Sommaire de l’article

À retenir

  • Plus de 20 000 piqûres déclarées en 2025 au Maroc, dont 28 % chez des enfants.
  • Le risque de forme grave est bien plus élevé chez l’enfant, car la dose de venin compte par kilo.
  • Appel au 141 ou au 0801 000 180, puis centre de santé le plus proche, même si l’enfant va bien.
  • Jamais d’incision, de succion, de garrot ni de remède traditionnel.
  • La plupart des piqûres ont lieu à la maison, la nuit, entre mai et septembre.

Une nuit d’été, dans une maison de la région de Marrakech ou de Béni Mellal. Votre enfant se réveille en hurlant, la main ou le pied rouge et douloureux, et vous apercevez un scorpion qui file sous le lit. Une piqûre de scorpion chez un enfant n’est jamais un incident à surveiller à la maison : c’est une urgence, et chaque minute compte.

Au Maroc, la bonne nouvelle est que la mortalité a énormément baissé en vingt-cinq ans, grâce à un protocole national de prise en charge. Mais il ne fonctionne que si l’enfant arrive vite dans une structure de soins. Voici ce qu’il faut savoir, et surtout ce qu’il faut faire.

Les piqûres de scorpion au Maroc en chiffres

Le Centre Anti-Poison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM) a recensé 20 583 piqûres de scorpion déclarées en 2025, contre 16 946 en 2024, selon les chiffres rapportés par Médias24 en juillet 2026. Elles ont causé 27 décès. Le ministère de la Santé évoque une moyenne d’environ 25 000 cas par an et s’est fixé l’objectif de zéro décès.

Quelques repères éclairent les risques :

  • 28 % des victimes sont des enfants ;
  • 77 % des piqûres ont lieu à la maison, et 70 % en milieu rural ;
  • 70 % surviennent entre 18 h et 6 h, c’est-à-dire le soir et la nuit ;
  • la région de Marrakech-Safi concentre le plus de cas (5 971 en 2025) et de décès (11) ; la province d’El Kelâa des Sraghna a vu ses cas doubler en un an.

La mortalité générale est passée de 2,37 % en 1999 à 0,13 % en 2025, et celle des enfants de 5,7 % à 0,53 %. C’est un progrès majeur, qui repose sur un message simple : consulter vite.

Pourquoi un enfant est-il plus en danger qu’un adulte ?

Parce que la quantité de venin injectée est la même, mais répartie dans un corps beaucoup plus petit. Une étude marocaine publiée dans la revue Santé Publique a montré que les enfants de moins de 15 ans avaient un risque de décès plus de 15 fois supérieur à celui des adultes, et représentaient la totalité des décès de la série étudiée. Les auteurs l’expliquent par la dose de venin, proportionnelle au poids.

L’OMS fait le même constat pour les morsures de serpent : les enfants en subissent des effets plus graves et plus rapides, en raison de leur faible masse corporelle. Un nourrisson ou un tout-petit piqué doit donc toujours être vu par un soignant, même si la douleur semble modérée.

Que faire tout de suite après la piqûre ?

Le bon réflexe tient en deux temps : appeler, puis partir.

  1. Appelez le 141 (SAMU) ou le Centre Anti-Poison au 0801 000 180 (numéro vert, aussi joignable au 05 37 68 64 64). Un médecin vous oriente vers la structure la plus proche.
  2. Gardez l’enfant calme et le moins agité possible. Rassurez-le, portez-le plutôt que de le faire marcher.
  3. Nettoyez la zone avec un antiseptique sans alcool et posez une compresse froide pour soulager la douleur, comme le conseille un médecin interrogé par Hespress.
  4. Retirez bagues, bracelets ou chaussures serrées près de la piqûre, avant que la zone ne gonfle.
  5. Rendez-vous sans attendre au centre de santé ou à l’hôpital le plus proche, même si l’enfant semble aller bien. Notez l’heure de la piqûre.

N’attendez pas que des signes apparaissent pour partir. Le protocole marocain prévoit justement une surveillance de quelques heures en structure de soins, parce qu’une piqûre d’apparence banale peut évoluer.

Les gestes à ne jamais faire

Certaines pratiques encore répandues font perdre du temps et peuvent aggraver la situation. Les médecins marocains les déconseillent clairement :

  • ne pas inciser la piqûre avec une lame ou un couteau ;
  • ne pas sucer le venin ;
  • ne pas poser de garrot au-dessus de la piqûre ;
  • ne pas appliquer de remède traditionnel, d’herbes, de henné ou de pâte sur la plaie ;
  • ne pas donner de médicament de votre propre initiative : c’est le médecin qui décide.

Le temps passé chez un guérisseur ou à essayer un remède de l’entourage est du temps perdu pour l’enfant.

Comment reconnaître une piqûre qui s’aggrave ?

