Sommaire de l’article

À retenir

  • Les coliques touchent environ un bébé sur cinq et s’estompent le plus souvent vers 3 à 4 mois.
  • Bras, portage, bercement et fond sonore doux apaisent souvent sur le moment.
  • Gouttes, tisanes et changements de lait n’ont pas prouvé leur efficacité : rien sans avis médical.
  • À bout ? Posez bébé sur le dos dans son lit et sortez quelques minutes. Ne le secouez jamais.
  • Cri faible ou très aigu, vomissements, fièvre, sang dans les selles : consultez sans attendre.

Il est 19 heures. Bébé a bien tété, puis la crise commence : il hurle, devient tout rouge, serre les poings et replie les jambes sur son ventre. Vous le changez, vous le bercez, rien n’y fait pendant de longues minutes, parfois des heures. Si la scène se répète presque chaque soir, il s’agit probablement de coliques. Les coliques de bébé sont fréquentes, impressionnantes, et sans gravité dans l’immense majorité des cas.

Elles restent pourtant mal comprises, et c’est souvent là que naît l’épuisement : on cherche la cause, le bon lait, la bonne tisane. Voici ce qui aide, ce qui ne sert à rien, et les signes qui doivent vous faire consulter.

Qu’appelle-t-on « coliques du nourrisson » ?

Ce sont des épisodes de pleurs intenses et prolongés, difficiles à calmer, chez un bébé qui grossit bien et ne souffre d’aucune maladie identifiée. Les crises surviennent surtout en fin d’après-midi et le soir.

Longtemps, les médecins ont utilisé la « règle des 3 » : plus de 3 heures de pleurs par jour, plus de 3 jours par semaine. Le NHS britannique la cite encore. Les gastro-pédiatres francophones du GFHGNP la jugent en revanche dépassée : selon les critères internationaux actuels, dits de Rome IV, ce qui compte, c’est un bébé de moins de 5 mois qui pleure longuement et de façon répétée sans qu’on parvienne à l’apaiser, alors qu’il est en bonne santé et se développe normalement. Qu’il pleure 2 h 45 ou 3 h 10 ne change rien.

Les coliques concernent environ un bébé sur cinq. Elles apparaissent quelques semaines après la naissance, culminent vers 6 semaines, puis disparaissent en général vers 3 ou 4 mois. Chez certains bébés, elles traînent jusqu’à 6 mois, selon l’Académie américaine de pédiatrie (AAP). Pour décoder les autres raisons de pleurer, voyez notre article sur les pleurs de bébé.

D’où viennent les coliques ?

Personne ne le sait avec certitude. Plusieurs pistes coexistent :

  • un système digestif encore immature, qui digère avec plus de difficulté ;
  • de l’air avalé pendant les tétées ou les biberons, mais aussi pendant les pleurs eux-mêmes ;
  • une sensibilité particulière aux stimulations : certains bébés ont plus de mal à se calmer seuls après une journée chargée ;
  • plus rarement, une allergie aux protéines de lait de vache.

Ce dernier point est souvent surestimé. D’après l’AAP, une sensibilité alimentaire explique moins de 5 % des pleurs de type coliques.

Les semaines qui suivent la naissance sont rarement calmes : visites de la famille, passage de bras en bras, bruit jusqu’à tard le soir. Garder des moments au calme en fin de journée peut aider un bébé sensible aux stimulations.

Les gestes qui apaisent un bébé qui pleure le soir

Aucun geste ne « guérit » les coliques, et le GFHGNP rappelle qu’aucun n’a prouvé qu’il raccourcit leur durée. Mais plusieurs apaisent souvent sur le moment. Essayez, gardez ce qui marche chez votre enfant, et sachez que ce qui fonctionne un soir peut échouer le lendemain.

