable chez une femme de moins de 40 ans. Le NHS britannique attend trois fausses couches. Si vous avez vécu deux pertes et que la question vous pèse, parlez-en à votre gynécologue : votre inquiétude est une raison suffisante.
Faut-il rester au lit pendant la grossesse suivante ?
Non, aucune source sérieuse ne recommande l’alitement pour éviter une fausse couche. Le guide de l’ESHRE insiste sur un mode de vie sain : poids équilibré, pas de tabac, pas d’alcool ni de drogues. Ce qui aide, c’est un suivi rapproché en début de grossesse, des échographies précoces et une équipe joignable en cas d’inquiétude.
La progestérone empêche-t-elle les fausses couches ?
Pas de façon systématique. Selon l’ESHRE, la progestérone par voie vaginale peut améliorer les chances d’avoir un bébé chez les femmes qui ont eu au moins trois fausses couches inexpliquées et qui saignent lors d’une nouvelle grossesse. En dehors de cette situation, son intérêt n’est pas démontré. La décision et la dose relèvent du médecin.
Mon mari doit-il aussi faire des examens ?
Parfois. L’ESHRE propose un caryotype des deux parents surtout en cas d’antécédents familiaux, car la probabilité d’y trouver une anomalie est faible. Elle cite aussi la fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes comme une piste encore à l’étude. Le tabac, l’alcool et le surpoids du père méritent d’être corrigés, et le NHS cite un père de 45 ans ou plus parmi les facteurs de risque.
Sources
- Patient leaflet based on the ESHRE Guideline on Recurrent Pregnancy Loss (mise à jour 2022)European Society of Human Reproduction and Embryology (ESHRE) · Europe
- Fausse coucheAssurance maladie (ameli.fr) · France
- MiscarriageNHS · Royaume-Uni
- Recurrent Miscarriage Guideline (WAHT-TP-027)Worcestershire Acute Hospitals NHS Trust · Royaume-Uni
- Why we need to talk about losing a babyOrganisation mondiale de la santé (OMS) · International
