Sommaire de l’article

À retenir

  • À 28 semaines, environ un bébé sur quatre est en siège ; la plupart se retournent seuls.
  • La version par manœuvre externe se propose vers 36-37 semaines et réussit environ une fois sur deux.
  • Elle se fait à la maternité, sous surveillance du cœur du bébé, jamais à la maison.
  • La voie basse reste possible dans certains cas, avec une équipe expérimentée.
  • Postures et autres astuces ne remplacent pas l’avis médical.

À l’échographie du huitième mois, le médecin tourne l’écran : « Il est en siège. » Autrement dit, bébé a les fesses ou les pieds en bas, la tête près de vos côtes. Les questions s’enchaînent aussitôt : va-t-il se retourner ? Faudra-t-il une césarienne ? Et ces positions qu’on voit sur les réseaux sociaux pour « retourner bébé », est-ce que ça marche ?

Un bébé en siège n’est pas une anomalie, juste une position. Elle change souvent d’elle-même avant la fin de la grossesse, et quand elle persiste, il existe plusieurs options. Voici les chiffres, le déroulement de la version par manœuvre externe et les critères qui guident le choix entre voie basse et césarienne.

Bébé en siège : à quel point est-ce fréquent ?

Très fréquent au milieu de la grossesse, rare à terme. Au Québec, l’INSPQ estime qu’environ 24 % des bébés sont en siège à 28 semaines. La plupart se placent tête en bas vers 34 semaines. À terme, il n’en reste que 3 à 4 %, et les HUG de Genève parlent de 3 à 5 % des enfants nés à terme.

C’est pourquoi on ne parle de présentation du siège qu’en fin de grossesse : le diagnostic se fait après 34 semaines, et se confirme vers 35-36 semaines, par la palpation et l’échographie. Dans la grande majorité des cas, aucune cause n’est retrouvée. Parfois, une malformation de l’utérus, une grossesse gémellaire, un excès ou un manque de liquide amniotique ou une particularité du bébé jouent un rôle (HUG).

Les différentes présentations du siège

Type Position du bébé Fréquence (INSPQ)
Siège décomplété Fesses en bas, jambes tendues vers le visage 50 à 70 %
Siège complet Assis en tailleur, fesses et pieds en bas 5 à 10 %
Siège mode des pieds Un ou deux pieds en dessous des fesses 10 à 30 %

Ces détails ne sont pas qu’anatomiques : ils comptent dans le choix de la voie d’accouchement.

La version par manœuvre externe : comment ça se passe ?

La version par manœuvre externe (VME) consiste à faire tourner le bébé en appuyant sur le ventre, avec les mains, pour l’amener tête en bas. Elle est proposée vers 36 semaines au Royaume-Uni (NHS) et en France, vers 36 ou 37 semaines au Québec.

Le déroulement décrit par la maternité de la Pitié-Salpêtrière, à Paris :

  1. Vérification de la position du bébé (palpation et échographie) et enregistrement de son rythme cardiaque.
  2. Le médecin mobilise le bébé à travers la paroi du ventre. Le geste lui-même dure quelques minutes.
  3. Nouvel enregistrement du cœur du bébé, puis retour à la maison le jour même dans la plupart des cas.
  4. Si vous êtes de rhésus négatif, une injection d’immunoglobulines anti-D est faite.

Les chances de succès sont d’environ 50 % (Pitié-Salpêtrière, HUG), avec des chiffres de 40 à 50 % selon l’INSPQ. Elles sont meilleures si vous avez déjà accouché, si le bébé n’est pas engagé, s’il est en siège complet, si le placenta est en arrière et si la quantité de liquide est normale. Après une version réussie, environ 5 % des bébés reviennent en siège.

Les risques sont faibles : moins de 1 % d’événements indésirables selon l’INSPQ. Il peut s’agir d’une perte des eaux, de saignements, de contractions ou, plus rarement, d’anomalies du rythme cardiaque du bébé qui imposent une césarienne rapide. C’est pour cette raison que la VME se fait à la maternité, jamais à la maison. Elle n’est pas proposée dans certaines situations, que votre médecin évaluera avec vous.

Postures, acupuncture, « astuces » : que valent-elles ?

On trouve partout des conseils pour retourner bébé : bassin surélevé, position à quatre pattes, lumière ou musique en bas du ventre, acupuncture, moxibustion. Aucun des documents hospitaliers et de santé publique que nous avons consultés ne les recommande. Seule la VME y est présentée avec des taux de réussite chiffrés.

Si une posture vous fait du bien, rien n’empêche de la pratiquer, à condition qu’elle ne soit ni douloureuse ni prolongée, et qu’elle ne retarde pas votre rendez-vous médical. En revanche, ne laissez personne, en dehors d’un médecin à la maternité, appuyer fort sur votre ventre pour tenter de tourner le bébé : c’est précisément parce que le geste comporte de rares risques qu’il se fait sous surveillance.

Voie basse ou césarienne : comment se fait le choix ?

