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À retenir
- Les pères perdent aussi du sommeil après une naissance, même si les mères en perdent davantage.
- Dormir à part peut dépanner, à condition d’être décidé à deux et limité dans le temps.
- Des tours de garde clairs valent mieux que des nuits où tout le monde dort mal.
- Ne vous endormez jamais avec bébé sur un canapé ou un fauteuil, comme le rappelle le NHS.
- Bébé dort dans son propre lit, dans la chambre des parents, au moins les six premiers mois.
Le premier soir, c’était « juste pour cette nuit » : il commençait tôt le lendemain et bébé avait pleuré jusqu’à 4 h. Trois semaines plus tard, le canapé du salon est devenu son lit, la chambre est devenue celle de la maman et du bébé, et personne n’en parle vraiment. Papa dort au salon, et chacun se demande si c’est normal.
Oui, c’est fréquent, et ce n’est pas forcément un problème. Dormir séparément après bébé peut aider un couple à tenir les premières semaines. Le risque, c’est que la solution provisoire devienne une habitude qui éloigne. Voici pourquoi cela arrive, ce qu’on sait du sommeil des pères, et comment organiser les nuits pour que chacun dorme sans que le couple s’efface.
Pourquoi le papa finit-il au salon ?
Pour des raisons souvent très concrètes, et rarement par désamour :
- le travail : dans le secteur privé au Maroc, le congé de paternité est de trois jours. Après, le réveil sonne à 6 h, nuit blanche ou pas, et la route ou le chantier ne pardonnent pas la somnolence ;
- les pleurs : un nouveau-né se réveille toutes les deux à trois heures, rappelle Naître et grandir, et certains pères n’arrivent plus à se rendormir ensuite ;
- les ronflements, qui réveillent la maman ou le bébé ;
- la chambre trop petite, avec le berceau, la table à langer et parfois l’aîné ;
- la délicatesse : il ne veut pas gêner une maman qui allaite et dort par petits morceaux.
Parfois, c’est la maman elle-même qui le propose. Toutes ces raisons sont légitimes. Ce qui fait la différence, c’est la façon dont la décision est prise et ce qui se passe ensuite.

Le père aussi manque de sommeil
On l’oublie souvent, mais le papa dort moins, lui aussi. Une grande étude allemande publiée en 2019 dans la revue Sleep a suivi plus de 4 600 parents. Dans les trois mois qui suivent un premier bébé, les mères dorment en moyenne 62 minutes de moins par nuit qu’avant la grossesse, les pères 13 minutes de moins. Surtout, chez les uns comme chez les autres, la satisfaction liée au sommeil n’avait pas retrouvé son niveau d’avant la grossesse, même six ans après la première naissance.
Le père perd donc beaucoup moins de sommeil que la mère, et c’est important de le reconnaître sans en faire une compétition. Mais sa fatigue est réelle. Naître et grandir rappelle que le manque de sommeil rend irritable, gêne la mémoire et la concentration, et qu’à la longue il peut favoriser l’anxiété ou la dépression. La fiche québécoise sur la paternité recommande d’ailleurs de repérer les symptômes dépressifs chez les pères, qui les rendent souvent moins présents auprès de leur enfant.
Dormir séparément : dépannage ou piège pour le couple ?
Les deux, selon la façon de faire. Pour quelques nuits par semaine, ou pendant les semaines les plus dures, une chambre séparée permet à l’un des deux de récupérer et de mieux relayer l’autre ensuite. C’est un outil.
Le piège apparaît quand rien n’est dit. La maman se retrouve seule avec toutes les nuits, le papa se sent exclu de la chambre et du bébé, et les deux perdent les petits moments du coucher : le dernier mot, la tendresse, le rire avant de dormir. Les chercheurs qui suivent les couples après une naissance décrivent justement une baisse brutale de la satisfaction conjugale et une hausse de la communication négative. Les nuits séparées sans projet commun peuvent nourrir ce baby clash.
Trois signaux méritent qu’on en parle :
- personne ne sait plus quand le papa reviendra dans la chambre ;
- la maman assure seule les réveils depuis des semaines ;
- l’un des deux a l’impression que l’autre « fuit ».
Organiser les nuits à tour de rôle
Le plus efficace est un planning simple, décidé le jour, à tête reposée. Naître et grandir conseille de se relayer : l’un se lève, prend bébé, le change et le recouche, pendant que l’autre dort. Voici trois formules qui marchent souvent :
| Formule | Comment ça marche | Pour qui |
|---|---|---|
| La nuit coupée en deux | L’un couvre de 21 h à 2 h, l’autre de 2 h à 7 h ; chacun a une plage de sommeil garantie | Bébé nourri au biberon, ou lait maternel tiré pour un repas |
| Le papa « logistique » | La maman allaite ; le papa va chercher bébé, le change, le rend, puis le recouche | Allaitement exclusif |
| Le roulement des nuits | Une nuit de garde chacun, l’autre dort dans une autre pièce avec des bouchons d’oreille | Parents qui travaillent tous les deux |
Le week-end, celui qui a le moins dormi dans la semaine récupère une grasse matinée. Et quand le papa dort au salon, c’est sa nuit de repos, pas une installation définitive. Pour le sommeil de bébé lui-même, nos conseils pour un bébé qui ne fait pas ses nuits aident à patienter.
