Sommaire de l’article

À retenir

  • Elle concerne environ 2 % des grossesses en France et se révèle en général entre 4 et 12 semaines d’aménorrhée.
  • Douleur d’un côté du ventre, saignements sombres, douleur au bout de l’épaule : consultez le jour même.
  • Douleur brutale et intense, malaise, pâleur : appelez le 141, la trompe a pu se rompre.
  • Selon les cas : simple surveillance, injection de méthotrexate ou cœlioscopie.
  • La plupart des femmes peuvent ensuite être enceintes, même avec une seule trompe.

Le test est positif depuis quelques jours. Puis apparaît une douleur sourde, d’un seul côté du bas-ventre, avec quelques pertes brunes. Ce tableau n’est pas toujours grave, mais il doit faire penser à une grossesse extra-utérine (GEU), qui demande d’être vue par un médecin le jour même.

Bien prise en charge, et à temps, elle se soigne et laisse le plus souvent la porte ouverte à une future grossesse. Voici les signes à connaître, ce qui se passe à l’hôpital, et les suites, y compris sur le plan émotionnel.

Qu’est-ce qu’une grossesse extra-utérine ?

C’est une grossesse qui s’implante en dehors de la cavité de l’utérus. Dans la grande majorité des cas, l’œuf s’installe dans une trompe, le petit conduit qui relie l’ovaire à l’utérus. Plus rarement, il se fixe sur un ovaire, dans l’abdomen ou sur le col de l’utérus. Les médecins parlent aussi de grossesse ectopique.

Une telle grossesse ne peut pas évoluer jusqu’à la naissance d’un bébé. Le NHS britannique le dit clairement : elle ne peut pas être sauvée, et doit en général être interrompue par un médicament ou une intervention. En grandissant, l’œuf peut faire rompre la trompe et provoquer une hémorragie interne. C’est pour cela que le diagnostic et le traitement ne doivent pas tarder.

Elle n’est pas exceptionnelle : environ 2 % des grossesses en France, selon une mise au point de La Revue du Praticien, et une grossesse sur 90 au Royaume-Uni. Le NHS rappelle aussi que les ruptures, si elles sont prises en charge rapidement, se traitent bien.

Qui est plus à risque ?

Dans de nombreux cas, aucune cause n’est trouvée. Certains facteurs augmentent toutefois le risque :

  • une grossesse extra-utérine précédente, le principal facteur ;
  • une infection gynécologique ancienne (salpingite), souvent due à une infection sexuellement transmissible comme la chlamydia ;
  • une chirurgie des trompes ou du petit bassin, une endométriose ;
  • le tabac ;
  • l’âge, le risque étant le plus élevé après 35 ans ;
  • une grossesse obtenue par fécondation in vitro ou après une stimulation de l’ovulation ;
  • une grossesse survenue malgré un stérilet ou sous pilule microprogestative.

Pour réduire le risque, le NHS cite deux leviers : le préservatif quand on n’a pas de projet de bébé, contre les infections sexuellement transmissibles, et l’arrêt du tabac.

Quels sont les symptômes d’une grossesse extra-utérine ?

Les signes apparaissent en général entre 4 et 12 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire comptées depuis le premier jour des dernières règles. Parfois, il n’y en a aucun, et c’est une échographie de routine qui découvre la GEU. Les signes les plus fréquents sont :

  • un retard de règles, ou des signes de grossesse ;
  • une douleur dans le bas du ventre, souvent d’un seul côté, sourde avec des pics plus intenses ;
  • des saignements peu abondants, sombres, presque noirâtres, ou des pertes brunes et liquides ;
  • une douleur au bout de l’épaule, typique et souvent méconnue ;
  • une gêne en urinant ou en allant à la selle.

Ces symptômes peuvent avoir d’autres causes, une simple gastro par exemple. Mais si vous pourriez être enceinte, même sans test positif, consultez le jour même. Les autres causes de saignement en début de grossesse sont expliquées dans notre article sur les saignements pendant la grossesse.