Si le bébé reste en siège, deux options existent : une césarienne programmée, ou un accouchement par voie basse dans des conditions bien définies. La décision se prend avec l’équipe, selon votre histoire, la position exacte du bébé et l’expérience de la maternité.

Les arguments du débat. En 2000, un grand essai international, le Term Breech Trial, avait conduit beaucoup de pays à privilégier la césarienne programmée, à cause d’un risque plus élevé pour le bébé à court terme ; aucune différence n’était en revanche observée à 2 ans. En 2006, l’étude PREMODA, menée dans 174 centres en France et en Belgique, a montré que chez des femmes bien sélectionnées, la mortalité et la morbidité graves des bébés n’étaient pas significativement différentes entre voie basse et césarienne (INSPQ). Les sociétés savantes canadiennes suggèrent depuis la voie basse pour le siège complet ou décomplété, et la césarienne pour le siège mode des pieds.

En pratique, les pays diffèrent. En Suisse, 95 % des présentations en siège se terminent par une césarienne, la voie basse restant l’exception, même si les HUG ont créé un parcours dédié pour la proposer quand elle est possible.

Les situations où la voie basse est déconseillée (Royal College britannique, cité par le NHS, et Pitié-Salpêtrière) :

  • bébé en siège mode des pieds ;
  • bébé estimé gros ou au contraire petit ;
  • tête du bébé très défléchie, c’est-à-dire basculée en arrière ;
  • placenta bas inséré (placenta prævia) ;
  • prééclampsie, ou problème de santé qui interdit les efforts de poussée ;
  • bassin étroit ou utérus déjà opéré (césarienne antérieure).

Quand la voie basse est envisagée, l’équipe évalue le bassin (parfois par scanner), le poids estimé et la position de la tête, puis réévalue vers 40-41 semaines. Il faut savoir qu’environ une tentative sur deux se termine par une césarienne en cours de travail (Pitié-Salpêtrière). Pour comprendre les étapes d’une naissance naturelle, voyez notre article sur l’accouchement par voie basse.

Et si le travail commence avant la césarienne prévue ?

Partez à la maternité dès les premières contractions régulières ou à la perte des eaux, sans attendre comme on le ferait avec un bébé tête en bas. Sur place, l’équipe vérifie si la césarienne reste la meilleure option. Si le bébé est déjà très engagé et la naissance proche, la voie basse peut alors être plus sûre (NHS).

Au Maroc comme ailleurs, toutes les équipes ne proposent pas la voie basse en siège. Si cette option compte pour vous, posez la question tôt à votre gynécologue et à la clinique ou à l’hôpital : qui sera présent, la nuit et le week-end ? Notre guide pour choisir sa maternité vous aide à préparer ces questions, et notre page valise de maternité à être prête dès la 36e semaine. Les autres étapes de cette fin de grossesse sont dans notre article sur le 9e mois.

Questions fréquentes

Mon bébé est en siège à 32 semaines, dois-je m’inquiéter ?

Non, pas à ce stade. Au Québec, l’INSPQ estime qu’environ un quart des bébés sont en siège à 28 semaines, et la plupart se placent tête en bas vers 34 semaines. La présentation n’est vraiment considérée comme définitive qu’à partir de 35 ou 36 semaines, moment où l’on discute d’une éventuelle version par manœuvre externe.

La version par manœuvre externe fait-elle mal ?

Elle est inconfortable, parfois douloureuse par moments, mais elle dure seulement quelques minutes. Le médecin pousse doucement sur le ventre pour faire tourner le bébé, pendant qu’on surveille son cœur. Selon l’équipe de la Pitié-Salpêtrière, le geste n’est pas douloureux pour le bébé. Signalez toute douleur qui persiste : le médecin peut s’arrêter à tout moment.

Un bébé peut-il se retourner en siège après une version réussie ?

C’est possible mais rare : environ 5 % des bébés retournés avec succès reviennent en siège, selon l’INSPQ. Une nouvelle tentative de version peut alors être proposée. C’est pour cela que la position du bébé est vérifiée à la consultation suivante et à l’arrivée en salle de naissance.

Accouche-t-on plus tôt quand le bébé est en siège ?

Pas forcément. Si une césarienne est programmée, elle est fixée en fin de grossesse, après discussion avec l’équipe. Si une voie basse est envisagée, on attend en général le début spontané du travail, avec une réévaluation vers 40 à 41 semaines. À la Pitié-Salpêtrière, une césarienne est proposée si l’accouchement n’a pas eu lieu après 41 semaines.

Sources

  1. Accouchement du siège, fiche complèteInstitut national de santé publique du Québec (INSPQ) · Canada (Québec)
  2. Fiche d’information destinée aux femmes enceintes : la version par manœuvre externe (VME) et l’accouchement par le siègeGroupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, AP-HP · France
  3. « 95 % des présentations en siège aboutissent à une césarienne »Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), magazine Pulsations · Suisse
  4. If your baby is breechNHS · Royaume-Uni