Sommaire de l’article
À retenir
- La loi 36-21 (Bulletin officiel du 22 juillet 2021) a abrogé la loi 37-99.
- L’article 34 ne reprend pas le « caractère marocain » qu’exigeait l’ancienne loi.
- Deux prénoms au maximum, sans titre comme Moulay, Sidi ou Lalla, ni chiffre.
- En cas de doute, l’officier enregistre et saisit la Haute commission de l’état civil.
- À l’étranger, les consuls exercent les fonctions d’officier d’état civil.
À la maternité, on vous remet l’avis de naissance. Commence alors un compte à rebours : en pratique, vous avez 30 jours pour déclarer la naissance à l’état civil, et donc pour arrêter le prénom. Au Maroc, ce choix n’est pas totalement libre. La loi fixe des limites, et elle a changé : si vous lisez en ligne que le prénom doit avoir un « caractère marocain », vous tombez sur l’ancienne loi 37-99, aujourd’hui abrogée.
Voici les règles en vigueur, vérifiées le 12 octobre 2026 sur le texte de la loi 36-21 et sur la presse marocaine qui a suivi son décret d’application. Vous y trouverez aussi ce qui se passe si l’officier d’état civil hésite, le cas des familles qui vivent à l’étranger et une méthode simple pour choisir à deux.
Quelle loi encadre le choix du prénom aujourd’hui ?
C’est la loi n° 36-21 relative à l’état civil, promulguée par le dahir n° 1-21-81 du 14 juillet 2021 et publiée au Bulletin officiel n° 7006 du 22 juillet 2021. Son article 58 abroge la loi 37-99, qui régissait l’état civil depuis 2002.
Son décret d’application, le décret n° 2-22-04, a été adopté le 1er juin 2023 et publié au Bulletin officiel du 6 juillet 2023. Il précise notamment ce que doit faire l’officier d’état civil face à un prénom qui pose question. La loi organise aussi un registre national numérique de l’état civil, hébergé sur une plateforme du ministère de l’Intérieur.

Que dit l’article 34 de la loi 36-21 sur le prénom ?
L’article 34 ne donne pas de liste de prénoms autorisés : il fixe des conditions. Le prénom choisi par la personne qui déclare la naissance ne doit pas :
- porter atteinte aux bonnes mœurs ou à l’ordre public ;
- être un nom de famille ;
- prêter à la moquerie ;
- être le nom d’une ville, d’un village ou d’une tribu ;
- réunir plus de deux prénoms.
Il impose aussi trois règles de forme : le prénom s’inscrit avant le nom de famille, il ne peut être accompagné d’aucun titre comme Moulay, Sidi ou Lalla, et il ne peut pas être suivi d’un chiffre ou d’un nombre.
Concrètement, Fatima-Zahra ou un prénom composé de deux prénoms passe ; un triple prénom, non. « Lalla » ou « Moulay » peuvent rester un usage familial, mais ils ne figurent pas sur l’acte.
Le « caractère marocain » : ce qui a changé depuis la loi 37-99
L’ancienne loi 37-99 exigeait, dans son article 21, que le prénom présente un « caractère marocain ». Cette formule a longtemps servi à refuser des prénoms, en particulier amazighs. L’article 34 de la loi 36-21 ne la reprend pas.
