Sommaire de l’article
À retenir
- Beaucoup de freins courts ne gênent ni la tétée ni la parole.
- Le diagnostic repose sur l’observation d’une tétée, pas sur l’aspect du frein.
- D’abord : position, prise du sein et soutien à l’allaitement.
- La frénotomie aux ciseaux se discute en cas d’échec, pour un frein antérieur court ou épais.
- Frein « postérieur » et frein de lèvre : aucune preuve que les couper aide l’allaitement.
Vous avez mal à chaque tétée, malgré les conseils de position. Bébé décroche, fait de petits bruits de claquement, et les tétées n’en finissent pas. Sur les réseaux sociaux, la réponse tombe vite : « c’est le frein de langue de bébé, il faut le couper ». Parfois c’est vrai. Souvent, ce ne l’est pas.
Le sujet divise. En France, l’Académie nationale de médecine et vingt-deux sociétés savantes ont alerté sur des sections de frein trop nombreuses. Voici ce qu’il faut savoir pour faire évaluer votre bébé sereinement, sans passer à côté d’un vrai problème ni subir un geste inutile.
Qu’est-ce qu’un frein de langue restrictif ?
Le frein de langue est la petite membrane qui relie le dessous de la langue au plancher de la bouche. Tout le monde en a un. On parle d’ankyloglossie quand ce frein est court, épais ou serré au point de limiter les mouvements de la langue, souvent parce qu’il s’attache très en avant.
La Mayo Clinic précise que c’est une particularité présente dès la naissance, un peu plus fréquente chez les garçons, et qui se retrouve parfois dans une même famille. Beaucoup de bébés ont un frein visible ou un peu court sans aucune gêne. Le NHS le dit clairement : un frein qui ne cause pas de problème ne se traite pas.

Quels signes doivent faire penser à un frein de langue ?
Les signes qui comptent concernent la tétée, chez bébé comme chez vous. Le NHS et la Mayo Clinic citent :
Chez bébé
- du mal à prendre le sein ou à rester accroché ;
- des tétées très longues et très rapprochées ;
- des bruits de claquement, une toux ou des étouffements pendant la tétée ;
- beaucoup de lait qui coule de la bouche ;
- de petites quantités à chaque tétée, et une prise de poids insuffisante ;
- une langue qui se soulève mal, ne sort pas au-delà des gencives, ou prend une forme de cœur.
Chez la maman
- des mamelons douloureux ou abîmés, qui ne guérissent pas (voir notre article sur les crevasses) ;
- des seins tendus, gonflés, mal vidés, et parfois une production qui baisse.
Attention : aucun de ces signes n’est propre au frein de langue. Une mauvaise position, un bébé très somnolent ou un réflexe d’éjection fort donnent les mêmes difficultés. Les sociétés savantes françaises insistent : il faut chercher d’abord les causes plus fréquentes.
Pourquoi l’évaluation doit être faite par un professionnel formé
Le diagnostic est d’abord fonctionnel. Un frein court vu en soulevant la langue ne suffit pas : ce qui compte, c’est la façon dont bébé tète et avale, et votre confort pendant la tétée.
L’Académie nationale de médecine demande que cette évaluation soit faite par des professionnels formés à l’allaitement : pédiatre, sage-femme, consultante en lactation diplômée. Ils observent une tétée entière, examinent la bouche de bébé et vérifient sa courbe de poids. Les grilles d’évaluation qui existent n’ont pas fait la preuve de leur fiabilité, notent les sociétés savantes : le regard clinique reste central.
Au Maroc, parlez-en d’abord à votre pédiatre ou à la sage-femme qui vous suit. Ils peuvent vous orienter, si besoin, vers une consultante en lactation ou un spécialiste ORL ou de chirurgie orale pédiatrique.
Que faire en attendant ? D’abord, soutenir l’allaitement
La première réponse n’est pas chirurgicale. Les sociétés savantes françaises réservent la frénotomie aux cas où les mesures d’accompagnement de l’allaitement ont échoué. L’INSPQ québécois conseille, en attendant l’évaluation, de travailler la position et la prise du sein.
- Changer de position : la position semi-allongée ou le ballon de rugby aident souvent bébé à ouvrir grand la bouche. Notre guide des positions d’allaitement les décrit pas à pas, et un coussin d’allaitement aide à bien soutenir bébé à la hauteur du sein.
- Soigner la prise du sein : bouche grande ouverte, menton contre le sein, plus d’aréole prise par le bas que par le haut.
- Protéger votre production si bébé tète mal : exprimer votre lait après certaines tétées entretient la lactation. Notre article pour exprimer son lait explique comment.
- Surveiller le poids et les couches : c’est le meilleur indicateur que bébé boit assez. Les repères sont dans notre article sur le manque de lait.
Beaucoup de difficultés s’améliorent avec ces ajustements et avec la croissance de bébé.
La frénotomie : quand se discute-t-elle ?
La frénotomie consiste à couper le frein avec des ciseaux stériles. Chez un jeune nourrisson, le geste est très bref et se fait sans anesthésie générale, parfois avec une anesthésie de contact. Bébé est remis au sein tout de suite. Le NHS observe que la plupart des bébés tètent mieux rapidement après.