Ce que vous ressentez Ce qu’il faut faire
Douleur d’un côté, petits saignements sombres, test positif ou retard de règles Consulter le jour même (médecin, gynécologue, urgences de la maternité)
Douleur au bout de l’épaule en début de grossesse Consulter le jour même
Douleur brutale et intense, vertiges, évanouissement, nausées, grande pâleur Appeler le 141 ou aller immédiatement aux urgences

Ces derniers signes peuvent indiquer une rupture de la trompe, qui demande une intervention en urgence.

Comment le médecin pose-t-il le diagnostic ?

Tout commence par la confirmation de la grossesse, par un test urinaire ou une prise de sang. Un test négatif réalisé par le médecin rend une GEU très peu probable. Mais un test fait à la maison ne suffit pas à vous rassurer si vous avez mal ou si vous saignez : consultez quand même, le médecin pourra doser l’hormone dans le sang. Notre article sur le test de grossesse explique comment le lire. Ensuite viennent deux examens complémentaires.

La prise de sang mesure l’hormone de grossesse, la hCG. Dans une grossesse normale, son taux double environ toutes les 48 heures. Un taux qui stagne entre deux dosages espacés de deux jours est un signal d’alerte.

L’échographie par voie vaginale montre un utérus vide, parfois une masse près d’une trompe ou du liquide dans le ventre. L’examen gynécologique retrouve souvent une douleur du côté concerné.

Il faut parfois plusieurs jours, et plusieurs prises de sang, pour être sûr. Cette attente est difficile, mais elle évite de conclure trop vite, car une grossesse normale peut être encore trop petite pour être vue. Le rôle de chaque échographie est détaillé dans notre article sur les échographies du début de grossesse.

Quels sont les traitements possibles ?

Le choix dépend de vos symptômes, de la taille de la grossesse et du taux de hCG. Votre médecin vous explique les bénéfices et les risques de chaque option.

Option Pour qui Comment ça se passe
Surveillance Peu ou pas de symptômes, taux de hCG très bas Prises de sang régulières, environ toutes les 48 heures, jusqu’à ce que le taux redevienne nul
Méthotrexate Diagnostic précoce, pas de rupture, pas de contre-indication Une ou deux injections intramusculaires, sans hospitalisation, puis prises de sang jusqu’à la normalisation
Cœlioscopie Grossesse plus avancée, échec du médicament, rupture Petites incisions sous anesthésie générale ; on retire la grossesse, avec ou sans la trompe

Le méthotrexate arrête le développement de la grossesse. Il réussit dans 70 à 80 % des cas, selon La Revue du Praticien. Le taux de hCG met souvent environ un mois à se négativer. Les effets secondaires possibles : douleurs au ventre pendant un ou deux jours, vertiges, nausées, diarrhée. Le NHS demande d’éviter l’alcool tant que le médecin ne l’autorise pas, et rappelle que la trompe peut encore se rompre après le traitement : gardez en tête les signes d’urgence. La dose est calculée par l’équipe médicale, jamais à la maison.

La cœlioscopie permet soit d’ouvrir la trompe pour retirer la grossesse en la conservant (salpingotomie), soit de retirer la trompe (salpingectomie). En France, la conservation est privilégiée quand la trompe est peu abîmée, quand l’autre trompe manque, ou selon votre désir de grossesse. Au Royaume-Uni, on retire plus volontiers toute la trompe si l’autre est saine. Dans les deux cas, l’équipe vous en parle avant et vous demande votre accord. On sort en général de l’hôpital en quelques jours, mais la récupération complète peut prendre 4 à 6 semaines. En cas de rupture, l’intervention se fait en urgence, parfois par une incision plus grande.

Si vous êtes Rhésus négatif, une injection d’anti-D vous est proposée selon les cas.

Et après : la fertilité, la prochaine grossesse, les émotions

La plupart des femmes peuvent de nouveau être enceintes, même lorsqu’une trompe a été retirée. Selon La Revue du Praticien, la fertilité ultérieure ne diffère pas entre la conservation et l’ablation de la trompe. Un traitement de fertilité est parfois nécessaire.

