Sommaire de l’article

À retenir

  • Répéter des mots entiers sans effort est fréquent et normal vers 2-3 ans.
  • Blocages, sons étirés, crispations du visage : ce sont des signes de vrai bégaiement.
  • Les parents ne causent pas le bégaiement ; leur attitude peut en revanche beaucoup aider.
  • La prise en charge orthophonique marche mieux quand elle commence tôt, avant 6 ans.
  • Parler plusieurs langues n’oblige pas à en abandonner une : on en parle à l’orthophoniste.

« Ma-ma-maman, je-je-je veux… » Votre enfant de 3 ans, qui parlait sans difficulté, se met soudain à buter sur les mots. Parfois le mot ne sort pas du tout, il s’énerve, vous attendez. Le bégaiement de l’enfant inquiète beaucoup les parents, et les conseils de l’entourage (« dis-lui de respirer », « ça passera ») ajoutent souvent à la confusion.

Il faut distinguer deux choses : les hésitations normales d’un enfant qui apprend à parler très vite, et un bégaiement qui s’installe. Voici comment les reconnaître, et quand voir un orthophoniste.

Hésitations normales ou bégaiement : comment faire la différence ?

Entre 2 et 4 ans, beaucoup d’enfants hésitent. Ils ont plus d’idées que de mots, et leur bouche suit mal leur pensée. Répéter un mot entier sans effort (« je veux, je veux le ballon ») ou dire « euh » souvent est fréquent et ne constitue pas un bégaiement, rappelle Le Quotidien du médecin.

Le bégaiement, lui, se reconnaît à des signes plus marqués, décrits par le NHS :

Plutôt des hésitations normales Plutôt un bégaiement
Répétition de mots entiers ou de bouts de phrase Répétition de sons ou de syllabes (« b-b-b-ballon »)
Sans effort ni gêne Sons étirés (« sssssalut »)
L’enfant ne semble pas le remarquer Blocages : le mot ne sort pas
Varie selon la fatigue et l’excitation Crispation du visage, clignements, mouvements de tête
L’enfant évite certains mots ou se tait

Le bégaiement peut fluctuer : des jours sans, puis des jours avec. Il s’aggrave souvent quand l’enfant est excité, fatigué ou pressé de parler.

À quel âge apparaît le bégaiement, et pourquoi ?

Le bégaiement de développement est le plus courant. Il débute en général entre 2 et 6 ans, le plus souvent entre 3 et 5 ans, selon les spécialistes interrogés par Le Figaro. Le NHS estime qu’environ un jeune enfant sur douze traverse une phase de bégaiement.

Ses causes exactes restent inconnues. On sait en revanche que :

  • les parents ne le provoquent pas, insiste le NHS ;
  • l’hérédité compte : environ deux personnes qui bégaient sur trois ont un parent concerné ;
  • les garçons sont trois à quatre fois plus touchés que les filles ;
  • de petites différences dans le fonctionnement des zones du cerveau dédiées à la parole jouent un rôle.

Le stress ou un événement marquant ne créent pas le bégaiement à eux seuls, mais ils peuvent le rendre plus visible chez un enfant prédisposé.

Est-ce que ça passe tout seul ?

Souvent, oui. Selon le NHS, environ deux enfants sur trois qui bégaient finissent par parler de façon fluide. Mais personne ne peut prédire, au départ, quel enfant guérira seul.

C’est pourquoi on n’attend pas indéfiniment. Les orthophonistes s’accordent sur un point : la prise en charge est plus efficace chez le jeune enfant, et il est plus simple de faire disparaître un bégaiement avant 6 ans. Pour suivre le langage dans son ensemble, nos repères sur les premiers mots et le langage de 0 à 3 ans peuvent compléter ce tableau.

Quand consulter un orthophoniste ?

Une orthophoniste interrogée par Allodocteurs conseille de demander un avis dès le début des symptômes, auprès d’un orthophoniste formé au bégaiement, même à 3 ans. Le premier rendez-vous sert souvent à évaluer les risques et à guider les parents.

Consultez sans tarder si :

  • il y a des blocages, des sons étirés, des tensions du visage ou du corps ;
  • l’enfant évite de parler, change ses mots, se met en colère ou pleure à cause de sa parole ;
  • un parent ou un proche bégaie ou a bégayé ;
  • le bégaiement apparaît après 5 ans, ou s’accompagne d’un retard de langage.

Au Maroc, le pédiatre peut vous orienter vers un orthophoniste. Demandez-lui explicitement s’il a une expérience du bégaiement de l’enfant : la rééducation passe beaucoup par la guidance parentale, c’est-à-dire des séances où l’on vous montre comment parler et réagir à la maison. Certains orthophonistes utilisent la méthode Lidcombe, qui vise à rendre la parole de l’enfant plus fluide, selon Le Figaro.