En parler sans reproche
La conversation compte plus que la solution choisie. Choisissez un moment calme, pas à 3 h du matin, et parlez de ce que vous vivez plutôt que de ce que fait l’autre :
- « J’ai besoin de dormir quatre heures d’affilée au moins deux nuits par semaine » plutôt que « tu me laisses tout faire » ;
- « Le salon, d’accord jusqu’à la fin du mois, et ensuite on fait le point » plutôt qu’un silence qui s’installe ;
- « Tu me manques le soir » : c’est souvent la phrase la plus difficile, et la plus utile.
Prévoyez aussi le retour. Le papa peut revenir dans la chambre d’abord le week-end, puis quand bébé fait des plages plus longues. Pour lui, nos repères pour trouver sa place de jeune papa proposent d’autres façons de s’impliquer, de jour comme de nuit.
Et bébé, où dort-il pendant ce temps ?
Dans son propre lit, dans la chambre des parents. Le service de santé britannique recommande de coucher bébé sur le dos, dans un lit ou un berceau séparé, dans la même pièce que ses parents, pour chaque sommeil, au moins les six premiers mois. Un berceau cododo accolé au lit facilite les tétées sans partager le matelas. Toutes les règles sont dans notre article sur le couchage sécurisé contre la mort subite du nourrisson.
Un point concerne directement le papa qui veille au salon : le même service de santé britannique demande de ne jamais s’endormir avec bébé sur un canapé ou dans un fauteuil. Après une longue journée, l’assoupissement arrive vite. Si vous sentez vos yeux se fermer, recouchez bébé dans son lit avant de vous allonger.
Questions fréquentes
Est-ce grave si mon mari dort dans une autre pièce depuis la naissance ?
Non, pas en soi. Beaucoup de couples le font quelques semaines pour que l’un des deux récupère. Ce qui compte, c’est que la décision soit prise ensemble, qu’elle ne laisse pas la maman seule avec toutes les nuits, et qu’une date de retour soit prévue. Si la chambre séparée devient une habitude dont on ne parle plus, elle finit souvent par creuser la distance dans le couple.
Mon mari ronfle et réveille le bébé : que faire ?
Le service de santé britannique propose quelques pistes simples : dormir sur le côté, perdre du poids si besoin, éviter le tabac et limiter l’alcool, ne pas prendre de somnifères. Si le ronflement persiste, s’il s’accompagne de pauses respiratoires, de bruits d’étouffement ou d’une grande somnolence dans la journée, il doit consulter un médecin, car cela peut évoquer une apnée du sommeil.
Comment partager les nuits si j’allaite ?
Le papa peut prendre tout ce qui n’est pas la tétée : aller chercher bébé, le changer, vous l’apporter, puis le recoucher pendant que vous vous rendormez. Naître et grandir suggère aussi de tirer un peu de lait à l’avance pour qu’il assure une tétée certaines nuits. Et le week-end, il peut prendre le premier réveil du matin pour vous laisser une longue plage de sommeil.
Peut-on dormir à trois dans le lit pour que tout le monde se repose ?
Les autorités de santé recommandent de coucher bébé dans son propre lit, dans la chambre des parents, au moins les six premiers mois. Le service de santé britannique déconseille le partage du lit si l’un des parents fume, a bu de l’alcool ou pris un médicament qui endort. Toutes les règles sont dans notre article sur le couchage sécurisé.
Sources
- Long-term effects of pregnancy and childbirth on sleep satisfaction and duration of first-time and experienced mothers and fathers (Richter et al., Sleep, 2019)Sleep (Oxford Academic), données du panel socio-économique allemand · Allemagne
- Manque de sommeil chez les nouveaux parents (mis à jour en mai 2023)Naître et grandir · Canada (Québec)
- Paternité : fiche complèteInstitut national de santé publique du Québec (INSPQ), Information périnatale · Canada (Québec)
- Sudden infant death syndrome (SIDS)NHS · Royaume-Uni
- SnoringNHS · Royaume-Uni
- The Effect of the Transition to Parenthood on Relationship Quality: An 8-Year Prospective Study (Doss et al., 2009)University of Miami (copie de l’article publié par l’American Psychological Association) · États-Unis