| Date | Texte ou décision | Ce qui change pour le prénom |
|---|---|---|
| 1996 | Liste de « prénoms autorisés » diffusée sous le ministre de l’Intérieur Driss Basri | Les prénoms amazighs en sont presque tous exclus. |
| 2002 | Loi 37-99, article 21 | Le prénom doit présenter un « caractère marocain » ; la liste de 1996 est retirée l’année suivante. |
| Avril 2010 | Circulaire du ministère de l’Intérieur (N.D 3220) | Les officiers sont invités à accepter les prénoms amazighs. |
| 25 avril 2013 | Circulaire 32-20 du ministère de l’Intérieur | Nouveau rappel, après des refus répétés de prénoms amazighs. |
| 17 mars 2014 | Communiqué de la Haute commission de l’état civil | Liberté de choisir le prénom, sans distinction entre prénoms arabes, amazighs, hassanis et hébraïques. |
| Juillet 2021 | Loi 36-21, articles 19 et 34 | Plus de « caractère marocain » ; les noms s’écrivent aussi en tifinagh et en lettres latines. |
| Juillet 2023 | Décret n° 2-22-04 | L’officier ne peut plus refuser seul un prénom : il saisit la Haute commission. |
Les refus n’ont pas disparu du jour au lendemain. En 2014 encore, des parents se voyaient refuser le prénom amazigh Anir, et un consulat marocain en Belgique refusait d’inscrire une petite Yuna. C’est ce qui donne tout son poids à la procédure fixée en 2023. Pour les idées de prénoms et leur histoire, voyez notre article sur les prénoms amazighs.
Que se passe-t-il si l’officier d’état civil refuse le prénom ?
Depuis le décret de 2023, il ne peut plus refuser seul. S’il estime qu’un prénom ne respecte pas la loi, il doit accepter la déclaration à titre provisoire et soumettre la question à la Haute commission de l’état civil. Celle-ci rend une décision motivée, qu’elle transmet à l’officier par le système numérique de l’état civil ; l’officier en informe ensuite la personne qui a déclaré la naissance.
Selon l’article 35 de la loi, cette Haute commission est présidée par l’autorité gouvernementale chargée de l’Intérieur. Elle réunit notamment l’historiographe du Royaume et un magistrat désigné par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire. Elle a trois missions : vérifier la conformité des noms choisis, examiner les demandes de changement des prénoms étrangers portés par des citoyens marocains, et trancher les litiges sur les prénoms que lui soumettent les officiers.
Si sa décision ne vous convient pas, la loi prévoit un recours devant le tribunal administratif de Rabat.
Orthographe, tifinagh, lettres latines : ce que l’acte indique
L’article 19 de la loi 36-21 prévoit que les actes de l’état civil sont rédigés en arabe, et que les noms y figurent aussi en tifinagh et en lettres latines. Le tifinagh utilisé au Maroc est l’alphabet normalisé par l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), dit néo-tifinagh. L’article 47 permet à l’officier d’ajouter ou de corriger ces transcriptions, avec l’autorisation de l’autorité centrale.
Pour vous, la conséquence est simple : décidez à l’avance de la graphie latine du prénom. Un même prénom arabe peut s’écrire de plusieurs façons, Rachid ou Rashid, Douaa ou Doua. Choisissez la plus lisible dans les langues que votre enfant parlera, puis gardez-la partout.
Familles installées à l’étranger : déclarer depuis le consulat
La loi 36-21 s’applique à tous les Marocains, qu’ils vivent au Maroc ou à l’étranger. Des bureaux d’état civil sont installés dans les missions diplomatiques et consulaires (article 4), où les consuls et agents diplomatiques exercent les fonctions d’officier d’état civil (article 7). Les déclarations faites à l’étranger sont versées au registre national de l’état civil. L’article 19 permet même de déclarer une naissance auprès de n’importe quel bureau d’état civil, au Maroc ou à l’étranger, par le système d’information.
Les refus de prénoms ont longtemps été signalés en particulier dans les ambassades et les consulats. Les consuls étant des officiers d’état civil, la règle de 2023 vaut en principe aussi pour eux. Quelques précautions évitent les mauvaises surprises :
- vérifiez que le prénom respecte l’article 34 avant de le déclarer dans votre pays de résidence, pour avoir le même prénom sur les deux actes ;
- gardez la même transcription latine sur l’acte étranger et sur l’acte marocain ;
- demandez à votre consulat le délai et la liste des pièces à fournir, qui peuvent différer de ceux applicables au Maroc.
Choisir le prénom à deux : une méthode en cinq étapes
Le choix du prénom est souvent le premier grand arbitrage du couple, avec la famille élargie en arrière-plan. Une méthode simple évite que la discussion s’éternise.