Mais les sociétés savantes françaises en encadrent strictement l’indication. Elle se discute seulement :
- pour un frein de langue antérieur, court ou épais ;
- quand il gêne réellement la tétée ;
- après l’échec de l’accompagnement de l’allaitement ;
- en lien avec le pédiatre ou le médecin traitant, après information des parents sur les bénéfices et les risques.
L’Académie la qualifie de geste « exceptionnel ». Elle rappelle que les études de bonne qualité manquent pour prouver que la frénotomie améliore le transfert de lait ou la douleur des mamelons. L’âge idéal n’est pas défini, et le laser n’a pas montré d’avantage sur les ciseaux.
Frein postérieur, frein de lèvre, laser : les dérives à connaître
En Australie, le nombre de frénotomies a grimpé d’au moins 420 % en une dizaine d’années, rapporte l’Académie nationale de médecine. Les sociétés savantes françaises ont réagi contre plusieurs pratiques :
- Le « frein de langue postérieur » : il n’existe pas de consensus sur son existence, et sa section n’a pas prouvé son efficacité. Elles proposent d’abandonner ce diagnostic.
- La section du frein de lèvre : aucune preuve qu’elle améliore la tétée ou les douleurs.
- La frénotomie « préventive », chez un bébé qui tète bien.
- Les promesses sans preuve : le frein de langue n’est pas démontré comme cause de reflux, de coliques, d’apnées du sommeil, de troubles du langage ou de difficultés avec les aliments solides.
- Les exercices dans la bouche après le geste : les sociétés savantes écrivent qu’aucun geste intrabuccal n’est nécessaire les jours suivants.
Elles mettent aussi en garde contre les réseaux qui proposent la frénotomie à des tarifs excessifs. Si l’on vous propose un geste au laser, sur un frein « postérieur » ou sur la lèvre, demandez un deuxième avis auprès d’un pédiatre.
Après une frénotomie : ce qu’il faut surveiller
Le geste est simple, mais pas anodin. L’Académie nationale de médecine liste des complications rares : saignement, lésion des tissus voisins, infection, gêne respiratoire, refus de téter ou aversion pour tout ce qui touche la bouche.
Dans les jours qui suivent, continuez à mettre bébé au sein souvent, et faites-vous accompagner par la professionnelle qui suit votre allaitement. Le geste ne règle pas tout : la position et la prise du sein restent à travailler. Si bébé refuse le sein après le geste, notre article sur la grève de la tétée vous aidera.
Questions fréquentes
Comment savoir si mon bébé a un frein de langue ?
Certains signes se voient : une langue qui se soulève mal, qui ne dépasse pas la gencive, ou qui prend une forme de cœur quand bébé la tire, selon le NHS et la Mayo Clinic. Mais l’aspect ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la tétée : douleur chez vous, bébé qui décroche, claque ou grossit mal. Seul un professionnel formé qui observe une tétée peut faire le lien.
La frénotomie fait-elle mal à bébé ?
Chez le jeune nourrisson, le geste est très bref et se fait le plus souvent sans anesthésie générale, parfois avec une anesthésie de contact, selon le NHS et les sociétés savantes françaises. Bébé est mis au sein juste après, ce qui l’apaise. Le geste n’est pas sans risque pour autant : saignement, infection ou refus de téter restent possibles, même s’ils sont rares.
Le frein de langue empêche-t-il de bien parler plus tard ?
Pas forcément. La Mayo Clinic indique qu’un frein très restrictif peut gêner certains sons chez l’enfant plus grand. Mais l’Académie nationale de médecine rappelle que les études ne prouvent pas un lien direct entre frein de langue et troubles du langage. Couper le frein d’un nourrisson pour prévenir un futur trouble de la parole n’est pas recommandé. En cas de doute plus tard, c’est l’orthophoniste qui évalue.
Faut-il couper le frein de la lèvre supérieure ?
Les sociétés savantes françaises estiment qu’aucune preuve ne justifie de couper le frein de la lèvre pour améliorer la tétée ou soulager les mamelons. Si la tétée est difficile, on cherche d’abord à améliorer la position et la prise du sein avec une aide qualifiée, puis on recherche les autres causes possibles avec le pédiatre.
Sources
- Coup de frein à la frénotomie linguale chez les nouveau-nés et les nourrissons ! (communiqué du 26 avril 2022)Académie nationale de médecine · France
- Section de freins de langues chez les nourrissons et les enfants : un collectif de professionnels de santé alerte sur des pratiques abusives (17 janvier 2021)Collectif de 22 sociétés savantes, dont la Société française de pédiatrie et le Collège national des sages-femmes (document diffusé par l’AFPA) · France
- Tongue-tieNHS · Royaume-Uni
- Tongue-tie (ankyloglossia)Mayo Clinic · États-Unis
- Common breastfeeding difficulties and solutionsMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
- AA 26 : Manque de lait : mythe ou réalité ?La Leche League France · France