Les attitudes qui aident à la maison

Votre façon de réagir ne cause pas le bégaiement, mais elle peut le soulager. Le NHS met l’accent sur un environnement où l’enfant se sent détendu et confiant pour parler.

  1. Laissez-lui le temps. Attendez calmement qu’il finisse, en le regardant, sans terminer ses phrases à sa place.
  2. Ralentissez vous-même. Parlez un peu plus lentement, avec des pauses : il imitera ce rythme bien mieux qu’une consigne.
  3. Évitez les consignes comme « respire », « recommence », « parle doucement » : elles augmentent la pression.
  4. Répondez au fond, à ce qu’il raconte, pas à la forme.
  5. Réservez un moment calme chaque jour, quelques minutes en tête à tête, sans écran ni frères et sœurs qui coupent la parole.
  6. Ne le corrigez pas en public et protégez-le des moqueries, y compris des cousins ou des grands-parents.

Pour l’aider plus largement à prendre confiance, notre article sur la confiance en soi de l’enfant donne des pistes qui marchent aussi en dehors de la parole.

Bégaiement et bilinguisme : faut-il arrêter une langue ?

Le bilinguisme ne crée pas le bégaiement chez un enfant non prédisposé. Mais les études ne disent pas toutes la même chose, et il est honnête de le dire.

  • Une étude britannique publiée en 2008 dans Archives of Disease in Childhood a trouvé plus d’enfants bilingues de naissance parmi les enfants bègues suivis en consultation, et moins de guérisons spontanées chez eux. Ses auteurs eux-mêmes soulignent qu’il s’agit d’une association, observée dans un petit groupe venu de consultations spécialisées, et non d’une preuve de cause.
  • Les orthophonistes rappellent que le bilinguisme ne cause pas les troubles du langage, et qu’il vaut mieux parler à l’enfant dans la langue où l’on est le plus à l’aise.

En pratique, au Maroc, où beaucoup d’enfants grandissent entre darija, arabe, amazigh et français, n’abandonnez pas une langue de vous-même. Si votre enfant bégaie, parlez de votre situation familiale avec l’orthophoniste, qui adaptera ses conseils. Notre article sur l’enfant multilingue au Maroc détaille ce qui est normal dans le développement bilingue. Et pour situer votre enfant dans son âge, voyez nos repères pour l’enfant de 3 ans et l’enfant de 4 ans.

Questions fréquentes

Mon enfant de 3 ans bégaie depuis une semaine, dois-je m’inquiéter ?

Pas forcément. Le bégaiement débute souvent entre 2 et 6 ans, parfois brutalement, et beaucoup d’enfants retrouvent une parole fluide en quelques mois. Observez sans commenter : répétitions de mots sans effort, ou blocages avec tension ? Une orthophoniste interrogée par Allodocteurs conseille de demander un avis dès le début, ne serait-ce que pour évaluer les risques et vous guider.

Faut-il dire à l’enfant de respirer ou de parler plus lentement ?

Mieux vaut éviter. Ces consignes attirent son attention sur sa difficulté et augmentent souvent la pression. Ce qui aide davantage : ralentir vous-même votre débit, attendre calmement qu’il finisse, ne pas terminer ses phrases à sa place et répondre à ce qu’il dit plutôt qu’à la façon dont il le dit.

Le bégaiement peut-il disparaître tout seul ?

Oui, souvent. Selon le NHS, environ deux enfants sur trois qui bégaient finissent par parler de façon fluide, sans qu’on puisse prédire lequel. Un bégaiement qui s’installe, avec des blocages, ou qui touche un enfant ayant des antécédents familiaux mérite un bilan sans attendre, car l’orthophonie est plus efficace tôt.

Un enfant qui bégaie peut-il aller à l’école normalement ?

Oui. Le bégaiement n’a rien à voir avec l’intelligence. Il est utile de prévenir l’enseignante pour qu’elle laisse à l’enfant le temps de finir, sans le presser ni parler à sa place, et qu’elle veille aux moqueries. Si l’enfant évite de lever la main ou de parler en classe, c’est un signe qu’il faut le faire suivre.

Sources

  1. StammeringNHS · Royaume-Uni
  2. Le bégaiement, pas une fatalitéLe Figaro (avec des orthophonistes et une phoniatre), 3 mai 2022 · France
  3. Bégaiement de l’enfant : agir très tôtLe Quotidien du médecin, 2012 · France
  4. Bégaiement : quand faut-il consulter ?Allodocteurs (France Télévisions) · France
  5. The effects of bilingualism on stuttering during late childhoodHowell, Davis, Williams, Archives of Disease in Childhood, 2008 (PubMed Central) · Royaume-Uni
  6. 3, 2, 1… Parlez ! BilinguismeCentre d’orthophonie de Neuchâtel · Suisse
  7. Understanding stuttering in young children (ages 2-7)Total Communication (orthophonistes) · Singapour