  1. Le prendre dans les bras, contre vous, en peau à peau si vous le souhaitez. Le consoler ne le rendra pas capricieux.
  2. Le bercer ou marcher avec lui, dans les bras, en poussette ou dans un porte-bébé. Le mouvement et le contact de votre corps calment beaucoup de nourrissons.
  3. La position du « tigre sur la branche » : bébé à plat ventre sur votre avant-bras, la tête au creux du coude, votre main entre ses jambes. Ou à plat ventre en travers de vos genoux, pendant que vous lui frottez le dos. S’il s’endort, recouchez-le sur le dos.
  4. Baisser la lumière et le bruit, puis proposer un fond sonore régulier : radio à faible volume, ventilateur, chanson douce. Ne posez jamais bébé sur une machine à laver en marche.
  5. Un bain tiède, que certains bébés trouvent apaisant.
  6. Un massage doux du dos, des bras ou du ventre, avec des mains tièdes. Le massage du ventre n’a pas d’effet démontré sur les coliques, mais il détend souvent bébé.

La sélection de la boutique

Pour porter, bercer et apaiser bébé

Aucun produit ne fait disparaître les coliques. Cette sélection sert surtout à bercer bébé en gardant les mains libres et à créer une ambiance douce le soir ; le biberon ne concerne que les bébés nourris au lait infantile.

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Au sein ou au biberon : faut-il changer quelque chose ?

En général, non. Continuez à nourrir bébé comme d’habitude. Quelques ajustements limitent l’air avalé :

  • nourrissez-le dans le calme, plutôt redressé, sans attendre qu’il soit affamé, car il avale alors goulûment ;
  • au biberon, gardez-le incliné et vérifiez que bébé prend bien la tétine ;
  • faites-lui faire son rot après le repas et attendez un peu avant de l’allonger.

Le biberon « anti-colique » peut réduire l’air avalé, mais rien ne montre qu’il fasse disparaître les coliques. Si vous cherchez un modèle, notre guide pour choisir un biberon et une tétine vous aide à vous y retrouver.

Le lait infantile : n’en changez pas de vous-même. Les gastro-pédiatres francophones jugent même néfastes les changements répétés « pour essayer ». Si une allergie aux protéines de lait de vache est suspectée, c’est au médecin de proposer un lait adapté.

Quand on allaite, la question du régime revient sans cesse, et les avis divergent. Le NHS estime que la maman n’a pas à modifier son alimentation. Santé.fr et l’AAP évoquent l’essai d’une éviction des produits laitiers pendant une à deux semaines, après en avoir parlé au médecin. Le GFHGNP trouve cette éviction « très discutable » au regard du stress qu’elle impose. Aucun régime ne se fait donc seule, ni ne se prolonge s’il ne change rien.

Probiotiques, gouttes, tisanes : ce qui est prouvé, et ce qui ne l’est pas

Ce qu’on vous propose Ce qu’en disent les sources
Gouttes contre les gaz (siméticone), lactase Pas d’efficacité démontrée (GFHGNP). Le NHS ne recommande pas les gouttes « anti-coliques ».
Probiotiques Avis partagés. Une souche précise (Lactobacillus reuteri DSM 17938) a réduit la durée des pleurs dans plusieurs études, surtout chez les bébés allaités exclusivement. Le NHS juge les preuves insuffisantes. À discuter avec le pédiatre.
Tisanes (anis, fenouil, cumin, camomille) Déconseillées. Avant 6 mois, l’OMS recommande que le bébé allaité ne reçoive aucun autre liquide, pas même de l’eau. Des tisanes d’anis étoilé ont causé des malaises graves chez des nourrissons en Suisse.
Ostéopathie crânienne, manipulations du dos Déconseillées par le NHS : peu de preuves, et un risque de blesser bébé.
Changement de lait « pour voir » Pas sans avis médical : les changements répétés sont jugés néfastes.

Au Maroc, la grand-mère propose souvent un peu d’eau au cumin (kamoun) ou à l’anis vert (habbat hlawa). Le geste part d’un savoir transmis et d’une vraie tendresse. Mais un nourrisson n’a besoin que de lait, et aucun produit, même « naturel », ne se donne sans l’avis du médecin ou du pharmacien.

Et si ce n’étaient pas des coliques ?

Les pleurs de coliques n’ont rien de spécifique. Avant de conclure, on élimine les causes simples : faim, couche sale, trop chaud ou trop froid, besoin de téter ou d’être porté. Un bébé qui régurgite beaucoup et se cambre pendant les repas peut souffrir de reflux. Des selles dures et rares évoquent une constipation. Une fièvre, des vomissements ou un cri inhabituel font penser à une infection.