La gravité se juge en trois classes, selon le protocole utilisé au Maroc :

Classe Ce qu’on observe Ce que cela signifie
Classe 1 Douleur, rougeur, gonflement ou fourmillements autour de la piqûre Signes locaux : surveillance en structure de soins pendant quelques heures
Classe 2 Fièvre, sueurs, vomissements, diarrhée, ventre gonflé, cœur qui bat vite Le venin agit sur tout le corps : prise en charge urgente
Classe 3 Difficultés à respirer, perte de connaissance, convulsions Détresse vitale : réanimation

Chez un tout-petit, les premiers signes généraux sont parfois discrets : agitation inhabituelle, pleurs incessants, vomissements, pâleur, sueurs. Ce sont autant de raisons de ne pas rester à la maison. Si l’enfant convulse ou ne respire plus normalement en attendant les secours, les gestes de base sont expliqués dans notre article sur les premiers secours chez le bébé.

Prévenir les scorpions à la maison

La saison commence en mai, culmine de juin à août et atteint son pic en juillet, selon le CAPM. C’est le moment de redoubler d’attention, surtout dans les maisons de plain-pied, en milieu rural ou en bordure de jardin.

Dans la maison :

  • écartez le lit de bébé et les lits des enfants du mur de quelques centimètres ;
  • évitez que draps et couvertures ne traînent jusqu’au sol, et vérifiez le lit avant d’y coucher l’enfant ;
  • secouez chaussures, vêtements et serviettes laissés par terre avant de les enfiler ;
  • bouchez les fissures des murs et le bas des portes donnant sur l’extérieur ;
  • gardez la maison propre et dégagée : les recoins encombrés servent de refuge.

Autour de la maison :

  • dégagez les pierres, gravats, tas de bois et broussailles qui servent de gîte aux scorpions, comme le recommande une association citée par Le360 ;
  • évitez les flaques d’eau stagnante et les ordures accumulées ;
  • ne laissez pas les enfants marcher pieds nus, surtout le soir et la nuit, ni retourner des pierres avec les mains.

Ces gestes s’ajoutent à la prévention des autres dangers de l’été, que nous détaillons dans protéger bébé de la canicule et dans notre dossier sur les accidents domestiques des enfants.

Questions fréquentes

Combien de temps après une piqûre de scorpion les symptômes apparaissent-ils ?

On ne peut pas le prévoir à la maison. Le protocole marocain prévoit qu’une personne n’ayant que des signes locaux (douleur, rougeur, fourmillements) soit surveillée environ 4 heures dans une structure de soins : un médecin interrogé par Hespress indique que l’absence de symptômes après ce délai écarte l’envenimation. C’est pour cette raison qu’on ne surveille pas un enfant piqué à la maison.

Faut-il attraper le scorpion pour le montrer au médecin ?

Non, ne prenez aucun risque et ne perdez pas de temps. Si vous l’avez vu, décrivez-le (couleur, taille) ou prenez une photo de loin si c’est possible sans danger. Le médecin s’appuie surtout sur les signes de l’enfant pour classer la gravité de la piqûre et décider de la prise en charge.

Que faire si l’enfant a été piqué en pleine nuit, loin d’un hôpital ?

Appelez immédiatement le 141 ou le numéro vert du Centre Anti-Poison, 0801 000 180 : on vous indiquera la structure de soins la plus proche et la conduite à tenir pendant le trajet. Gardez l’enfant calme et immobile, nettoyez la piqûre, posez une compresse froide et partez sans attendre l’apparition de symptômes.

Les scorpions peuvent-ils piquer en hiver ?

C’est possible, mais beaucoup plus rare. Selon le Centre Anti-Poison, les piqûres augmentent dès le mois de mai, culminent de juin à août, avec un maximum en juillet. En hiver, les scorpions restent cachés sous les pierres, dans les murs ou les tas de bois : la prudence reste de mise quand on déplace ces objets ou qu’on visite une maison fermée depuis longtemps.

Sources

  1. Santé : le Maroc lance sa campagne contre les envenimations, après plus de 20.000 piqûres de scorpion en 2025 (1er juillet 2026)Médias24 · Maroc
  2. Piqûres de scorpion : Plusieurs morts recensés cet été au Maroc (13 juillet 2023)Hespress FR · Maroc
  3. Piqûres de scorpions et morsures de serpents : Le ministère de la Santé vise zéro décès par an (2 juillet 2025)Hespress FR · Maroc
  4. Rampants venimeux : la mobilisation préventive s’organise (19 juillet 2026)Le360 · Maroc
  5. Fiabilité et application de la conduite à tenir en cas de piqûre de scorpion au Maroc (Santé Publique, vol. 21, 2009)Société française de santé publique (revue Santé Publique, via Cairn) · France
  6. Snakebite envenoming (fact sheet)Organisation mondiale de la santé (OMS) · International