Le risque de récidive est réel mais reste limité : environ 10 % selon le NHS, entre 10 et 30 % selon la publication française. D’où un réflexe simple : dès le prochain test positif, prévenez votre médecin. Une échographie précoce, vers 6 à 7 semaines d’aménorrhée, vérifiera que la grossesse est bien en place.

Avant d’essayer de nouveau, le NHS conseille d’attendre au moins deux cycles de règles, et trois mois après un méthotrexate. Les médecins français parlent plutôt d’un mois après la normalisation du taux de hCG : suivez la consigne de votre équipe. Pour repérer ensuite vos jours fertiles, voyez notre article sur l’ovulation.

Reste ce que l’on ne voit pas. Perdre une grossesse, même très tôt et même sans l’avoir encore annoncée, peut être bouleversant. Le NHS note que beaucoup de femmes vivent un deuil comparable à celui d’un proche, et que ces sentiments peuvent durer plusieurs mois. S’y ajoutent parfois des inquiétudes pour la fertilité. Posez toutes vos questions à votre médecin, qui peut aussi vous orienter vers un psychologue. Les pistes pour traverser ce chagrin, seule ou à deux, sont dans notre article sur la fausse couche et le deuil qui suit.

Questions fréquentes

Peut-on mener à terme une grossesse extra-utérine ?

Non. Hors de l’utérus, l’embryon ne peut pas se développer jusqu’à devenir un bébé, et la grossesse ne peut pas être sauvée ni déplacée dans l’utérus. La laisser évoluer ferait courir un risque grave à la maman, notamment la rupture de la trompe. C’est pourquoi elle est toujours prise en charge, par une surveillance, un médicament ou une intervention, selon la situation.

À combien de semaines découvre-t-on une grossesse extra-utérine ?

Les symptômes apparaissent en général entre 4 et 12 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire comptées depuis le premier jour des dernières règles. Parfois, il n’y en a aucun et c’est une échographie de routine qui la découvre. Le diagnostic repose sur l’association d’une prise de sang (dosage de l’hormone hCG, souvent répété à 48 heures d’intervalle) et d’une échographie par voie vaginale, qui montre un utérus vide.

Peut-on faire une grossesse extra-utérine avec un stérilet ?

C’est rare, puisqu’une grossesse sous stérilet est elle-même rare. Mais si une grossesse survient malgré lui, elle a plus de risques d’être extra-utérine, selon le NHS. Un test positif avec un stérilet en place doit donc conduire à consulter rapidement, pour vérifier où la grossesse s’est implantée. Les pilules microprogestatives font aussi partie des facteurs de risque cités par l’Assurance maladie.

Combien de temps attendre après le méthotrexate pour retomber enceinte ?

Les repères diffèrent. Le NHS recommande une contraception fiable pendant au moins trois mois après l’injection, car le médicament pourrait nuire à un futur bébé. Une mise au point française parle d’environ un mois après la normalisation du taux de hCG. Suivez la consigne de votre médecin, qui connaît votre dossier, et utilisez une contraception efficace d’ici là.

Quelles sont les chances d’être enceinte après une grossesse extra-utérine ?

La plupart des femmes peuvent de nouveau être enceintes, même quand une trompe a été retirée ; un traitement de fertilité est parfois nécessaire. Le risque d’une nouvelle grossesse extra-utérine est plus élevé, autour de 10 % selon le NHS. Dès le prochain test positif, prévenez votre médecin : une échographie précoce, vers 6 à 7 semaines d’aménorrhée, vérifiera que la grossesse est bien dans l’utérus.

Sources

  1. Grossesse extra-utérineAssurance maladie (ameli.fr) · France
  2. Suspicion de GEU : faire un test de grossesse !La Revue du Praticien (A. Bourret, maternité Port-Royal) · France
  3. Ectopic pregnancyNHS · Royaume-Uni
  4. Ectopic pregnancy - TreatmentNHS · Royaume-Uni
  5. Fausse couche et deuilMieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)