Quand les pleurs vous dépassent

Les coliques épuisent. Il est normal de se sentir impuissante, irritée, à bout, surtout pendant la nfissa, les quarante jours où le corps se remet de l’accouchement.

Une règle absolue : ne secouez jamais un bébé. Secouer un nourrisson peut provoquer des lésions du cerveau, une cécité ou un décès. Si vous sentez que vous perdez patience :

  1. posez bébé sur le dos, dans son lit, sans rien autour de lui ;
  2. sortez de la pièce, fermez la porte, respirez, appelez quelqu’un ;
  3. allez le voir toutes les 10 minutes environ, et ne le reprenez dans vos bras qu’une fois apaisée.

Laisser pleurer bébé quelques minutes dans un lit sûr n’est pas dangereux. Le secouer l’est toujours. Organisez des relais : le papa, la grand-mère ou une tante peuvent prendre le « créneau des pleurs » un soir sur deux. Et si la tristesse s’installe au-delà de la fatigue, parlez-en à votre médecin : notre article sur le baby blues et la dépression post-partum aide à faire la différence.

Questions fréquentes

Faut-il arrêter les produits laitiers quand on allaite un bébé qui a des coliques ?

Pas systématiquement, et jamais seule. Le NHS estime que la maman allaitante n’a pas à changer son alimentation. Santé.fr et l’Académie américaine de pédiatrie évoquent l’essai d’une éviction des produits laitiers pendant une à deux semaines, avec l’accord du médecin, car une allergie aux protéines de lait de vache est possible mais rare. Si rien ne change, on reprend une alimentation normale.

Peut-on donner de l’eau au cumin ou à l’anis à un bébé qui a des coliques ?

C’est déconseillé. Avant 6 mois, l’OMS recommande que le bébé allaité ne reçoive que du lait maternel, sans eau ni tisane, et le NHS rappelle que les préparations à base de plantes n’ont pas prouvé leur efficacité. Certaines sont même dangereuses : en Suisse, des tisanes d’anis étoilé ont provoqué des malaises graves chez des nourrissons. Demandez l’avis de votre médecin avant de donner quoi que ce soit.

Le biberon anti-colique évite-t-il les coliques ?

Les sources médicales consultées ne montrent pas qu’un biberon fasse disparaître les coliques. Un système dit anti-colique peut limiter l’air avalé, tout comme le fait de garder le biberon incliné et de faire faire le rot après le repas. Si bébé boit bien avec son biberon actuel, inutile d’en changer à répétition : les coliques passent avec l’âge, quel que soit le modèle.

Mon bébé a encore des coliques à 4 mois, est-ce normal ?

La plupart des coliques s’estompent vers 3 ou 4 mois, mais l’Académie américaine de pédiatrie indique qu’elles peuvent durer jusqu’à 6 mois chez certains bébés. Le NHS conseille toutefois de consulter si les pleurs persistent après 4 mois, pour vérifier qu’aucune autre cause n’est en jeu et que bébé grossit bien. Profitez de ce rendez-vous pour parler aussi de votre fatigue.

Les coliques laissent-elles des séquelles à bébé ?

Non. Selon les documents québécois de santé publique, ces épisodes de pleurs intenses sont rarement liés à un problème de santé et n’ont pas de conséquences à long terme pour l’enfant. Le vrai danger est ailleurs : l’épuisement des parents et, dans les cas extrêmes, le geste de secouer bébé. D’où l’importance de se faire relayer et de demander de l’aide tôt.

Sources

  1. ColicNHS · Royaume-Uni
  2. Colique du nourrissonSanté.fr, Service public d’information en santé · France
  3. Coliques du nourrisson : fiche de recommandations (2018)Groupe francophone d’hépatologie, gastroentérologie et nutrition pédiatriques (GFHGNP) · France
  4. Pleurs du nouveau-néMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
  5. ColicHealthyChildren.org, American Academy of Pediatrics · États-Unis
  6. Malaise du nourrisson : pensez à une intoxication à l’anis étoilé (Archives de pédiatrie, 2011)Hôpital de Sion (Valais), Archives de pédiatrie · Suisse
  7. Allaitement maternelOrganisation mondiale de la santé (OMS) · International