- Chacun sa liste. Notez séparément dix prénoms qui vous plaisent, sans vous censurer, puis comparez. Les prénoms présents sur les deux listes forment votre point de départ.
- Un droit de veto, sans justification. Chacun peut écarter un prénom qu’il n’aime pas, pour une raison personnelle ou un mauvais souvenir. Le veto ne se discute pas, mais il ne s’utilise pas pour bloquer toute la liste.
- Le test à voix haute. Dites chaque prénom avec le nom de famille, en darija, en arabe et en français. Écrivez-le en lettres latines. Imaginez-le à 3 ans et à 40 ans.
- La vérification. Contrôlez le sens et l’écriture arabe dans au moins deux références sérieuses, et relisez les conditions de l’article 34.
- La décision avant le jour J. Arrivez à la maternité avec un prénom, ou deux finalistes au plus, et sa graphie latine. Si vous comptez l’annoncer à la famille lors du sbou3, rappelez-vous que la déclaration à l’état civil a son propre délai.
Pour la famille, une règle aide souvent : écouter toutes les suggestions, puis décider à deux. Les idées de prénoms ne manquent pas dans nos sélections de prénoms de fille arabes et de prénoms de garçon arabes. Pour les papiers à réunir et la démarche pas à pas, voyez notre article sur la déclaration de naissance au Maroc.
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Questions fréquentes
Peut-on donner un prénom étranger à son enfant au Maroc ?
L’article 34 de la loi 36-21 ne demande plus que le prénom ait un « caractère marocain », contrairement à l’article 21 de l’ancienne loi 37-99. Un prénom d’origine étrangère n’est donc pas exclu par principe. Il doit respecter les mêmes conditions que les autres : pas de nom de famille, de ville ou de tribu, rien de moqueur, deux prénoms au maximum. En cas de doute, c’est la Haute commission de l’état civil qui tranche.
Combien de temps a-t-on pour déclarer la naissance et le prénom ?
Le délai pratique est de 30 jours après la naissance, comme le rappelle le HCR dans sa fiche sur l’enregistrement des naissances au Maroc, mise à jour en janvier 2026. La loi 36-21 renvoie la fixation de ce délai à un texte réglementaire. Passé ce délai, l’inscription demande une autorisation de l’administration et, si elle est refusée, il faut saisir le tribunal.
Peut-on inscrire Moulay, Sidi ou Lalla avec le prénom ?
Non. L’article 34 de la loi 36-21 interdit d’accompagner le prénom d’un titre comme Moulay, Sidi ou Lalla, et de le faire suivre d’un chiffre ou d’un nombre. Sur l’acte de naissance, votre enfant sera inscrit sous son seul prénom, composé au maximum de deux prénoms, suivi du nom de famille.
Peut-on changer le prénom de son enfant après la déclaration ?
La loi 36-21 confie à la Haute commission de l’état civil les demandes de changement des prénoms étrangers portés par des citoyens marocains. Depuis le décret d’application, la demande se dépose sur le site du registre national ou dans un bureau d’état civil, puis elle est transmise, avec une note sur les raisons du changement, à la commission qui décide. Pour toute autre situation, renseignez-vous auprès de votre bureau d’état civil.
Un prénom amazigh peut-il encore être refusé ?
Il ne devrait plus l’être. Dès mars 2014, la Haute commission de l’état civil a rappelé la liberté de choisir le prénom, sans distinction entre prénoms arabes, amazighs, hassanis ou hébraïques. La loi 36-21 prévoit même d’écrire les noms en tifinagh sur les actes. Et depuis 2023, l’officier qui hésite ne peut plus refuser seul : il enregistre et transmet le cas à la Haute commission.
Sources
- Dahir n° 1-21-81 du 14 juillet 2021 portant promulgation de la loi n° 36-21 relative à l’état civil (BO n° 7006 du 22 juillet 2021), articles 4, 7, 19, 21, 34, 35 et 58Portail juridique Adala, ministère de la Justice · Maroc
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