Sommaire de l’article

À retenir

  • Assis, penché en avant, nez pincé sous l’os : 10 minutes montre en main, sans vérifier.
  • La tête en arrière fait avaler le sang : à oublier.
  • Air sec, doigts dans le nez, rhume : ce sont les causes les plus fréquentes.
  • Après un saignement, pas de mouchage énergique pendant quelques heures.
  • Saignement de plus de 20 minutes, après un choc ou avec un enfant pâle : urgences.

En pleine partie de jeu, ou au réveil avec une tache rouge sur l’oreiller : le nez de votre enfant saigne, il a peur, et le sang a l’air abondant. Le saignement de nez de l’enfant (les médecins parlent d’épistaxis) impressionne beaucoup, mais il est presque toujours bénin et s’arrête avec un geste simple, à condition de le faire correctement.

Car c’est là que le bât blesse : le réflexe transmis de génération en génération, la tête en arrière, est justement celui qu’il faut éviter. Voici le bon geste, les erreurs courantes, les causes et les situations où il faut consulter ou appeler le 141.

Pourquoi le nez des enfants saigne-t-il si facilement ?

Parce que l’entrée du nez est tapissée de petits vaisseaux très fragiles, juste sous la surface. Une muqueuse un peu sèche, un ongle, un mouchage trop fort, et le vaisseau cède. Le NHS britannique compte d’ailleurs les enfants parmi les personnes les plus sujettes aux saignements de nez.

Les causes les plus fréquentes :

  • les doigts dans le nez, ou un petit objet introduit dans une narine ;
  • un rhume, qui irrite la muqueuse et oblige à se moucher souvent ;
  • l’air sec, chauffage d’hiver ou chergui, et les changements de température ;
  • le soleil et la chaleur, cités par Santé.fr ;
  • un choc sur le nez, en jouant ou en tombant ;
  • une allergie qui fait éternuer et se frotter le nez.

Très souvent, notamment chez l’enfant, on ne trouve aucune cause précise.

Le bon geste, pas à pas

Toutes les sources consultées, du Québec à Genève, décrivent le même geste.

  1. Rassurez votre enfant et gardez votre calme : un enfant apaisé se laisse plus facilement faire.
  2. Asseyez-le, la tête légèrement penchée en avant, au-dessus d’un lavabo ou d’une serviette, la bouche ouverte. Le sang s’écoule vers l’extérieur au lieu de couler dans la gorge.
  3. S’il sait le faire, qu’il se mouche une fois avant la compression, pour évacuer les caillots. Avant 2 ans, c’est rarement possible : passez directement à l’étape suivante.
  4. Pincez les ailes du nez, la partie molle juste sous l’os, entre le pouce et l’index. C’est cette zone qui saigne le plus souvent.
  5. Maintenez la pression 10 minutes sans relâcher, en le faisant respirer par la bouche. Regardez l’horloge : 10 minutes, c’est long, et la tentation de vérifier toutes les deux minutes fait repartir le saignement.
  6. Relâchez doucement. Si cela saigne encore, faites moucher pour retirer le caillot et recommencez une compression.

Une poche de froid enveloppée dans un linge sur le haut du nez ou le front peut aider, mais le NHS note que les preuves sont faibles : c’est un complément, pas le geste principal.

Les erreurs à éviter

Pencher la tête en arrière. C’est le réflexe le plus répandu, et le plus mauvais. Le sang ne s’arrête pas : il coule dans la gorge, l’enfant l’avale, tousse ou vomit, et on ne voit plus si le saignement continue.

Allonger l’enfant. Le service de santé scolaire de Genève l’interdit explicitement, et le NHS conseille d’éviter de rester à plat dans les 24 heures qui suivent.

Relâcher trop tôt pour « voir si ça saigne encore ». Chaque coup d’œil défait le caillot en formation.

Pincer le haut du nez, sur l’os : la pression ne porte pas sur la zone qui saigne.

Enfoncer un coton ou un mouchoir roulé dans la narine. Aucune des fiches parentales consultées ne le propose. La fiche genevoise mentionne seulement une mèche hémostatique, un produit spécifique, posée sous surveillance par du personnel formé.

Faire moucher pendant la compression, ou fort juste après.

Après le saignement : les précautions des heures suivantes

Une fois le saignement arrêté, le caillot reste fragile. Pendant quelques heures, et idéalement jusqu’au lendemain :

  • pas de mouchage énergique, ni de doigts dans le nez, ni de croûte arrachée ;
  • pas d’effort violent ni de jeux brusques ; Genève conseille au moins une heure de calme ;
  • pas de boisson très chaude dans l’immédiat ;
  • pas de position allongée à plat, selon le NHS.

En cas de reprise, recommencez la compression. Si le saignement ne cède pas à la deuxième tentative, consultez.

Saignements de nez fréquents : comment les prévenir ?

Quand le nez saigne souvent, la cause est le plus souvent locale et la prévention passe par quelques habitudes :

  • couper les ongles court et aider l’enfant à perdre l’habitude de se gratter le nez ; des ciseaux à ongles adaptés aux enfants facilitent la tâche ;
  • garder une muqueuse hydratée : un humidificateur bien entretenu dans la chambre quand l’air est sec, et des lavages au sérum physiologique pendant les rhumes, comme expliqué dans notre guide du lavage de nez ;
  • apprendre à se moucher doucement, une narine après l’autre ;
  • soigner une allergie qui fait se frotter le nez en permanence (voir la rhinite allergique de l’enfant) ;
  • protéger du soleil et de la chaleur en été.

Si les saignements se répètent malgré tout, parlez-en au médecin. Il vérifiera l’intérieur du nez et, si besoin, demandera une prise de sang pour rechercher un trouble de la coagulation ou une anémie, surtout si votre enfant est pâle et fatigué. Un ORL peut parfois cautériser le petit vaisseau responsable.

Saignement de nez après une chute ou un choc

Après un coup sur le nez, la compression reste le premier geste. Mais un saignement qui suit une chute sur la tête ou le visage justifie toujours un avis médical, pour vérifier le nez et le reste. Surveillez aussi les signes neurologiques décrits dans notre article bébé tombé sur la tête. Et si vous voulez être prête pour toutes ces situations, notre guide des premiers secours chez l’enfant reprend les gestes essentiels.

Questions fréquentes

Mon enfant saigne du nez la nuit, est-ce grave ?

Le plus souvent, non. La nuit, l’air de la chambre est souvent sec, et l’enfant se gratte le nez en dormant sans s’en rendre compte. On retrouve alors du sang sur l’oreiller ou le visage au réveil. Humidifier la chambre, couper ses ongles court et soigner un rhume ou une allergie suffisent souvent. Si cela se répète, ou s’il a aussi des bleus inexpliqués, parlez-en au médecin.

Faut-il mettre du froid sur le nez ?

Cela peut aider, mais ce n’est pas l’essentiel. Le NHS britannique et le service de santé scolaire de Genève évoquent une poche de froid enveloppée dans un linge sur le haut du nez ou le front, tout en notant que les preuves sont faibles. Le geste qui arrête vraiment le saignement reste la compression du bas du nez, 10 minutes sans relâcher. Le froid vient en plus, jamais à la place.

Mon enfant a avalé du sang et il a vomi, faut-il s’inquiéter ?

Un peu de sang avalé peut provoquer une nausée ou un vomissement noirâtre, sans gravité en soi. C’est justement pour l’éviter qu’on penche la tête en avant. En revanche, le NHS conseille les urgences si l’enfant vomit après avoir avalé beaucoup de sang, s’il paraît faible ou étourdi, ou si le saignement ne s’arrête pas.

Les saignements de nez fréquents peuvent-ils venir d’une maladie du sang ?

C’est rare, mais c’est pour cela que des saignements répétés méritent une consultation. Le médecin pose quelques questions sur la famille, les bleus, les gencives qui saignent, et peut demander une prise de sang pour vérifier la coagulation et rechercher une anémie. Dans la très grande majorité des cas, la cause reste locale : un petit vaisseau fragile à l’entrée du nez.

Sources

  1. NosebleedNHS · Royaume-Uni
  2. Saignement de nez (épistaxis)Santé.fr, Service public d’information en santé · France
  3. Saignement de nez : que faire ?Mieux vivre avec notre enfant, INSPQ · Canada (Québec)
  4. Premiers secours en cas de saignement du nez (épistaxis), fiche SSEJ F164Service de santé de l’enfance et de la jeunesse, République et canton de Genève · Suisse